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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003944

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003944

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 8 novembre 2022, M. D E, représenté par la SELARL Blanc-Tardivel-Bocognano, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le maire de Nîmes a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif ;

2°) d'enjoindre au maire de Nîmes de lui accorder le permis de construire modificatif sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le projet de la demande de permis de construire modificatif est conforme aux dispositions des articles Nh2 et Nh11 du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- la demande de permis de construire modificatif ne portait pas sur les hauteurs des constructions, de telle sorte que la commune ne pouvait lui opposer la méconnaissance des dispositions du PLU qui y sont relatives, lesquelles étaient en tout état de cause respectées ;

- la création de l'aire de stationnement prévue par le projet n'emporte pas de risque pour la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 30 juin et 6 juillet 2021, la commune de Nîmes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, représentant M. E, et celles de Mme A, représentant la commune de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 21 juin 2017, le maire de Nîmes a délivré à M. E un permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé chemin du Mas de Souchon, parcelles cadastrées section CK n°s 222 et 1198. Le 25 septembre 2020, M. E a déposé une demande de modification de ce permis de construire pour la régularisation et la modification des clôtures, de la piscine extérieure et de son local technique, de la zone de stationnement et des façades de la maison. Par un arrêté du 27 octobre 2020, le maire de Nîmes a refusé de lui délivrer ce permis de construire modificatif. M. E demande l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Il résulte de ces dispositions combinées que le maire, compétent pour délivrer les permis de construire au nom de la commune, peut consentir une délégation à l'un de ses adjoints, à condition que les limites de cette délégation soient définies avec une précision suffisante.

3. En outre, il résulte des dispositions des articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales que les actes réglementaires du maire, tels les arrêtés de délégation, sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé, d'une part, à leur publication ou à leur affichage et, d'autre part, à leur transmission au représentant de l'Etat.

4. Il résulte des mentions de l'arrêté du 27 octobre 2020 qu'il a été signé pour le maire de Nîmes par M. B F, premier adjoint au maire délégué à l'urbanisme. La commune produit en défense un arrêté du 8 juillet 2020 par lequel le maire de Nîmes a donné délégation de fonctions et de signature à M. F pour traiter des affaires ressortissant du domaine de l'urbanisme, et notamment " tous courriers et documents administratifs relatifs () aux actes de construction () ". Cette délégation est suffisamment précise et les mentions apposées sur l'arrêté du 8 juillet 2020, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, indiquent qu'il a été transmis en préfecture le jour de son édiction. Enfin, l'arrêté du 8 juillet 2020 a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune du troisième trimestre 2020, le 15 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article Nh2 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Nîmes : " Sont admises () les occupations et utilisations des sols suivantes : () 3) La création de deux annexes à l'habitation d'une surface maximale de 50 m² au total dont l'une pourra être dissociée de l'habitation sans pouvoir excéder une distance maximale de 30 m. G, n'entreront pas dans le calcul de ces annexes les piscines et leur local technique ". Le lexique annexé au règlement du PLU définit une annexe de construction à usage d'habitat comme un " local secondaire de dimension très réduite séparé ou accolé à la construction principale situé sur le même tènement dont l'usage ne peut être qu'accessoire à celui de cette dernière : abri bois, abris de jardin, locaux techniques, préaux, garages ". La définition attribuée par ce lexique à l'extension est la suivante : " aménagement(s) attenant(s) au bâtiment principal existant, d'une seule et même enveloppe bâtie et de dimensions significativement inférieures à celles du bâtiment auquel il(s) s'intègre(nt) ". Pour l'application de ces dispositions, la notion de création d'annexe doit s'entendre globalement en prenant en compte l'ensemble des annexes existantes à la date de la demande.

6. Il résulte de l'arrêté du 27 octobre 2020 que le maire de Nîmes a refusé de délivrer le permis de modificatif sollicité par M. E en se fondant notamment sur le motif tiré de ce qu'il avait été constaté sur le terrain d'assiette du projet la construction d'un pool house dont la configuration n'était pas retranscrite de manière authentique dans les pièces du dossier de demande de permis de construire modificatif. Le maire de Nîmes a considéré que la maison construite par M. E comptait déjà deux annexes, à savoir un auvent surplombant la porte d'entrée et un auvent surplombant le garage, et que ce pool house tel que déjà construit constituait également une annexe, portant à trois le nombre total d'annexes de l'habitation, en méconnaissance de l'article Nh2 du PLU précité. Il en a déduit que la demande de permis de construire modificatif dans sa partie relative au local technique de la piscine, qui correspond en réalité au pool house déjà construit, devait être rejetée pour ce motif. Le requérant fait valoir que les deux constructions considérées comme des annexes par le maire de Nîmes constituent en réalité des extensions qui ne pouvaient donc être prises en compte pour le contrôle du respect de l'article Nh2 du PLU, et que le pool house qui doit être créé n'est composé que pour partie d'une surface close de 6 mètres carrés environ abritant le local technique, cette surface étant bien inférieure aux 50 mètres carrés exigés par l'article Nh2 du PLU.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'un agent de la commune de Nîmes s'est rendu sur le terrain de M. E les 12 mars 2019 et 22 janvier 2020 et y a constaté plusieurs infractions au droit de l'urbanisme qu'il a consignées dans un procès-verbal d'infraction du 5 février 2020. Figure parmi ces infractions la construction sans autorisation d'un pool house d'une surface de 100 mètres carrés environ comportant un étage. Il ressort des photographies jointes à ce procès-verbal d'infraction ainsi que de celles jointes au procès-verbal d'huissier du 14 décembre 2020 produit par le requérant lui-même que cette construction est surplombée d'un toit, qu'elle comporte une ouverture visant à accueillir un jacuzzi mais qu'elle est close dans sa majeure partie. Cette construction n'est pas reliée à l'habitation principale et doit être regardée, compte tenu de sa configuration, comme une annexe au sens du PLU. Elle n'apparaissait pas dans le plan de masse joint au dossier de demande du permis de construire initial et a donc été réalisée sans autorisation. Si la demande de permis de construire modificatif déposée par M. E porte notamment sur la réalisation d'un pool house, les plans qui la composent indiquent que la surface de ce local sera de 6 m², ce qui ne coïncide pas avec la construction déjà réalisée, alors que le requérant n'allègue nullement qu'une partie sera détruite. Par suite, le pool house déjà construit devait être pris en compte dans le calcul des annexes de l'habitation principale. Il s'ensuit que le procès-verbal d'infraction indiquant que sa surface étant de 100 mètres carrés environ, ce qui n'est pas contredit par le requérant, il entraînait à lui seul la méconnaissance de l'article Nh2 du PLU qui impose que la surface totale des annexes soit de 50 mètres carrés au maximum.

8. Au surplus, contrairement à ce que soutient le requérant, l'auvent de 46 mètres carrés constitue nécessairement une annexe au sens de l'article Nh2 du PLU, et non une extension, puisqu'il surplombe le garage dont il est indissociable, qui est lui-même défini comme une annexe par le lexique joint au PLU. Ainsi, alors même que le requérant affirme à tort que la surface du pool house qui devrait être prise en compte dans le calcul de la surface des annexes était de seulement 6 mètres carrés environ, ces surfaces additionnées seraient de 52 mètres carrés et excéderaient en tout état de cause le maximum de 50 mètres carrés imposé par l'article Nh2 du PLU. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le maire de Nîmes était fondé à rejeter la demande de permis de construire modificatif formée par M. E au motif qu'elle n'était pas conforme aux dispositions de l'article Nh2 du PLU.

9. En troisième lieu, l'article Nh11 du PLU dispose que " () Les clôtures devront être en harmonie avec l'environnement () La hauteur totale mesurée du côté où le terrain naturel est le plus élevé ne devra pas dépasser 2 m ".

10. L'arrêté attaqué est notamment fondé sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article Nh11 du PLU. Pour établir cette violation, la commune de Nîmes s'est appuyée sur le procès-verbal d'infraction du 5 février 2020 dans lequel il est constaté que la hauteur des clôtures réalisées par le requérant est de 2,50 mètres environ pour les limites Nord, Est et Sud, et de 2 mètres environ en limite de voie. Or, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire modificatif, et notamment des plans de coupe, qu'il est prévu que les clôtures auront une hauteur de 2 mètres. Dans ces conditions, et dès lors que les indications du dossier de demande étaient conformes aux dispositions de l'article Nh11 du PLU, la commune de Nîmes ne pouvait se fonder sur les constatations du procès-verbal précitées pour rejeter la demande de permis de construire modificatif déposée par M. E.

11. En quatrième lieu, l'arrêté du 27 octobre 2020 est également fondé sur le non-respect des dispositions de la zone N2 de l'ancien PLU relatives aux hauteurs des constructions. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif déposée par M. E modifierait les hauteurs des constructions. Le maire de Nîmes ne pouvait donc lui opposer ce motif pour rejeter sa demande. En tout état de cause, l'arrêté du 27 octobre 2020 ne pouvait légalement opposer à la demande du requérant les dispositions de l'ancien PLU qui n'étaient plus en vigueur. Il s'ensuit que M. E est fondé à soutenir que ce motif est illégal.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

13. Le maire de Nîmes a estimé dans l'arrêté attaqué que l'aire de stationnement d'une surface de 30 mètres carrés que souhaite créer le requérant au sud-ouest du terrain d'assiette du projet présente un risque pour la sécurité publique. Il ressort des pièces du dossier que cette aire de stationnement donnera directement sur le chemin du Mas de Souchon et que cette voie est étroite, impliquant que les véhicules ne puissent circuler dans les deux sens simultanément. Compte tenu de cette circonstance, les véhicules qui stationneront sur l'aire de stationnement projetée et qui souhaiteront s'insérer sur le chemin du Mas de Souchon risqueront de couper la circulation à un endroit où la visibilité est limitée. Ainsi, l'aire de stationnement projetée présente bien un risque pour la sécurité publique et le maire de Nîmes pouvait légalement se fonder sur ce motif pour rejeter la demande de permis de construire modificatif déposée par M. E.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit que le maire de Nîmes étant fondé à rejeter la demande de permis de construire modificatif déposée par le requérant aux motifs qu'elle méconnaissait les dispositions de l'article Nh2 du PLU et celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nîmes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme que ce soit au titre des frais de l'instance. Les conclusions formées par M. E sur ce fondement doivent en conséquence être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

L. C

Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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