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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003225

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003225

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBARTHELEMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 28 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Barthelemy, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de la note du directeur de la sécurité publique du Gard, en date du 25 novembre 2019, ainsi que les bandes de vidéo-surveillance et les témoignages des agents du stade qui l'ont incriminé ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2020 par lequel le préfet du Gard a édicté à son encontre une interdiction de pénétrer ou de se rendre aux abords d'une enceinte où se déroule une rencontre de football à laquelle participe l'équipe de Nîmes olympique, l'équipe de France de football de la fédération française de football ainsi que celle de l'équipe de France féminine d'une durée de douze mois assortie d'une obligation de répondre aux convocations de police au moment du déroulement des rencontres de l'équipe de football de Nîmes Olympique ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mesure de police administrative a été prise à l'issue d'une procédure contradictoire irrégulière dès lors que les pièces sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'édicter ne lui ont pas été communiquées et qu'il n'a pas été informé de ce qu'il pourrait faire l'objet d'une interdiction d'assister également aux matchs de l'équipe de France féminine et n'a donc pas pu faire valoir d'observations préalables sur ce point particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait puisque les actes qui lui ont été reprochés ne sont pas établis ; le préfet ne produit d'ailleurs pas les images de vidéosurveillance qui l'incrimineraient mais seulement un rapport d'information d'une société de sécurité privée ; la procédure pénale a d'ailleurs été classée sans suite par le parquet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit puisque le fait d'allumer un fumigène dans un stade n'est pas un comportement grave et ne constitue pas un trouble à l'ordre public ;

- l'interdiction de stade et l'obligation de pointage sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et sont disproportionnées ;

- le préfet a commis un détournement de pouvoir puisqu'il a édicté à son encontre une interdiction de stade dans le but de se substituer à l'autorité judiciaire qui ne l'a pas pénalement poursuivi pour les faits reprochés ;

- la demande de substitution de motifs présentée par la préfète du Gard doit être écartée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 février 2021, 31 janvier et 2 février 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé et qu'il peut être procédé à une substitution de motifs puisque les faits reprochés peuvent être qualifiés d'acte de violence justifiant le prononcé d'une interdiction de stade en application de l'article L. 332-16 du code du sport.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté pris en application de l'article L. 332-16 du code du sport le 19 août 2020, notifié le 26 août 2020, le préfet du Gard a interdit à M. C, pour une durée de douze mois, de pénétrer ou de se rendre aux abords d'une enceinte où se déroule une manifestation sportive de l'équipe de football de Nîmes Olympique, de l'équipe de France de football, de la fédération française de football et des équipes françaises de football se rendant à l'étranger et lui a fait obligation de pointer à la gendarmerie à chaque rencontre de l'équipe de Nîmes Olympique. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande tendant à la communication des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prendre l'arrêté contesté :

2. Si M. C demande au tribunal d'ordonner une mesure d'instruction tendant à la communication du rapport du directeur départemental de la sécurité publique du Gard, en date du 25 novembre 2019 et celle des images de vidéosurveillance du match du 9 novembre 2019, le prononcé d'une telle mesure relève du pouvoir propre du juge. En tout état de cause, l'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et d'une part, le rapport du 25 novembre 2019 a été versé aux débats par la préfète du Gard, d'autre part, elle indique que les images de vidéosurveillance ont été administrativement détruites conformément à la législation applicable en la matière. Il n'apparaît donc pas utile en l'espèce de procéder à la demande de communication ainsi formulée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 332-16 du code du sport : " Lorsque, par son comportement d'ensemble à l'occasion de manifestations sportives, par la commission d'un acte grave à l'occasion de l'une de ces manifestations, du fait de son appartenance à une association ou un groupement de fait ayant fait l'objet d'une dissolution en application de l'article L. 332-18 ou du fait de sa participation aux activités qu'une association ayant fait l'objet d'une suspension d'activité s'est vue interdire en application du même article, une personne constitue une menace pour l'ordre public, le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peuvent, par arrêté motivé, prononcer à son encontre une mesure d'interdiction de pénétrer ou de se rendre aux abords des enceintes où de telles manifestations se déroulent ou sont retransmises en public. / () Le représentant de l'Etat dans le département et, à Paris, le préfet de police peut également imposer, par le même arrêté, à la personne faisant l'objet de cette mesure l'obligation de répondre, au moment des manifestations sportives objet de l'interdiction, aux convocations de toute autorité ou de toute personne qualifiée qu'il désigne. Le même arrêté peut aussi prévoir que l'obligation de répondre à ces convocations s'applique au moment de certaines manifestations sportives, qu'il désigne, se déroulant sur le territoire d'un Etat étranger. Cette obligation doit être proportionnée au regard du comportement de la personne. () ".

4. L'arrêté attaqué du 19 août 2020 a été pris aux motifs que le comportement d'ensemble de M. C, supporter de Nîmes olympique qui a fait usage de deux fumigènes au cours de la rencontre de son équipe avec le racing club de Strasbourg le 9 novembre 2019, constitue une menace pour l'ordre public.

5. Il ressort des pièces du dossier, que l'interdiction administrative de stade a été prononcée par le préfet du Gard à l'encontre de M. C sur proposition du directeur départemental de la sécurité publique du Gard, en date du 25 novembre 2019, selon lequel un stadier en poste dans la tribune visiteurs a identifié l'auteur de l'allumage d'un feu de Bengale, qu'il a observé jusqu'à la fin du match, le voyant alors changer de vêtements pour éviter son identification, allumer un second fumigène en se dissimulant derrière une bâche déployée par les supporteurs et changer de nouveau de vêtements. Il est précisé que l'individu a été appréhendé en fin de partie par des agents de sécurité privée présents au cours de la rencontre et remis aux forces de l'ordre, qui ont contrôlé son identité, comme étant celle de M. C. Ce dernier nie formellement les faits reprochés. Aucune procédure de police n'a toutefois été jointe à ce rapport, qui repose uniquement sur l'attestation du gérant d'une société de sécurité privée, qui ne détermine ni la date, le lieu du match dont il est question, ni les équipes en présence au cours de ce match, ni encore le nom de l'individu interpellé. Ce document ne restitue d'ailleurs pas un déroulement identique des faits, puisqu'il est d'abord fait mention de l'allumage d'un premier fumigène à la faveur du déploiement d'un drapeau puis de l'allumage d'un second fumigène non pas derrière une bâche mais dans un cercle formé avec d'autres supporters, qui a occasionné l'incendie d'un siège. La seule image de vidéosurveillance versée aux débats est une photographie de M. C assis en tribune, qui ne démontre aucunement les faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions et en l'absence d'éléments probants, notamment d'images de vidéosurveillance ayant enregistré les faits, de témoignages directs et circonstanciés des faits relatés et du procès-verbal de police qui a nécessairement été établi lors de la remise de l'intéressé par les stadiers aux fonctionnaires de police, alors que la charge de la preuve de la commission des faits repose sur la préfète du Gard, M. C est fondé à soutenir que leur matérialité n'est pas établie.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la demande de substitution de motifs présentée par la préfète du Gard ne peut pas être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 août 2020 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 er : L'arrêté du préfet du Gard en date du 19 août 2020 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des Outremer.

Copie en sera adressée à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La rapporteure,

B. B

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outremer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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