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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2021501

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2021501

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2021501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés au tribunal administratif de Toulouse le 19 mars 2020, le 14 avril 2021, le 8 octobre 2021 et le 10 novembre 2021, Mme A C, représentée par Me Georges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2020 par laquelle le maire de la commune d'Auterive a refusé de reconnaître comme imputable au service la maladie qu'elle a déclarée le 5 septembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à cette autorité territoriale de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Auterive la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat n° 462171 du 4 avril 2022, le jugement de cette requête a été attribué au tribunal administratif de Nîmes.

La requérante soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le syndrome anxio-dépressif dont elle souffre présente un lien direct et certain avec les difficultés professionnelles qu'elle rencontre, ainsi que l'attestent les documents médicaux qu'elle produit, qu'aucune antériorité n'a été médicalement constatée la concernant et que cette pathologie ne résulte pas d'une cause extérieure au service.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 novembre 2020 et le 8 octobre 2021, la commune d'Auterive, représentée par la SCP Courrech et associés, conclut au rejet de la requête, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et fait valoir que les moyens soulevés par cette dernière ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. E,

-les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

-les observations de Me Callens, substituant Me Georges, représentant la commune d'Auterive.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, recrutée sur contrat à compter du 20 août 2015 par la commune d'Auterive, pour exercer des fonctions d'assistante de direction au pôle médiathèque, puis en qualité de chargée de mission aux économies d'énergie et environnementales jusqu'au 19 août 2017, a été nommée au grade d'adjointe technique territoriale le 1er septembre 2017, et titularisée dans ce cadre d'emploi à compter du 7 septembre 2018, par un arrêté du 10 août 2018. Mme C a présenté un premier arrêt de travail du 12 mars au 22 avril 2018, puis un second, pour un syndrome anxio-dépressif à compter du 12 octobre de la même année. Par un arrêté du 12 octobre 2018, elle a été placée en congé de longue durée à compter du 12 octobre 2018, puis a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Par un avis du 16 janvier 2020, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la reconnaissance de cette imputabilité. Par une décision du 3 février 2020, que l'intéressée conteste, le maire de la commune a refusé de reconnaître comme imputable au service la maladie déclarée le 5 septembre 2019.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 3 février 2020 vise les textes sur le fondement desquels elle a été prise et mentionne le certificat médical initial du 5 septembre 2019 indiquant une maladie professionnelle survenue le 12 mars 2018, les certificats médicaux de prolongation au titre de la maladie professionnelle ainsi que l'avis favorable de la commission de réforme du 16 janvier 2020. La décision s'approprie par ailleurs les conclusions du médecin agréé du 24 octobre 2019 mentionnant que les troubles constatés ne relèvent pas d'une maladie professionnelle et que les soins et arrêts de travail prescrits sont justifiés uniquement au titre de la maladie ordinaire. La décision est dès lors suffisamment motivée contrairement à ce que soutient la requérante.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive () à une maladie contractée en service défini[e] a[u] () IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. La pathologie en litige, diagnostiquée le 12 mars 2018 mais déclarée le 5 septembre 2019, soit postérieurement au 13 avril 2019, date d'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) dans la fonction publique territoriale, obéit aux nouvelles conditions fixées par l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 cité au point précédent.

5. D'une part, les tableaux de maladies professionnelles visés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale ne mentionnent pas la pathologie de syndrome anxio-dépressif dont souffre Mme C, qui ne peut dès lors être présumée imputable au service.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un courrier médical du 10 janvier 2019, de la lettre de liaison du 28 juin 2019 et du certificat du Dr B du 6 janvier 2020 que Mme C présente un épisode anxieux dépressif évoluant depuis plusieurs mois dans un contexte de souffrance au travail suite à un changement de hiérarchie résultant d'une nouvelle majorité municipale. Toutefois, le contexte professionnel pathogène décrit par Mme C et indiqué dans ces documents médicaux, rédigés sur la base des propres déclarations de l'intéressée, n'est pas corroboré par les pièces du dossier qui ne permettent pas de démontrer qu'elle a, comme elle l'affirme, été privée de ses responsabilités à compter du début de l'année 2018 et qu'elle a éprouvé des difficultés relationnelles avec le directeur des services techniques. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la disparition temporaire des coordonnées professionnelles de la requérante du site internet de la commune est justifiée techniquement par cette dernière. En outre, les conclusions médicales précitées sont nuancées par celles, plus conditionnelles, du médecin de prévention, du 9 janvier 2020, mentionnant que la pathologie de Mme C pourrait être reliée à son activité professionnelle et par celles du Dr D, psychiatre agréé, du 24 octobre 2019, qui considère que " bien que réactionnels à un contexte professionnel, les troubles constatés ne rassemblent pas les critères nécessaires à la reconnaissance d'une maladie professionnelle ". Ainsi, malgré l'avis favorable de la commission de réforme du 16 janvier 2020, qui ne lie pas l'administration, la maladie de Mme C ne saurait être regardée comme ayant été directement liée par l'exercice de ses fonctions. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune d'Auterive aurait entaché la décision attaquée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Auterive, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la commune d'Auterive au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Auterive présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune d'Auterive.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, Première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. E

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. DESMOULIERES

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2021501

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