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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003987

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003987

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2020, et un mémoire, enregistré le 26 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C A, représenté par Me Marques, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté interruptif de travaux pris le 29 octobre 2020 par le maire de la commune de Blauvac ;

2) de mettre à la charge de la commune de Blauvac une somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure préalable contradictoire n'a pas été respectée dans la mesure où il n'avait pas connaissance de certains éléments qui ont conduit le maire de Blauvac à prendre l'arrêté en litige ;

- des travaux significatifs autorisés par le permis de construire qui lui avait été délivré le 9 mai 2016 avaient commencé à être exécutés avant l'expiration du délai de péremption dudit permis, de sorte que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- le maire de Blauvac ne pouvait valablement considérer que l'absence de déclaration d'ouverture de chantier permettait d'établir que l'exécution des travaux autorisés par le permis de construire n'avait pas débuté au 14 mai 2019 ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2021, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2021, la commune de Blauvac, représentée par Me Coque, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coque, pour la commune de Blauvac.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 mai 2016, notifié le 14 mai 2016, le maire de la commune de Blauvac a délivré à M. A un permis de construire un bâtiment à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section AD n° 33. Par courrier du 27 février 2020, le préfet de Vaucluse a informé M. A qu'un procès-verbal d'infraction avait été dressé à son encontre le 8 octobre 2019 pour commencement des travaux après péremption de l'autorisation d'urbanisme délivrée le 14 mai 2016. Par arrêté du 29 octobre 2020, le maire de Blauvac a pris un arrêté interruptif de travaux dont M. A demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'État et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire () ". L'article L. 480-2 du même code dispose que : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public () ". Aux termes de l'article L. 480-4 de ce code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé ".

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".

5. Il résulte de ces dispositions que la décision par laquelle le maire ordonne l'interruption des travaux au motif qu'ils ne sont pas menés en conformité avec une autorisation de construire, qui est au nombre des mesures de police qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut intervenir qu'après que son destinataire a été mis à même de présenter ses observations, sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles, en application des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 121-2 de ce même code.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 12 octobre 2020, le maire de Blauvac a informé M. A qu'un arrêté interruptif de travaux était susceptible d'intervenir et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. M. A a présenté des observations orales le 26 octobre 2020. Le requérant considère que la procédure contradictoire a été irrégulièrement conduite dès lors qu'il allègue ne pas avoir été destinataire de l'arrêté du 9 mai 2016 lui délivrant un permis de construire, du procès-verbal d'infraction établie le 8 octobre 2019 par un agent de la direction départementale des territoires de Vaucluse et des photographies de la parcelle en litige prises entre le 27 mai 2019 et le 21 octobre 2020. Il est toutefois constant que le permis de construire délivré à M. A lui a été notifié le 14 mai 2016 et que, par courrier du 27 février 2020, produit par le requérant lui-même, le préfet de Vaucluse lui a indiqué que le permis de construire qui lui avait été délivré était caduc depuis le 14 mai 2019, qu'un procès-verbal d'infraction avait été dressé à son encontre et qu'il était possible d'obtenir la communication de ce document auprès du parquet de Carpentras. En outre, M. A ne peut utilement se prévaloir du fait que les photographies de son propre terrain ne lui aient pas été communiquées avant l'édiction de l'arrêté en litige. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure contradictoire préalable aurait été irrégulièrement conduite.

7. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. " L'article R. 424-10 du même code dispose que : " La décision accordant ou refusant le permis () est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. () ".

8. M. A allègue avoir entrepris des travaux significatifs avant le 14 mai 2019, date de fin de validité du permis de construire qui lui avait été délivré le 14 mai 2016. Au soutien de ses allégations, il produit des attestations, au demeurant peu circonstanciées, établies par des voisins, qui se bornent à indiquer que le requérant aurait entrepris des travaux de terrassement destinés à aménager l'accès au terrain d'assiette du projet et à permettre le passage des engins lourds. En application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, le procès-verbal fait foi jusqu'à preuve du contraire. Les éléments produits par le requérant ne rapportent pas la preuve que le procès-verbal serait entaché d'inexactitude matérielle. Au surplus, le préfet de Vaucluse produit une photographie datée du 27 mai 2019 montrant que M. A n'avait pas entamé de travaux d'importance significative en rapport avec la construction de l'immeuble projeté. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation.

9. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le maire de Blauvac se serait cru lié par l'absence de déclaration d'ouverture de chantier au 14 mai 2019 pour retenir que les travaux autorisés par le permis de construire n'avaient pas encore débuté à cette date.

10. Dès lors que l'arrêté interruptif de travaux pris au nom de l'Etat par le maire de la commune de Blauvac a pour fondement la dénonce par le préfet de Vaucluse de la caducité du permis de construire dont le requérant était titulaire, M. A ne peut utilement se prévaloir des mauvaises relations qu'il entretient avec l'autorité communale pour soutenir que l'arrêté qu'il conteste, dont la légalité vient d'être reconnue, n'aurait pas poursuivi un but d'intérêt général et serait entaché de détournement de pouvoir.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. Lorsqu'il lui est demandé de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'Etat. La décision en litige ayant été prise au nom de l'Etat, la commune de Blauvac n'est pas partie à la présente instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces dispositions font obstacle aux conclusions présentées par la commune et par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Blauvac présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de Vaucluse et à la commune de Blauvac.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le rapporteur

F. B Le président,

J. Antolini

La greffière,

N. Lasnier

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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