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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003897

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003897

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 20 octobre 2020 par laquelle le maire de la commune de Nîmes s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 30 189 19 P0956 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée doit s'analyser comme une décision de retrait de la décision de non-opposition tacite dont il était titulaire depuis le 30 novembre 2019 ;

- celle-ci est illégale dès lors qu'elle est tardive au regard des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- cette décision de retrait n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2021, la commune de Nîmes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que M. B n'était titulaire d'aucune décision de non-opposition tacite de sorte que le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en l'absence de procédure contradictoire préalable ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, pour M. B, et celles de M. D, représentant la commune de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 octobre 2019, M. B a déposé auprès des services de la commune de Nîmes un dossier de déclaration préalable relatif à un changement de destination, sans travaux, d'un garage et d'un atelier situés 267, impasse des olivettes. Par courrier du 18 octobre 2019, la commune a indiqué à M. B que son dossier était incomplet et qu'il lui appartenait de le compléter dans un délai de 3 mois. Par courrier du 25 octobre 2019, celui-ci a transmis l'une des pièces demandées et a indiqué à la commune que les autres pièces demandées n'étaient pas nécessaires dans la mesure où sa demande d'autorisation d'urbanisme ne prévoyait pas de travaux. Par une décision du 20 octobre 2020 dont M. B demande l'annulation, la commune de Nîmes s'est opposée à sa déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R*421-14 à *R. 421-16 () les changements de destination des constructions existantes suivants : / () b) Les changements de destination d'un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l'article R. 151-27 (). ". Aux termes de l'article R. 431-35 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " La déclaration préalable précise : / () e) Les éléments, fixés par arrêtés, nécessaires au calcul des impositions ; (° / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente.". L'article R. 431-36 du même code relatif au dossier joint à la déclaration précise que celui-ci est " complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. ". Aux termes de l'article L. 423-38 dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". L'article R. 423-39 dispose : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. ". Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; () ". Enfin, l'article L. 424-1 du même code dispose : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 18 octobre 2019, la commune de Nîmes a demandé à M. B de compléter son dossier de déclaration préalable en joignant les pièces prévues aux a), b) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. Ainsi que l'a indiqué le requérant dans son courrier du 25 octobre 2019, dès lors que son projet n'implique pas la réalisation de travaux et ne modifie ni le profil du terrain, ni les façades et les toitures, la commune de Nîmes ne pouvait valablement lui demander de produire les pièces prévues aux a) et b) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. Elle ne pouvait pas davantage exiger la production des photographies prévues au d) de ce même article dans la mesure où le projet en litige ne vise pas à modifier des constructions visibles depuis l'espace public. En outre, il ressort des pièces du dossier que les renseignements donnés par M. B dans le formulaire joint au dossier de déclaration préalable permettaient aux services de la commune de Nîmes de disposer des éléments alors prévus au e) de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme, ces dispositions ayant désormais été abrogées par le décret n° 2023-165 du 7 mars 2023. La commune n'était donc pas fondée à demander à M. B de compléter son dossier sur ce point. Elle n'était pas non plus fondée à lui demander de mentionner la surface de plancher d'une construction située sur une parcelle différente et ne faisant pas l'objet du projet. Enfin, il ne ressort pas des dispositions précitées de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme que le document attestant de la conformité du projet d'installation d'assainissement non collectif au regard des prescriptions réglementaires, prévu au d) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, ferait partie des pièces exigibles dans le cadre d'une demande de déclaration préalable. Au surplus, et en tout état de cause, le requérant soutient sans être contredit avoir joint ledit document dans son courrier du 25 octobre 2019 adressé aux services instructeurs.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que dès lors que son dossier de déclaration préalable était complet, la décision attaquée, intervenue après l'expiration du délai d'instruction de droit commun des déclarations préalables, doit s'analyser comme une décision de retrait d'une décision tacite de non-opposition.

5. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".

6. Il est constant que la décision attaquée, datée du 20 octobre 2020, est intervenue après l'expiration du délai de 3 mois suivant la date à laquelle le pétitionnaire a bénéficié d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.

7. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure de contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ". Il résulte de ces dispositions que les décisions qui retirent une décision créatrice de droits doivent être motivées et que les personnes intéressées doivent avoir au préalable été mises à même de présenter leurs observations écrites.

8. Ainsi qu'il a été mentionné au point 4, la décision attaquée doit être regardée comme retirant la décision tacite de non-opposition dont bénéficiait M. B. Par suite, en application des dispositions précitées, cette décision ne pouvait intervenir sans que celui-ci ait été mis à même de présenter ses observations. Or, il est constant que la décision attaquée n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire préalable. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant sont fondés. Par suite, la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le maire de Nîmes s'est opposé à la déclaration préalable déposée par M. B doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu application de dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge la commune de Nîmes une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 octobre 2020 par laquelle le maire de Nîmes s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 30 189 19 P0956 est annulée.

Article 2 : La commune de Nîmes versera une somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le rapporteur

F. C Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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