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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003474

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003474

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVANCRAEYENEST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 novembre 2020, le 26 juillet 2021 et le 29 août 2022, la société d'exploitation des établissements André Delorme, représentée par la SASU Samas Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le préfet de Vaucluse a ordonné la suppression des installations qu'elle exploite, la cessation définitive des activités exercées et la remise en état des lieux dans le délai de trois mois ou, à défaut, d'annuler cet arrêté en tant qu'il a ordonné la suppression des installations et la remise en état des lieux dans le délai de trois mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le délai de quinze jours pour présenter ses observations sur le rapport de l'inspection de l'environnement n'était pas approprié et qu'elle a ainsi été privée d'une garantie substantielle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une inexactitude matérielle des faits, dès lors qu'il existe une contradiction entre le constat de la présence de dépôts résiduels de déchets éparpillés sur l'ensemble de la parcelle et l'affirmation tenant à l'exploitation d'activités de regroupement et transit de métaux et de déchets de métaux non dangereux ;

- dès lors que ses installations ne constituent aucun danger, le délai de trois mois retenu par le préfet de Vaucluse pour la suppression des installations et la remise en état des lieux est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- les observations de Me Vancraeyenest représentant la société d'exploitation des établissements André Delorme.

Considérant ce qui suit :

1. Lors de la visite effectuée le 14 février 2017 dans les locaux de la société d'exploitation des établissements André Delorme, l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement relevant de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de Provence-Alpes-Côte d'Azur a constaté, sur les parcelles IM n° 271-272-340-341, l'exercice d'activités de regroupement et transit de métaux et de déchets de métaux non dangereux sur une surface supérieure à 1 000 m² et, sur la parcelle IP n° 20, l'exercice d'activités de stockage de déchets. Dès lors que de telles activités relevaient alors du régime de l'autorisation, la société d'exploitation des établissements André Delorme a ainsi fait l'objet d'un arrêté pris le 14 avril 2017 par le préfet de Vaucluse par lequel il l'a mise en demeure de régulariser sa situation administrative dans le délai de trois mois, soit en déposant un dossier de demande d'autorisation, soit en cessant ses activités. Un second arrêté du préfet de Vaucluse a été édicté le 18 mai 2017 par lequel l'autorité préfectorale a suspendu l'activité de stockage de déchets, exercée sur la parcelle IP n° 20, et a pris des mesures conservatoires à l'encontre de la société d'exploitation des établissements André Delorme, cet arrêté ayant été remplacé par un arrêté préfectoral ultérieur du 25 juillet 2017. Le site de la société d'exploitation des établissements André Delorme a, par la suite, fait l'objet de visites de l'inspection de l'environnement en date des 6 mars 2018, 3 décembre 2018 et 11 juin 2020. A la suite de cette dernière visite, le préfet de Vaucluse a pris à l'encontre de la société d'exploitation des établissements André Delorme, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 171-17 du code de l'environnement, un arrêté par lequel il a ordonné la suppression des installations qu'elle exploite, la cessation définitive des activités exercées et la remise en état des lieux dans le délai de trois mois. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. / L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. / L'autorité administrative peut, à tout moment, afin de garantir la complète exécution des mesures prises en application des deuxième et troisième alinéas du présent I : / 1° Ordonner le paiement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de ces mesures. L'astreinte est proportionnée à la gravité des manquements constatés et tient compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. Les deuxième et dernier alinéas du 1° du II de l'article L. 171-8 s'appliquent à l'astreinte ; / 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. / II.- S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. / Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8 aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision. / III.- Sauf en cas d'urgence, et à l'exception de la décision prévue au premier alinéa du I du présent article, les mesures mentionnées au présent article sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. ".

3. Il résulte de l'instruction que la directrice régionale de la DREAL PACA a adressé à la société d'exploitation des établissements André Delorme le rapport d'inspection du 3 août 2020, par un courrier du même jour, reçu le 7 août 2020, ce rapport mentionnant notamment la proposition au préfet de Vaucluse d'ordonner, en application du II de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, la suppression des installations, la cessation définitive des activités et la remise en état des lieux. Ce courrier du 3 août 2020 mentionnait la possibilité pour l'intéressée de présenter au préfet de Vaucluse ses observations sous le délai de quinze jours.

4. La société requérante soutient que le délai de quinze jours était inapproprié aux circonstances de l'espèce dès lors que ce délai survenait en période de congé estival. Elle se prévaut, à cet égard, du courrier du cabinet d'avocat Samas Avocats en date du 13 août 2020, reçu le lendemain en préfecture, par lequel le cabinet informait le préfet de Vaucluse que l'avocat conseillant la société d'exploitation des établissements André Delorme était en congé du 7 au 24 août 2020 et sollicitait un délai supplémentaire de 15 jours. Toutefois, le délai de 15 jours accordé par le préfet de Vaucluse doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce et au regard de l'historique des faits relatés ci-dessus au point 1, comme étant suffisant et mettant la société d'exploitation des établissements André Delorme à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 171-1 du code de l'environnement doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'arrêté du 14 avril 2017 par lequel le préfet de Vaucluse a mis en demeure la société d'exploitation des établissements André Delorme de régulariser sa situation administrative dans le délai de trois mois, soit en déposant un dossier de demande d'autorisation, soit en cessant ses activités conformément aux articles R. 512-39-1 à R. 512-39-4 du code de l'environnement, la société en cause n'a pas déposé de dossier de demande d'autorisation de ses activités. Si l'intéressée verse à l'instance le formulaire complété et signé de déclaration de notification de la cessation d'activité d'une installation classée relevant du régime de la déclaration en date du 9 juillet 2021, ce formulaire ne peut pas être regardé comme un dossier de cessation des installations de la société d'exploitation des établissements André Delorme, dès lors que ces installations ne relèvent pas du régime de la déclaration mais des régimes de l'autorisation et de l'enregistrement, s'agissant respectivement de l'installation de stockage de déchets et de l'installation de regroupement et de transit de métaux et de déchets de métaux. En tout état de cause, s'il résulte de l'instruction, eu égard au rapport de la visite effectuée le 5 mai 2022 par l'inspection de l'environnement, que l'exploitant a cessé définitivement toute activité sur le site, ce rapport précise toutefois que les opérations de remise en état ne sont pas finalisées. A cet égard, le rapport précité souligne que, sur la parcelle IP 20, il demeure quelques déchets et fragments métalliques en nombre au sol alors que le hangar et l'appentis, situés au nord de la parcelle, n'ont pas été totalement vidés, et que les parcelles IMP 271-340-341-272 sont toujours occupées de métaux, en dépit de l'évacuation de métaux effectuée depuis la visite du 17 août 2021 à hauteur de 36 tonnes selon les affirmations du conseil de la société d'exploitation des établissements André Delorme auprès de l'inspection de l'environnement. Eu égard à ces circonstances de fait à la date du présent jugement, et compte tenu de l'absence de dépôt d'un dossier régulier de cessation des installations en cause et du défaut de finalisation des opérations de remise en état, il apparaît que la société d'exploitation des établissements André Delorme n'a toujours pas déféré à la mise en demeure que prévoyait l'arrêté précité du 14 avril 2017 pris par le préfet de Vaucluse. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester la légalité de l'arrêté du préfet de Vaucluse en date du 25 août 2020.

6. En troisième lieu, la société requérante fait valoir que le délai de trois mois prévu par l'arrêté contesté du 25 août 2020 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. S'il résulte du rapport de la visite effectuée le 5 mai 2022 par l'inspection de l'environnement que les métaux et les déchets de métaux restant sur le site ne constituent pas un risque de pollution à court terme, le délai de trois mois n'apparaît toutefois pas, eu égard à la situation des installations et de l'exploitant en cause, au délai écoulé depuis 2017 et au courrier du conseil de la société d'exploitation des établissements André Delorme en date du 24 mai 2018 selon lequel le nettoyage de la parcelle IP 20 devait alors être totalement terminé dans quelques semaines, entaché d'erreur d'appréciation. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 août 2020 en tant qu'il prévoit un délai de trois mois.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société d'exploitation des établissements André Delorme est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exploitation des établissements André Delorme et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de Vaucluse et à la commune d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, premier conseiller,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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