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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003627

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003627

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantANSLAW AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2020, la société Askata, représentée par la SCP Anslex Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Jonquières a refusé de lui délivrer un permis d'aménager, ensemble la décision rejetant implicitement le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Jonquières de délivrer le permis d'aménager sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Jonquières le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ; l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) du plan local d'urbanisme (PLU) qui est méconnue n'est pas précisée ; le second motif de refus est incompréhensible ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que les orientations d'une OAP du PLU ne peuvent pas justifier un refus d'autorisation d'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le projet est conforme aux dispositions de la zone 1AUd du règlement du PLU ; le programme de construction envisagé remplit l'objectif de mixité sociale fixé par le PLU.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 et 15 février 2022, la commune de Jonquières, représentée par Me Coque, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Askata en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la société Askata ne sont pas fondés ;

- il peut être procédé à une substitution de motifs dans la mesure où le dossier de demande de demande de permis d'aménager était incomplet faute de comporter une autorisation au titre de la rubrique 2.1.5.0 de la nomenclature des opérations soumises à autorisation ou à déclaration, en application de l'article R. 214-1 du code de l'environnement, ou d'étude hydraulique et d'étude des sols et car le projet méconnait les obligations de l'annexe 4 du règlement du PLU en matière d'évacuation des eaux pluviales.

Par ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2022.

Un mémoire, non communiqué, a été présenté par la société Askata le 14 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Jonquières ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rose, représentant la société Askata, et celles de Me Coque, représentant la commune de Jonquières.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 30 juin 2020, le maire de la commune de Jonquières a refusé de délivrer à la société Askata un permis d'aménager un ensemble de 14 lots dont 13 lots destinés à de l'habitat individuel et un lot de 6 logements collectifs sociaux sur un terrain situé au lieu-dit " La Dame ", cadastré section AK numéro de parcelles 49, 60, 127a et 135, en zone 1 AUd du PLU de la commune. La société Askata demande l'annulation de cette décision ainsi que de celle rejetant implicitement son recours gracieux formé le 21 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme A en sa qualité d'adjointe au maire titulaire d'une délégation de signature en matière d'autorisation d'urbanisme par arrêté du 6 décembre 2017 transmis en préfecture le 12 décembre suivant et affiché en mairie le 7 décembre 2017. La société requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté qu'elle conteste a été signé par une autorité incompétente.

3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande (), elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet (), notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". L'arrêté attaqué vise le code de l'urbanisme, le PLU communal, le plan de prévention des risques inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents, le plan d'exposition au bruit de la base aérienne d'Orange Caritat, l'avis défavorable émis le 15 avril 2020 par la communauté de communes du pays réuni d'Orange et l'avis favorable émis le 5 juin 2020 par la société ENEDIS. Il précise en outre que le projet " ne respecte pas les orientations prévues dans la programmation de l'OAP en terme de densité de logement ". Il indique également sans autres précisions que ce projet " ne stipule pas suffisamment précisément la temporalité dans le temps de la mise en œuvre globale du projet ". Si ces mentions apparaissent effectivement peu compréhensibles, elles étaient utilement éclairées par l'avis de la communauté de communes du pays réuni d'Orange qui était joint à l'arrêté et qui rappelait précisément tant le contenu de l'OAP en cause que le calcul retenu pour conclure à l'insuffisance du nombre de logements prévus par le projet. Dès lors, le vice de forme invoqué ne peut, dans les circonstances de l'espèce, être accueilli.

4. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions que les travaux ou opérations d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation qui sont, dans cette mesure, opposables aux demandes d'autorisations d'urbanisme, lorsque leur teneur permet de justifier légalement un refus d'autorisation d'urbanisme.

5. Il ressort de la pièce n° 9 du mémoire en défense que l'OAP relative aux zones AU opérationnelles prévoit pour la zone 1AUd Chemin des Ramades un nombre potentiel de 37 logements avec une densité théorique à l'hectare de 15 logements individuels et de 25 logements collectifs. Le projet de la société Askata se limite à la création de 13 lots destinés à de l'habitat individuel et un lot de 6 logements collectifs sociaux sur un terrain de 19 757 m², densité qui apparaît incompatible avec celle fixée par l'OAP. Dans ces conditions, la société requérante n'apparaît pas fondée à soutenir que le maire de la commune de Joncquières ne pouvait légalement lui opposer l'OAP en cause et que son projet est conforme au plan local d'urbanisme de la commune.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Askata n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté qu'elle conteste est entaché d'excès de pouvoir et à en demander l'annulation. Il y a lieu en conséquence de rejeter les conclusions de sa requête dirigées contre l'arrêté du 30 juin 2020 et la décision rejetant son recours gracieux, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motif présentée par la commune.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Le présent jugement n'implique de la part de l'administration aucune mesure d'exécution. Les conclusions en ce sens de la société requérante ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Jonquières, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société requérante en remboursement des frais non compris dans les dépens qu'elle a pu engager dans cette instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Askata la somme que la commune Jonquières demande sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Askata est rejetée.

Article 2 : Les conclusions que la commune de Jonquières présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Askata et à la commune de Jonquières.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. Lagarde, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. B

Le conseiller le plus ancien,

F. LAGARDELa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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