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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003504

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003504

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 novembre 2020, le 18 novembre 2021, le 4 juillet 2022, le 18 juillet 2022, le 19 août 2022, le 24 août 2022, le 6 septembre 2022, le 18 octobre 2022, le 20 octobre 2022, le 16 novembre 2022, le 29 novembre 2022, le 30 novembre 2022, et le 22 décembre 2022, Mme D C épouse A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes a reconnu le caractère imputable au service de la maladie n° 40 survenue le 4 décembre 2019 ;

2°) de condamner le CHU de Nîmes à lui verser, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, la somme de 10 000 euros, assortie des intérêts de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Nîmes la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que sa mère, qu'elle avait mandatée pour la représenter à la séance de la commission de réforme en date du 22 septembre 2020 et pour consulter son dossier médical et les pièces du dossier présenté à la commission de réforme, n'a pas été autorisée à assister à la séance de cette commission ;

- eu égard à sa contamination au bacille de Koch, survenue sur son lieu de travail, la décision attaquée ne tient pas compte du risque qu'elle déclare la tuberculose, la contamination présentant un caractère définitif ;

- alors qu'elle a été contaminée sur son lieu de travail par un médecin interne, elle est fondée à réclamer en réparation des préjudices subis, la somme de 10 000 euros au titre des fautes commises par le CHU de Nîmes dans le cadre du recrutement de ce médecin interne.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars et 7 octobre 2022, le CHU de Nîmes, représenté par l'AARPI MB Avocats, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- compte tenu des décisions prises les 7 et 27 janvier 2021, la requête est devenue sans objet ;

- les moyens dirigés contre la décision du 2 octobre 2020 sont infondés ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'il convient de lier le contentieux et de chiffrer le préjudice invoqué et que la représentation par un avocat est obligatoire ;

- aucune faute ne saurait lui être reprochée au titre du recrutement du médecin interne à l'origine de la contamination subie par Mme C.

Les parties ont été informées par courrier du 4 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'engagement de la responsabilité sans faute de l'employeur à l'égard de son agent à raison des dommages résultant de sa maladie reconnue comme étant imputable au service.

En réponse à ce courrier du 4 avril 2023, des observations, enregistrées le 5 avril 2023 et le 8 avril 2023, ont été présentées par Mme C.

En réponse à ce courrier du 4 avril 2023, des observations, enregistrées le 7 avril 2023, ont été présentées pour le CHU de Nîmes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 11 avril 2023 :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- les observations de Mme C :

- les observations de Me Moreau, représentant le CHU de Nîmes, qui a indiqué qu'au titre du moyen visé ci-dessus susceptible d'être relevé d'office par le tribunal, il n'entendait pas présenter, par note en délibéré, de réplique aux observations complémentaires de Mme C enregistrées le 8 avril 2023 et communiquées le 11 avril 2023 avant l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 avril 2023, a été produite par Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est aide-soignante titulaire au sein du CHU de Nîmes et exerce ses fonctions au sein du service de néphrologie. Un personnel de son service ayant été hospitalisé à la suite de la découverte d'une tuberculose pulmonaire, Mme C a été prise en charge par le service de la santé au travail, les prises de sang effectuées le 28 octobre 2019 sur Mme C ayant mis en évidence une contamination au bacille de Koch. L'intéressée a alors pris un traitement préventif, visant à ce que l'infection tuberculeuse demeure latente, et a été placée en arrêt de travail du 4 décembre 2019 au 6 janvier 2020. Par un courrier du 30 décembre 2019, Mme C a sollicité la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie. Au vu de l'avis favorable émis le 22 septembre 2020 par la commission de réforme, le directeur général du CHU de Nîmes a, par une décision du 2 octobre 2020, reconnu le caractère imputable au service de la maladie n° 40 survenue le 4 décembre 2019. Après avoir présenté le 28 octobre 2020 un recours gracieux, l'intéressée demande au tribunal d'annuler cette décision du 2 octobre 2020 et sollicite, en outre, une indemnisation de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes qu'elle impute à son employeur dans le cadre du recrutement du personnel à l'origine de sa contamination.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le CHU de Nîmes :

2. Par sa requête introductive d'instance, la requérante a sollicité l'annulation de la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Nîmes a reconnu le caractère imputable au service de la maladie n° 40 survenue le 4 décembre 2019, en tant que cette décision ne faisait pas état du risque que l'intéressée déclare ultérieurement la maladie de la tuberculose et du caractère imputable au service des conséquences en cas de réalisation de ce risque.

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la décision attaquée, à la réception du recours gracieux formé par Mme C et à l'enregistrement de la présente requête, le directeur général du CHU de Nîmes a pris le 7 janvier 2021 une décision par laquelle l'infection tuberculeuse latente, répertoriée au tableau n° 40 B du régime général, survenue le 4 décembre 2019 à Mme C est reconnue imputable au service. Par cette décision, qui a été rectifiée par décision du 27 janvier 2021 d'une erreur matérielle relative à la date de la séance de la commission de réforme, le directeur général du CHU de Nîmes a entendu clarifier la portée de sa décision initiale du 2 octobre 2020 en précisant que cette reconnaissance de maladie professionnelle concerne spécifiquement l'infection tuberculeuse latente contractée par Mme C, étant souligné que cette décision du 7 janvier 2021 ne fait pas obstacle à ce que, dans l'hypothèse où la maladie de la tuberculose se déclarerait dans l'avenir, cette maladie puisse alors être reconnue, à la demande de l'intéressée, comme imputable au service, ainsi que l'admet d'ailleurs le CHU de Nîmes dans ses écritures.

4. Dès lors que le CHU de Nîmes doit ainsi être regardé comme ayant, en prenant les décisions précitées des 7 et 27 janvier 2021, retiré la décision attaquée du 21 octobre 2020, que ce retrait présente un caractère définitif et que la requérante n'indique pas dans ses mémoires complémentaires contester la légalité des décisions des 7 et 27 janvier 2021, qui n'ont pas la même portée que la décision initiale du 21 octobre 2020, les conclusions de la requête à fin d'annulation sont devenues dépourvues d'objet en cours d'instance. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHU de Nîmes :

5. Aux termes de l'article R. 4626-22 du code de la santé publique : " L'agent fait l'objet, avant sa prise de fonction, d'un examen médical par le médecin du travail. Celui-ci est informé du poste auquel cet agent est affecté. ". Aux termes de l'article R. 4626-23 du même code : " Le médecin du travail prévoit les examens complémentaires adaptés en fonction des antécédents de la personne, du poste qui sera occupé et dans une démarche de prévention des maladies infectieuses transmissibles. / Le médecin du travail procède ou fait procéder aux examens complémentaires prévus par les dispositions en vigueur pour certaines catégories de travailleurs exposés à des risques particuliers dans les conditions prévues à l'article R. 4626-31. ". Aux termes de l'article R. 4626-25 de ce code : " Le médecin du travail veille, sous la responsabilité du chef d'établissement, à l'application des dispositions du code de la santé publique sur les vaccinations obligatoires. / Il procède lui-même ou fait procéder à ces vaccinations ainsi qu'à celles qui seraient imposées par une épidémie. Les agents peuvent les faire pratiquer par le médecin de leur choix. Ils fournissent un certificat détaillé. / Le médecin du travail est habilité à pratiquer les vaccinations qui sont recommandées en cas de risques particuliers de contagion. ".

6. La requérante invoque la responsabilité pour faute du CHU de Nîmes au motif que, lors du recrutement du médecin interne à l'origine de la contamination de l'intéressée, le CHU de Nîmes n'aurait pas procédé à la visite médicale d'embauche de ce médecin interne et aux mesures préventives associées à ce recrutement. La requérante réclame, à ce titre, une indemnisation de 10 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis, l'intéressée se prévalant d'un préjudice moral, d'un préjudice d'anxiété, d'un préjudice familial, son couple ayant renoncé au projet de donner naissance à un second enfant, et d'un préjudice sur sa santé.

7. Il ressort des pièces du dossier que le médecin interne, de nationalité sénégalaise, à l'origine de la contamination subie par Mme C, a exercé ses fonctions au sein du CHU de Nîmes du 6 mai 2019 au 5 novembre 2019 et a été placé en congé de maladie ordinaire du 3 juillet 2019 au 16 août 2019 en raison d'une tuberculose pulmonaire, la maladie de la tuberculose pulmonaire de l'intéressé s'étant déclarée postérieurement à ses premières semaines d'activité. Il ressort des certificats médicaux, notamment de l'attestation de vaccination établis en avril 2019 par un médecin exerçant au sein d'un établissement hospitalier de Dakar au Sénégal, que ce médecin interne était considéré comme apte et avait fait l'objet de plusieurs vaccinations, dont celle du vaccin antituberculeux BCG. Au regard de ces éléments dont disposait le CHU de Nîmes, et à supposer que la circonstance que l'intéressé n'aurait pas fait l'objet de l'examen médical prévu par l'article R. 4626-22 du code de la santé publique précité soit avérée, les préjudices invoqués relatifs à la contamination subie par Mme C ne présentent pas de lien direct et certain avec cette circonstance, dès lors qu'aucune règle n'imposait, en l'espèce, au CHU de Nîmes de procéder à un test du virus de la tuberculose ou à des examens complémentaires, et qu'il n'est pas établi par les pièces du dossier que lors de sa prise de fonctions, le 6 mai 2019, le médecin interne aurait à ce moment-là présenté des symptômes tuberculeux, l'intéressé ayant été soigné en juillet et août 2019. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense aux conclusions indemnitaires présentées par la requérante, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme C au titre de la responsabilité pour faute du CHU de Nîmes doivent être rejetées.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du CHU de Nîmes :

8. D'une part, en vertu des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les fonctionnaires civils de l'Etat qui se trouvent dans l'incapacité permanente de continuer leurs fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service peuvent être radiés des cadres par anticipation et ont droit au versement d'une rente viagère d'invalidité cumulable avec la pension rémunérant les services. Il résulte des dispositions du cinquième alinéa de l'article L. 28 du même code, dans sa rédaction antérieure à la loi du 28 décembre 2011 de finances pour 2012, puis de l'article L. 30 ter issu de cette loi, que le montant cumulé de la rente viagère d'invalidité et de la pension rémunérant les services ne peut excéder le traitement mentionné à l'article L. 15. Les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, puis les articles 36 et 37 du décret du 26 décembre 2003 ayant le même objet, ont prévu des règles comparables au profit des fonctionnaires soumis à la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.

9. D'autre part, l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 impose aux établissements de santé d'allouer aux fonctionnaires atteints d'une invalidité résultant d'un accident de service entraînant une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec leur traitement et versée à compter de la date de reprise des fonctions. L'article 4 du décret du 24 décembre 1963 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux agents permanents des collectivités locales et de leurs établissements publics, puis l'article 4 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, ont prévu que le montant de l'allocation est fixé à la fraction du traitement brut afférent à l'indice 100 correspondant au taux d'invalidité. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions, rappelées ci-dessus, qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

10. Il résulte de ce qui précède qu'au titre de l'infection tuberculeuse latente imputable au service dont est atteinte Mme C, cette dernière est fondée à invoquer la responsabilité sans faute du CHU de Nîmes au titre des souffrances physiques et morales et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a subis en raison de cette maladie professionnelle. En l'espèce, il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation de ces préjudices en fixant à 5 000 euros la somme, tous intérêts compris à la date du présent jugement, destinée à les réparer.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des mêmes dispositions au bénéfice de Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C.

Article 2 : Le CHU de Nîmes est condamné à verser à Mme C une indemnité de 5 000 euros, tous intérêts compris.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse A et au centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, premier conseiller,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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