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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2021613

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2021613

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2021613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 462171 en date du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Nîmes le jugement de la requête du syndicat Sud collectivités territoriales 31, enregistrée au tribunal administratif de Toulouse le 24 mars 2020 sous le n° 2001613. Cette requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes sous le n° 2021613.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistré le 11 octobre 2021, le syndicat sud collectivités territoriales 31, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 18 octobre 2019 du conseil municipal de la commune de Toulouse créant 12 postes, dont 9 postes à temps non complet, au sein de la direction des musées, ainsi que la décision du 23 janvier 2020 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Toulouse de créer des postes permettant l'accueil des salariés de l'association La Photographie au Château d'eau (PACE) prenant en compte la réalité effective des missions de ces personnels ainsi que leur rémunération sans que le maintien de celle-ci dans son entièreté puisse être remise en cause par des critères liés à la manière de servir ou à l'absentéisme.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir s'agissant d'une décision à valeur réglementaire puisqu'elle concerne directement l'organisation et le fonctionnement d'un service dont elle trace la structuration et qui est de nature à affecter les conditions d'emploi et de travail des personnes transférées ; au surplus, la méconnaissance du droit au maintien des clauses substantielles du contrat de travail dans la globalité de la décision de reprise d'activité porte atteinte à l'intérêt collectif des salariés concernés ainsi qu'à leurs droits et prérogatives ;

- la délibération attaquée est insuffisamment motivée ;

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure ; la décision de reprendre en régie l'exploitation des activités du centre de photographie de la galerie du château d'eau précédemment gérées par l'association PACE aurait dû être adoptée par délibération du conseil municipal après consultation du comité technique ; au surplus, le comité technique saisi après cette décision de reprise en régie a été informé de 12 emplois à créer dont 8 à temps complet et 4 à temps incomplet, en contradiction avec la délibération litigieuse qui comporte seulement trois postes à temps complet ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les droits attachés aux contrat de travail n'ont pas été respectés dès lors que certains postes ont été identifiés comme à temps incomplet alors qu'ils étaient précédemment occupés à temps partiel ; la création de 9 postes à temps incomplet constitue une méconnaissance manifeste de la réalité du temps de travail effectué par les salariés concernés par le transfert ; le transfert des postes de responsable technique et d'assistante de direction ont impliqué une baisse de responsabilités et une baisse financière pour les agents concernés alors que ce transfert n'aurait pas dû avoir de conséquence sur leurs missions, leurs responsabilités et leur rémunération ;

- la décision du 23 janvier 2020 portant rejet du recours gracieux est entachée par l'incompétence de son signataire ;

- la décision du 23 janvier 2020 portant rejet du recours gracieux est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, la commune de Toulouse, représentée par le cabinet d'avocats Seban et associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du syndicat Sud collectivités territoriales 31 de la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Toulouse fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le syndicat requérant ne présente pas d'intérêt pour agir s'agissant de mesures individuelles ;

- subsidiairement, les moyens soulevés par le syndicat sont soit inopérants soit infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Verger, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 18 mai 1978, le conseil municipal de Toulouse a décidé de créer, à la galerie du Château d'eau, un musée de la photographie ayant pour objet l'organisation d'expositions d'œuvres photographiques et la constitution et l'exploitation d'un fonds d'œuvres photographiques. Après avoir assuré directement l'exploitation de ce musée, la commune de Toulouse en a confié la gestion à l'association pour la Photographie au Château d'eau (PACE) à compter du 1er janvier 1985 dans le cadre de plusieurs conventions successives. En raison des difficultés financières de l'association PACE motivant son placement en procédure de sauvegarde puis de redressement judiciaire, la commune de Toulouse a décidé de reprendre l'exploitation en régie de la galerie à compter du 1er janvier 2020. Afin de permettre cette reprise et le transfert des contrats de travail des douze salariés de l'association, le conseil municipal de Toulouse, par une délibération du 18 octobre 2019, a modifié le tableau des emplois et effectifs de la commune au sein de la direction des musées en y créant douze postes, dont neuf à temps non complet. Le syndicat Sud collectivités territoriales 31 demande au tribunal d'annuler cette délibération en tant qu'elle modifié le tableau des emplois et effectifs au sein de la direction des musées de la commune de Toulouse ainsi que la décision du 23 janvier 2020 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Et aux termes de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les emplois de chaque collectivité ou établissement sont créés par l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement. / La délibération précise le grade ou, le cas échéant, les grades correspondant à l'emploi créé. () / Aucune création d'emploi ne peut intervenir si les crédits disponibles au chapitre budgétaire correspondant ne le permettent. "

3. La délibération attaquée qui a pour objet de créer des emplois au tableau des emplois communaux présente un caractère réglementaire et n'est pas au nombre des décisions qui doivent être obligatoirement motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, son article 5 précise, conformément aux dispositions de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 précitées, les grades correspondants aux emplois créés, soit 1 catégorie A, attaché territorial de conservation du patrimoine, 1 catégorie B, assistant de conservation, 1 catégorie C, adjoint administratif, 7 catégorie C, adjoints du patrimoine, 1 catégorie C, agent de maitrise, et 1 catégorie C, adjoint technique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 33 de la loi du 26 janvier 1984 : " Les comités sociaux territoriaux connaissent des questions relatives : 1° A l'organisation, au fonctionnement des services et aux évolutions des administrations ; 2° A l'accessibilité des services et à la qualité des services rendus ; 3° Aux orientations stratégiques sur les politiques de ressources humaines ; 4° Aux lignes directrices de gestion en matière de promotion et valorisation des parcours professionnels. La mise en œuvre des lignes directrices de gestion fait l'objet d'un bilan, sur la base des décisions individuelles, devant le comité social ; 5° Aux enjeux et aux politiques d'égalité professionnelle et de lutte contre les discriminations ; 6° Aux orientations stratégiques en matière de politique indemnitaire et d'action sociale ainsi qu'aux aides à la protection sociale complémentaire ; 7° A la protection de la santé physique et mentale, à l'hygiène, à la sécurité des agents dans leur travail, à l'organisation du travail, au télétravail, aux enjeux liés à la déconnexion et aux dispositifs de régulation de l'utilisation des outils numériques, à l'amélioration des conditions de travail et aux prescriptions légales y afférentes ; 8° Aux autres questions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ". Et aux termes de l'article R. 2221-1 du code général des collectivités territoriales : " La délibération par laquelle le conseil municipal décide de la création d'une régie dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière ou d'une régie dotée de la seule autonomie financière fixe les statuts et le montant de la dotation initiale de la régie. ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le comité technique s'est réuni le 8 octobre 2019 et qu'il a émis un avis favorable à l'intégration et la gestion en régie de la galerie du château d'eau. Dans ces conditions, à supposer même le moyen opérant, le syndicat requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la délibération attaquée, qui décide, afin de permettre la reprise en régie par la commune de la galerie du Château d'eau à compter du 1er janvier 2020 impliquant le transfert vers les effectifs communaux des douze salariés de l'association PACE, de modifier le tableau des emplois en créant douze postes au sein de la direction des musées, et qui est postérieure à l'avis précité du comité technique, est entachée d'un vice de procédure.

6. D'autre part, si le syndicat requérant soutient que le comité technique a été informé de la création de 12 emplois dont 8 à temps complet et 4 à temps incomplet, en contradiction avec la délibération litigieuse qui comporte seulement 3 postes à temps complet, il ressort au contraire de l'examen du rapport de saisine du comité technique que l'état des lieux fait mention de 12 salariés au sein de l'association dont trois à temps complet et que la composition envisagée dans le cadre de la gestion en régie prévoit 3 postes à temps complet, soit le directeur (1 ETP catégorie A, filière culturelle), l'attaché de diffusion (1 ETP, catégorie C, filière administrative) et le responsable technique (1 ETP, catégorie C+, agent de maitrise, filière technique). Dans ces conditions, le syndicat n'est pas fondé à soutenir que la proposition soumise au comité technique différerait de la répartition votée dans la délibération attaquée.

7. Aux termes de l'article L. 1224-3 du code du travail : " Lorsque l'activité d'une entité économique employant des salariés de droit privé est, par transfert de cette entité, reprise par une personne publique dans le cadre d'un service public administratif, il appartient à cette personne publique de proposer à ces salariés un contrat de droit public, à durée déterminée ou indéterminée selon la nature du contrat dont ils sont titulaires. Sauf disposition légale ou conditions générales de rémunération et d'emploi des agents non titulaires de la personne publique contraires, le contrat qu'elle propose reprend les clauses substantielles du contrat dont les salariés sont titulaires, en particulier celles qui concernent la rémunération. Les services accomplis au sein de l'entité économique d'origine sont assimilés à des services accomplis au sein de la personne publique d'accueil. En cas de refus des salariés d'accepter le contrat proposé, leur contrat prend fin de plein droit. La personne publique applique les dispositions relatives aux agents licenciés prévues par le droit du travail et par leur contrat. ".

8. La délibération attaquée, qui décide de la création des douze postes nécessaires à la reprise en régie par la commune de Toulouse de la galerie du Château d'eau, pôle photographique, ne porte pas sur les situations individuelles des salariés concernés, et n'a notamment pas pour objet de leur proposer un contrat de droit public à durée déterminée ou indéterminée en application des dispositions précitées de l'article L. 1224-3 du code du travail. Par suite, le syndicat Sud collectivités territoriales 31 ne peut utilement invoquer la méconnaissance, par cette délibération, de ces dispositions.

9. Le syndicat Sud collectivités territoriales 31 ne saurait utilement contester les vices propres dont serait entachée la décision du 23 janvier 2020 rejetant son recours gracieux du 9 décembre 2019. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de cette décision et de son insuffisance de motivation ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toulouse, que le syndicat Sud collectivités territoriales 31 n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération et de la décision attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions à fin d'injonction présentées par le syndicat Sud collectivités territoriales 31.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat Sud collectivités territoriales 31 la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Toulouse au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat Sud collectivités territoriales 31 est rejetée.

Article 2 : Le syndicat Sud collectivités territoriales 31 versera à la commune de Toulouse une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat Sud collectivités territoriales 31 et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

K. A

Le président,

C. CIRÉFICE

La greffière

E. NIVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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