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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003700

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003700

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantREDE-TORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2020 et deux mémoires enregistrés le 29 juillet 2021, M. E B et la SCI Le vieux chêne, représentés par Me Redé-Tort, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Caumont sur Durance a refusé de retirer l'arrêté du 4 juin 2020 par lequel il ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SAS Free Mobile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Caumont sur Durance le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ; d'une part, ils ont intérêt à agir, M. B en sa qualité de voisin immédiat du projet qui va affecter ses conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son habitation et la SCI Le vieux chêne, dont M. B est le gérant et le détenteur de la totalité des parts, en sa qualité de propriétaire de cette maison d'habitation ; d'autre part, le délai de recours a été respecté ;

- l'arrêté du 4 juin 2020 est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les dispositions des articles A2, A7 et A11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il viole les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme et le principe de précaution de l'article 5 de la charte de l'environnement ;

- il méconnaît le principe de mutualisation de l'article D. 98-6-1 du code des postes et télécommunications ;

- le dossier de déclaration préalable est incomplet ; il ne comporte aucune indication sur les mesures prises pour minimiser l'impact hydraulique du projet et pour sécuriser le matériel, ni le diagnostic de vulnérabilité des réseaux de transports de fluides d'intérêt collectif prévu par le titre 8 du plan de prévention des risques d'inondation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2021 et le 28 mars 2022, la SAS Free Mobile, représentée par le cabinet Pamlaw, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B et la SCI Le vieux chêne ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Caumont sur Durance qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Caumont sur Durance ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 4 juin 2020, le maire de la commune de Caumont sur Durance ne s'est pas opposé aux travaux déclarés le 24 juin 2020 par la SAS Free Mobile en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur pylône treillis d'une hauteur de 30 mètres, sur un terrain situé au lieu-dit " Les Argentons ", chemin des morts en zone A du PLU de la commune. M. B et la SCI Le vieux chêne ont demandé au maire par courrier du 5 août 2020 de retirer cette décision. Ils demandent l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2020 et de la décision implicite rejetant le recours gracieux qu'ils ont formé contre cet arrêté.

2. L'arrêté en litige a été signé par M. A D en sa qualité de premier adjoint au maire délégué à l'urbanisme. Par arrêté du 1er juillet 2014 transmis en préfecture le 10 juillet suivant, le maire de Caumont sur Durance à délégué à M. D les décisions relatives aux permis de construire. Cet arrêté a enfin été régulièrement publié le 11 juillet 2014 et présentait donc un caractère exécutoire, comme l'a jugé la cour administrative d'appel de Marseille dans un arrêt n° 18MA03705 devenu définitif. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté qu'ils contestent a été signé par une autorité incompétente.

3. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet d'antenne relais de la société Free Mobile est conforme aux exigences de l'article 2 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme de la commune dès lors que ce secteur admet les installations nécessaires à des équipements collectifs ou à des services publics dont font parties les antennes relais de téléphonie mobile. La seule circonstance que ces équipements soient conditionnés à leur nécessité et leur compatibilité avec l'exercice d'une activité agricole n'est pas de nature à remettre en cause cette conformité dès lors que l'antenne en cause est par nature nécessaire au fonctionnement de la téléphonie mobile et que l'emprise au sol de l'antenne, de seulement 12 m², n'est pas de nature à faire obstacle à l'exercice d'une activité agricole.

4. En application de l'article 7 du même règlement de zone relatif à l'implantation des constructions, la distance comptée horizontalement en tout point des bâtiments au point de la limite parcellaire qui en est la plus rapprochée doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 4 mètres. M. B et la SCI Le vieux chêne ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions sus rappelées dès lors que la marge de recul qu'elles prévoient s'apprécie à partir de chaque point des bâtiments, auxquels les antennes relais ne peuvent s'assimiler. Dans ces conditions, et eu égard à la finalité de cette règle qui est de préserver les distances entre les bâtiments et les limites séparatives et non de réglementer la hauteur des constructions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'article A7 du PLU aurait été méconnu.

5. Le projet autorisé par l'arrêté en litige aura vocation à s'implanter dans une zone agricole dont l'intérêt paysager n'est pas démontré par la seule circonstance qu'il serait à environ un kilomètre de sites protégés. Eu égard aux caractéristiques de l'antenne en cause, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté en litige méconnait l'article 11 du règlement de la zone A qui prévoit que les équipements d'intérêt général peuvent observer des dispositions différentes de celles énoncées s'ils ne sont pas de nature à porter atteinte aux sites urbains, paysages et à l'intérêt des lieux avoisinants.

6. En se bornant à affirmer que le projet autorisé par l'arrêté en litige méconnaitrait les articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme ainsi que le principe de précaution prévu à l'article 5 de la charte de l'environnement, du seul fait qu'il existerait des constructions à proximité de l'antenne, les requérants ne permettent pas au tribunal d'apprécier la pertinence de leurs moyens alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'antenne en cause aurait localement une nocivité particulière.

7. M. B et la SCI Le vieux chêne ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions du code des postes et communications électroniques qui ne sont pas au nombre des règles dont l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme doit veiller au respect.

8. Comme le soutient la société Free Mobile en défense, les moyens nouveaux invoqués par M. B et la SCI Le vieux chêne dans leurs mémoires enregistrés le 29 juillet 2021 sont irrecevables dès lors qu'ils ont été introduits plus de deux mois après la cristallisation du débat contentieux prévu par l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme qui a commencé de courir à compter du 27 mai 2021, date à laquelle le mémoire en défense transmis par télérecours le 25 mai 2021 a été réputé lu en application de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative, et s'est achevée le mardi 27 juillet à minuit.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B et la SCI Le vieux chêne ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 4 juin 2020 et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Caumont sur Durance, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par les requérants en remboursement des frais non compris dans les dépens qu'ils ont dû engager dans cette instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que la société Free Mobile demande sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de la SCI Le vieux chêne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la SAS Free Mobile présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, premier dénommé dans la requête, à la SAS Free Mobile et à la commune de Caumont sur Durance.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. Lagarde, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. C

Le conseiller le plus ancien,

F. LAGARDELa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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