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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003629

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003629

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2020 et un mémoire enregistré le 29 juin 2021, M. A B, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 septembre 2020 par lequel le maire de la commune d'Estézargues s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 03010720 déposée le 29 juillet 2020 portant sur une division en vue de construire sur une parcelle cadastrée section AD n° 237 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Estézargues une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, en droit, comme en fait ;

- la commune a considéré à tort que son dossier ne précisait pas le nombre de lots à créer ;

- en tout état de cause, si la commune estimait que son dossier était incomplet, il lui appartenait, en application des dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme, de lui indiquer quelles étaient les pièces manquantes ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors que la parcelle cadastrée section AD n° 237 se situe au sein des parties urbanisées de la commune ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- il est fondé sur un avis du préfet du Gard lui-même illégal au regard des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- dès lors qu'il était bénéficiaire d'une décision tacite de non opposition à déclaration préalable, l'arrêté attaqué doit s'analyser comme une décision de retrait ;

- cet arrêté est illégal dans la mesure où le retrait de la décision tacite de non opposition à déclaration préalable n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2021, la commune d'Estézargues, représentée par Me d'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- les moyens de la requête sont inopérants dans la mesure où le maire d'Estézargues était tenu de suivre l'avis défavorable émis par le préfet ;

- au surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Une note en délibéré a été produite pour M. B le 17 janvier 2023 et n'a pas été communiquée.

Une pièce complémentaire, produite pour la commune d'Estézargues, enregistrée le 17 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me B pour M. B et celles de Me Télès pour la commune d'Estézargues.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juillet 2020, M. B a déposé auprès des services de la mairie d'Estézargues un dossier de déclaration préalable n° DP 030 107 20 R0005 pour une division en vue de construire sur une parcelle cadastrée section AD n° 237. Le 10 septembre 2020, le préfet du Gard a émis un avis défavorable à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme demandée. Le maire de la commune d'Estézargues s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 030 107 20 R0005 par arrêté du 25 septembre 2020, dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la qualification juridique de la décision attaquée :

2. L'article R. 423-22 du code de l'urbanisme prévoit que " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-23 du même code fixe à un mois le délai d'instruction de droit commun pour les déclarations préalables. L'article R. 423-38 dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du [livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions], l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception () indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Aux termes du c) du R. 441-10 : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () / c) Un croquis et un plan coté dans les trois dimensions de l'aménagement faisant apparaître, s'il y a lieu, la ou les divisions projetées ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé un dossier de déclaration préalable le 29 juillet 2020 auprès des services de la commune d'Estézargues. Par courrier électronique du 11 août 2020, ces derniers ont indiqué au pétitionnaire que la pièce prévue par le c) de l'article R. 441-10 du code de l'urbanisme était insuffisante. Il est constant que M. B a produit cette pièce par courrier électronique du 14 septembre 2020. Ainsi, le dossier de déclaration préalable du requérant doit être regardé comme étant complet au mieux le 14 septembre 2020 et le délai d'instruction d'un mois a recommencé à courir à cette date. Par suite, en se bornant à soutenir que la commune d'Estézargues ne lui a pas demandé de produire de pièces complémentaires et qu'il bénéficiait en conséquence d'une décision tacite de non opposition à déclaration préalable à partir du 29 août 2020, M. B ne démontre pas qu'une autorisation serait née à son profit. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué doit donc s'analyser comme une décision d'opposition à déclaration préalable.

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3. que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen soulevant par la voie de l'exception l'illégalité de l'avis du préfet du Gard en date du 10 septembre 2020 :

6. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

7. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée la commune d'Estézargues n'était pas couverte par un document d'urbanisme. Ainsi, la décision attaquée devait être précédée, conformément aux dispositions des articles L. 422-5 et L. 422-6 du code de l'urbanisme, de l'avis conforme du préfet du Gard.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Gard a rendu le 10 septembre un avis conforme défavorable au projet de M. B au motif que le projet en litige est situé en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune d'Estézargues et qu'il n'entre pas dans le cadre des exceptions à l'inconstructibilité prévues par l'article L. 111-4 du même code.

9. Aux termes de l'articles L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : () 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application ".

10. Les articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme, interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte pour l'application de ces dispositions de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

11. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, d'une surface totale de 4 550 mètres carrés, est bordé à l'ouest par plusieurs constructions à usage d'habitation et s'ouvre à l'est sur une vaste plaine agricole. Ce terrain n'est, en outre, desservi par aucune voie publique. Si le requérant allègue que son projet est d'ampleur modeste, il est constant, d'une part, que les documents de son dossier de déclaration préalable relatifs à l'implantation et à la surface du lot à créer sont particulièrement flous et imprécis, et, d'autre part, que ledit lot est en tout état de cause destiné à occuper un compartiment de terrain nettement différent de celui sur lequel sont implantées les constructions existantes. Ainsi, le projet en litige, qui consiste en la division d'un terrain en vue de construire, ne s'intègre pas à l'urbanisation existante, mais conduirait à étendre celle-ci, ce qu'interdisent les dispositions précitées du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, en se prononçant défavorablement sur déclaration préalable déposée par M. B. Par suite, le moyen invoqué par la voie de l'exception tiré l'illégalité de l'avis du préfet du Gard en date du 10 septembre 2020 doit être écarté.

12. Le maire de la commune était ainsi tenu de se conformer à l'avis du préfet et de s'opposer, comme il l'a fait par l'arrêté du 25 septembre 2020, à la déclaration préalable. Les moyens soulevés par M. B tirés du défaut de motivation de la décision attaquée, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 111-11 et R. 111-5 du code de l'urbanisme sont dès lors inopérants.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2020 par lequel le maire d'Estézargues s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 030 107 20 R0005.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Estézargues la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 200 euros à verser à la commune d'Estézargues.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 1 200 euros à la commune d'Estézargues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Estézargues.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur

F. C Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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