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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2021119

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2021119

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2021119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBONNECARRERE SERVIERES GIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Toulouse, le 27 février 2020 et le 27 janvier 2021 et un mémoire enregistré au greffe du tribunal administratif de Nîmes le 6 février 2023, Mme A B, représentée par Me Gil agissant pour la SCPI Bonnecarrere - Gil - Meyer Soullier - Genest, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2020, par laquelle le président du conseil départemental du Tarn l'a reconnue inapte de façon totale et définitive à ses fonctions, et l'a placée à la retraite pour invalidité à compter du 3 février 2020 au taux d'invalidité permanente partielle imputable au service de 7% et au taux d'invalidité permanente partielle non imputable au service de 10% ;

2°) de condamner le département du Tarn à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices moral et financier qu'elle a subis ;

3°) de mettre à la charge du département du Tarn la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat n° 462171 du 4 avril 2022, le jugement de cette requête a été attribué au tribunal administratif de Nîmes.

La requérante soutient que :

- ses conclusions indemnitaires sont recevables dès lors qu'elle a formé une demande préalable en cours d'instance ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité non habilitée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de recherche de reclassement dès lors qu'elle n'était pas inapte de manière absolue et définitive à ses fonctions ;

- l'avis de la commission de réforme rendu le 9 décembre 2019 est lui-même entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il ne précise pas le résultat des votes de ses membres ;

- l'avis de la commission de réforme est insuffisamment motivé ;

- ses droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter des observations ou de se faire représenter devant la commission de réforme ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son syndrome anxio-dépressif n'est pas reconnu imputable au service ;

- l'illégalité de la décision attaquée est fautive et entraîne l'engagement de la responsabilité du département du Tarn ;

- elle a subi un préjudice financier et un préjudice moral qui doivent être évalués à la somme globale de 3 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2020, le département du Tarn, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;

- les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés ;

- il n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la requérante ne justifie pas de la réalité des préjudices dont elle se prévaut.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. C,

-les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

-et les observations de Me Lalubie, représentant le département du Tarn.

Une note en délibéré, enregistrée le 21 février 2023, a été produite pour le département du Tarn.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, rédactrice territoriale principale, recrutée par le département du Tarn par détachement de France Telecom, le 19 juillet 2006, a occupé les fonctions de référent technique au sein du service personnes âgées, puis a été affectée au sein du service habitat logement pour exercer les fonctions de gestionnaire de dossiers en juillet 2007. S'estimant victime de faits répétés de harcèlement moral à compter de 2013, Mme B a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 3 février 2016. Par un arrêté du 6 avril 2017, sa demande de placement en congé de longue maladie a été rejetée et Mme B a été placée rétroactivement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 3 février 2017. Ce placement a été prolongé à plusieurs reprises jusqu'au 2 février 2020. Par une décision du 26 décembre 2020, que l'intéressée conteste, Mme B a été reconnue inapte de façon totale et définitive à ses fonctions et placée à la retraite pour invalidité à compter du 3 février 2020 au taux d'invalidité permanente partielle imputable au service de 7% et au taux d'invalidité permanente partielle non imputable au service de 10%.

Sur la légalité de la décision du 26 décembre 2020 :

2. Aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. Le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Ces dispositions, en subordonnant le reclassement à la présentation d'une demande par l'intéressé, ont pour objet d'interdire à l'employeur d'imposer un reclassement, qui ne correspondrait pas à la demande formulée par le salarié, mais ne le dispensent pas de l'obligation de chercher à reclasser celui-ci.

4. En l'espèce, Mme B déplore tant l'absence de recherche d'une affectation compatible avec son état de santé et son grade de rédactrice territoriale de première classe que l'absence de reclassement proprement dit. Il ressort des pièces du dossier que par un avis rendu le 9 décembre 2019, la commission de réforme a considéré Mme B inapte de façon totale et définitive à ses fonctions et non à toutes fonctions. Pour justifier de l'impossibilité de reclassement de l'intéressée en dehors de son ancien service ou d'un service social, le département produit uniquement une attestation d'une chef de service du 4 octobre 2019 certifiant qu'il n'a pas été possible de trouver un poste adapté ou un emploi de reclassement lui permettant de continuer son activité dans des conditions compatibles avec son état de santé. Toutefois, ce document, établi pour les besoins de la demande de pension d'invalidité de l'intéressée et de la consultation de la commission de réforme sur la prolongation de sa disponibilité d'office pour raisons de santé, ne saurait démontrer les diligences de l'employeur. Par ailleurs, la production le 6 février 2023 par le département du Tarn d'une liste de postes de rédacteurs territoriaux, au demeurant non datée, ne permet pas non plus de démontrer ses diligences dans la recherche de reclassement de Mme B à la date de la décision attaquée. Ainsi, le département du Tarn ne démontre pas avoir invité la requérante à présenter une demande de reclassement et avoir sérieusement recherché à la reclasser, alors qu'elle n'était pas définitivement inapte à tout emploi. Il en résulte que Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 26 décembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

7. Les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

8. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 20 janvier 2021 reçu le 27 janvier 2021, Mme B a présenté une demande indemnitaire qui a nécessairement fait naître une décision de rejet liant le contentieux en cours d'instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département du Tarn et tirée de l'absence de liaison du contentieux doit être écartée.

En ce qui concerne la responsabilité et la réparation :

9. En premier lieu, l'illégalité mentionnée au point 4 est nécessairement fautive et engage la responsabilité du département du Tarn.

10. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation des préjudices financier et moral subis par la requérante en évaluant à 3 000 euros la somme destinée à les réparer.

11. Il résulte de ce qui précède que le département du Tarn doit être condamné à verser la somme de 3 000 euros à Mme B.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le département du Tarn demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Tarn la somme de 1 200 à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 décembre 2020 du président du conseil départemental du Tarn est annulée.

Article 2 : Le département du Tarn est condamné à verser la somme de 3 000 euros à Mme B.

Article 3 : Le département du Tarn versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département du Tarn au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Tarn.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F. C

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2021119

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