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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003114

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003114

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 octobre 2020, le 29 décembre 2020, le 30 décembre 2020, le 12 janvier 2021, le 10 février 2021, le 9 avril 2021, le 12 juillet 2021, le 1er novembre 2021, le 14 janvier 2022 et le 26 janvier 2022, le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le maire de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Orange en vue de l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie ;

2°) d'annuler la délibération du 2 juin 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie a approuvé l'implantation, la mise en service et l'exploitation des matériels techniques nécessaires à l'exploitation des systèmes de communications électroniques de la société Orange, a décidé de mettre à la disposition de la société Orange une surface de 30 m² à prendre sur la parcelle cadastrée section AE n° 67 et a autorisé le maire a signé le bail ainsi que tout document.

Il soutient que :

- les membres du collectif ont intérêt à agir en leur qualité de voisins du projet qui va entraîner une dévaluation de leurs habitations et au regard de l'intérêt que le collectif défend dès lors que le projet ne présente pas d'intérêt compte-tenu de l'existence de nombreuses autres antennes ;

- le mémoire en défense de la société Orange enregistré le 27 octobre 2021 doit être écarté dès lors qu'il est tardif ;

- la décision n'a pas été affichée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de tenue d'une réunion d'information et de concertation avec les riverains en méconnaissance des engagements pris par l'Association des maires de France et l'association française des opérateurs de téléphonie mobile et du droit à l'information des administrés ;

- le projet était soumis à permis de construire dès lors que l'emprise au sol est supérieure à 20 m² ; le poste de transformation électrique qui doit être réalisé sur le terrain d'assiette du projet n'a fait l'objet d'aucune demande d'autorisation d'urbanisme ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- elle viole les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnait le principe de protection de l'environnement et de précaution posés par la charte de l'environnement ;

- l'implantation de l'antenne projetée n'est pas justifiée dès lors que la couverture du réseau mobile 4G est assurée par les différents opérateurs sur le secteur concerné ;

- elle viole le devoir de mutualisation des sites prévu par les dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques ;

- il n'y a pas eu de demande d'une servitude de passage pour permettre le passage du réseau électrique sur la parcelle limitrophe appartenant à la commune de Bourdic ;

- les travaux de construction ont démarré ;

- la délibération méconnait les dispositions de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales en ce que la question du vote du projet d'installation d'une antenne de radiotéléphonie était trop importante pour être inscrite à l'ordre du jour au titre des questions diverses.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2020, la commune de Garrigues Sainte-Eulalie, représentée par la SELARL Favre de Thierrens, Barnoin, Vrignaud, Mazars, Drimaracci, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, le collectif requérant n'a pas intérêt à agir au regard de son objet social et de l'adresse de son siège social ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 octobre 2021, le 17 décembre 2021 et le 13 octobre 2022, la société Orange, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 500 euros soit mise à la charge du collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, le collectif requérant n'a pas la personnalité juridique et n'est pas constitué sous la forme d'une association ; sa représentante, Mme A ne justifie pas de son intérêt à agir et s'est désistée par mémoire du 30 décembre 2020 ;

- le moyen tiré de ce que le projet nécessitait un permis de construire est irrecevable en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les autres moyens soulevés par le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 25 octobre 2022, en application du troisième alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire a été enregistré pour le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais le 26 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Bahaj, rapporteure publique,

- les observations de M. A, représentant le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais, celles de Me Gentilhomme pour la société Orange, et celles de Me Vrignaud, représentant la commune de Garrigues Sainte-Eulalie.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 2 juin 2020, le conseil municipal de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie a approuvé l'implantation, la mise en service et l'exploitation des matériels techniques nécessaires à l'exploitation des systèmes de communications électroniques de la société Orange, a décidé de mettre à la disposition de cette société une surface de 30 m² à prendre sur la parcelle cadastrée section AE n° 67 et a autorisé le maire à signer le bail ainsi que tout document. La société Orange a déposé, le 24 juillet 2020, une déclaration préalable en vue de l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie et d'armoires techniques sur un terrain situé au lieu-dit " La Coste ", cadastré section AE numéro de parcelle 67, en zone agricole du plan local d'urbanisme de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie. Par arrêté du 24 août 2020, le maire ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais demande l'annulation de cette décision et de cette délibération.

Sur le désistement :

2. Si, dans le mémoire enregistré le 30 décembre 2020, Mme A a renoncé à ses fonctions de représentante du collectif requérante, cela ne vaut pas désistement, contrairement à ce que fait valoir la société Orange, dès lors que le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais a continué à produire plusieurs mémoires après cette date. Il y a lieu, par suite, de statuer sur la requête du collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais.

Sur la recevabilité du second mémoire en défense de la société Orange :

3. Aux termes de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative : " Lorsque l'affaire est en état d'être jugée, les parties peuvent être informées de la date ou de la période à laquelle il est envisagé de l'appeler à l'audience. Cette information précise alors la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2. Elle ne tient pas lieu de l'avertissement prévu à l'article R. 711-2. ".

4. Par courrier du 30 août 2021, une lettre d'information a été adressée aux parties leur indiquant que si elles estimaient nécessaires de produire un nouveau mémoire, il était impératif de le faire avant le 15 octobre 2021, date à compter de laquelle l'instruction était susceptible d'être close. A cette date, aucune ordonnance de clôture immédiate d'instruction n'est intervenue. Dans ces conditions, le mémoire de la société Orange enregistré sur Télérecours le 27 octobre 2021 avant clôture n'est pas tardif. Par suite, il n'y a pas lieu d'écarter des débats ce mémoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la délibération du 24 juillet 2020 :

5. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ".

6. Il n'est pas établi par le requérant que la délibération attaquée, qui a pour objet d'approuver l'implantation, la mise en service et l'exploitation des matériels techniques nécessaires à l'exploitation des systèmes de communications électroniques de la société Orange, de mettre à la disposition de cette société une surface de 30 m² à prendre sur la parcelle cadastrée section AE n° 67 et d'autoriser le maire à signer le bail ainsi que tout document, est d'une importance telle qu'elle ne pourrait pas être examinée au titre des questions diverses. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de non-opposition du 24 août 2020 :

7. En premier lieu, si elles peuvent avoir une conséquence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, les circonstances avancées par le requérant tirées de l'absence d'affichage de décision attaquée sur le terrain d'assiette du projet et de la non-conformité du panneau d'affichage de la déclaration préalable de travaux sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, le requérant ne peut pas utilement soutenir que la décision attaquée est illégale en l'absence d'affichage régulier.

8. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'obligation de provoquer et de tenir une réunion d'information et de concertation conformément aux engagements pris par l'association des maires de France et l'association française des opérateurs de téléphonie mobile. A supposer que le collectif requérant ait entendu se prévaloir de la méconnaissance du guide des relations entre opérateurs et communes, établi conjointement par l'association française des opérateurs de radiotéléphonie mobile et l'association des maires de France, ce document est dépourvu de valeur réglementaire. Il suit de là que le moyen est inopérant et doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire ". Aux termes de l'article R. 421-1 de ce code : " Les constructions nouvelles doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire, à l'exception : b) Des constructions mentionnées aux articles R. 421-9 à R. 421-12 qui doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". Aux termes de l'article R. 421-9 du même code : " En dehors du périmètre des sites patrimoniaux remarquables, des abords des monuments historiques et des sites classés ou en instance de classement, les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable, à l'exception des cas mentionnés à la sous-section 2 ci-dessus : () j) Les antennes-relais de radiotéléphonie mobile et leurs systèmes d'accroche, quelle que soit leur hauteur, et les locaux ou installations techniques nécessaires à leur fonctionnement dès lors que ces locaux ou installations techniques ont une surface de plancher et une emprise au sol supérieures à 5 m² et inférieures ou égales à 20 m² ". Selon l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme, l'emprise au sol doit s'entendre comme : " () la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. / Toutefois, les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements ".

10. Lorsqu'il est constaté que des travaux sont, en vertu des dispositions du code de l'urbanisme, soumis à l'obligation d'obtenir un permis de construire mais n'ont fait l'objet que d'une simple déclaration, le maire est tenu de s'opposer aux travaux déclarés et d'inviter le pétitionnaire à présenter une demande de permis de construire.

11. Le moyen tiré de ce que le projet était soumis à permis de construire ne pourra qu'être rejeté comme irrecevable, dès lors qu'il a été soulevé pour la première fois dans un mémoire enregistré le 26 janvier 2022, soit plus de deux mois après la communication, le 9 décembre 2020, du premier mémoire en défense, après l'expiration du délai de cristallisation des moyens résultant de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

12. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du formulaire Cerfa du dossier de déclaration préalable ainsi que du plan de masse des constructions, que la déclaration préalable en litige a pour objet la construction d'une station de téléphonie mobile composée, d'une part, d'un pylône treillis d'une hauteur de 18 mètres, d'une dalle technique de 5 mètres de long sur 1 mètre de large et, d'autre part, d'installations techniques, dont l'emprise au sol totale est inférieure à 20 m². Par ailleurs, il en ressort que le pylône sera élevé sur un massif en béton enterré. Si le requérant soutient que la superficie totale des installations prévues dans le projet excède ce seuil de 20 m² en tenant compte des dimensions de la dalle de béton sur laquelle reposent le pylône et les armoires techniques, il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan en coupe du terrain, que cette dalle est enterrée et ne dépasse donc pas le niveau du sol, de sorte qu'il n'en résultera aucune projection verticale au sens de l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, cet ouvrage n'avait pas à être pris en compte dans la détermination de l'emprise au sol du projet au sens des dispositions précitées du code de l'urbanisme. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, la zone grillagée d'une hauteur de 2 mètres entourant le projet ne génère pas d'emprise au sol au sens des dispositions précitées de l'article R. 420-1 de ce code et ne rentre pas dans le champ d'application des constructions soumises à autorisation conformément aux dispositions de l'article R. 421-2 du même code aux termes duquel : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance, sauf lorsqu'ils sont implantés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques ou dans un site classé ou en instance de classement : / () / g) Les clôtures, en dehors des cas prévus à l'article R. 421-12, () ". Enfin, il ressort du plan de masse des constructions que le poste de transformation électrique identifié comme une " logette Enedis à créer " en bordure du chemin d'accès, c'est-à-dire un simple compteur électrique, n'a pas à ce titre à faire l'objet d'une autorisation. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie était tenu de s'opposer à la déclaration préalable en raison de la nécessité pour le projet de faire l'objet d'un permis de construire.

13. En quatrième lieu, il ressort du devis établi par la société Enedis que le projet nécessite une extension du réseau électrique de 700 mètres à la charge de la société pétitionnaire. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces produites par le collectif requérant et il n'est pas établi que l'extension en cause doit s'effectuer sur une parcelle limitrophe du terrain d'assiette appartenant à la commune de Bourdic, alors qu'il ressort au contraire du plan de masse des constructions joint au dossier de déclaration préalable que le projet sera raccordé au réseau électrique par un boitier implanté au droit du chemin d'accès. Le moyen sera donc écarté.

14. En cinquième lieu, l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dispose que " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. () ".

15. Ces dispositions figurant au chapitre premier du titre deuxième relatif aux règles spécifiques à certaines parties du territoire du livre premier du code de l'urbanisme concernent l'aménagement et la protection du littoral. Il est constant que la commune de Garrigues Sainte-Eulalie n'est pas une commune littorale. Le moyen inopérant sera dès lors écarté.

16. En sixième lieu, l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques dispose : " L'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. / Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : / - privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant () ".

17. L'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme n'a pas à veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques. Aussi, et alors qu'en tout état de cause, aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs ne résulte des dispositions précitées, le requérant ne peut utilement soutenir qu'une mutualisation des équipements avec les relais existants aurait dû être envisagée.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

19. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des documents photographiques joints au dossier de déclaration préalable, que le projet en litige est implanté en zone agricole sur un terrain en friche entouré de vignes ne présentant pas de caractère remarquable ni un intérêt particulier. Le passage à proximité du terrain des chemins de randonnées ne suffit pas à considérer que le projet s'insère dans un paysage particulier auquel il porterait atteinte. Au surplus, la circonstance que l'antenne relais est située à proximité d'une zone naturelle du plan local d'urbanisme de la commune voisine de Bourdic n'est pas non plus de nature à faire regarder le projet comme contraire aux dispositions précitées du code de l'urbanisme. Il ressort des documents d'insertion que le pylône treillis d'une faible emprise au sol et d'une hauteur de 18 mètres, est entouré de végétation et sera peint en gris Feldgrau de sorte que l'impact visuel sera largement atténué. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

20. En neuvième lieu, en se bornant à soutenir que la décision attaquée méconnaît les principes généraux de protection de l'environnent et de précaution posés par la charte de l'environnement, le requérant n'assortit pas son moyen de précision suffisante permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

21. En dixième lieu, lorsque l'autorité d'urbanisme est saisie d'une déclaration préalable au titre des dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme, elle est seulement tenue de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur et il ne lui appartient dès lors pas d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation de celui-ci. Par suite, le collectif requérant n'est pas fondé à soutenir que l'implantation de l'antenne relais projetée n'est pas justifiée dès lors que la couverture du réseau mobile 3 G et 4G est assurée par les différents opérateurs sur le secteur concerné et que la commune de Garrigues Sainte-Eulalie ne figure pas sur la liste des communes identifiées par le conseil départemental du Gard dans lesquelles le besoin en numérique est réel.

22. En dernier lieu, s'il ressort des documents photographiques que les travaux de construction de l'antenne relais ont débuté sans attendre le prononcé du jugement, cette circonstance qui relève de l'exécution de la décision de non-opposition à la déclaration préalable est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du conseil municipal de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie du 2 juin 2020 et l'arrêté du maire de cette commune du 24 août 2020. Il y a lieu en conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, de rejeter sa requête.

Sur les frais liés au litige :

24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie et de la société Orange présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête du collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Garrigues Sainte-Eulalie et de la société Orange présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au collectif pour l'implantation raisonnée et raisonnable des antennes relais, à la société Orange et à la commune de Garrigues Sainte-Eulalie.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- Mme Bourjade, première conseillère,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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