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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003712

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003712

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTARTANSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 1er septembre 2021, la société civile immobilière (SCI) Meli, représentée par Me Tartanson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 novembre 2020 par lequel le maire de la commune du Thor a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue du changement de destination d'un entrepôt en deux logements ;

2°) d'enjoindre au maire du Thor de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Thor une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La SCI Meli soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'arrêté attaqué ne mentionnait pas la nécessité de former un recours administratif préalable auprès du préfet de région afin de contester l'avis défavorable émis sur son projet par l'architecte des bâtiments de France ;

- l'immeuble en litige n'est pas situé dans le champ de visibilité de monuments historiques de sorte que le maire du Thor ne pouvait valablement refuser de lui délivrer un permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article L. 621-32 du code du patrimoine ;

- les travaux réalisés sur la façade nord ne portent pas atteinte la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 151-10 du code de l'urbanisme dès lors que les travaux réalisés ont eu pour effet de démolir une partie du bâtiment existant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2021 et le 12 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune du Thor, représentée par Me Allégret Dimanche, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour la requérante d'avoir préalablement saisi le préfet de région d'une contestation de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Tartanson, pour la SCI Meli, et les observations de Me Mahistre pour la commune du Thor.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Meli a déposé, le 31 août 2020, une demande de permis de construire auprès des services de la commune du Thor pour des travaux sur une construction existante située sur la parcelle cadastrée section AD n° 958. Par arrêté du 10 novembre 2020, dont la SCI Meli demande l'annulation, le maire du Thor a refusé de lui délivrer le permis de construire demandé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 151-10 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter les secteurs dans lesquels la délivrance du permis de construire peut être subordonnée à la démolition de tout ou partie des bâtiments existants sur le terrain où l'implantation de la construction est envisagée. ". Aux termes de l'article UB 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Thor : " () / La zone UB2 comprend un secteur délimité en application de l'article L. 151-10 du code de l'urbanisme. À l'intérieur de ce secteur, la délivrance d'un permis de construire est subordonnée à la démolition des bâtiments existants sur le terrain où la construction est envisagée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire déposée par la SCI Meli porte sur des travaux à réaliser sur une construction existante, édifiée sur un terrain situé au sein du secteur délimité en application des dispositions précitées de l'article L. 151-10 du code de l'urbanisme. Il est constant que les travaux envisagés n'ont pas pour objet de démolir la totalité du bâtiment existant. Dans ces conditions, le maire de la commune du Thor était tenu de refuser le permis de construire demandé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 151-10 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords ".

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le maire du Thor était tenu de refuser de délivrer le permis de construire demandé par la SCI Meli. Dans ces conditions, et alors que les pièces du dossier ne permettent pas au Tribunal d'apprécier avec certitude une covisibilité des travaux envisagés avec les bâtiments que l'architecte des bâtiments de France a entendu protéger, la société requérante ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir d'une inexacte application des dispositions des articles L. 621-30 et L. 621-32 du code du patrimoine.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation contenues dans la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune du Thor.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune du Thor. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Meli une somme de 1 200 euros à verser à la commune du Thor.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de le SCI Meli est rejetée.

Article 2 : La SCI Meli versera une somme de 1 200 euros à la commune du Thor au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Meli et à la commune du Thor.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur

F. A Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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