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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2023239

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2023239

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2023239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés au tribunal administratif de Toulouse les 13 juillet et 15 octobre 2020, Mme B A, représentée par Me Sabatté, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2020 par laquelle le président de la communauté de commune du Val'Aïgo l'a changé d'affectation ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2020 par lequel la même autorité a, en conséquence de son changement d'affectation, fixé le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) de l'intéressée à la somme de 3 903 euros annuelle, à compter du 1er juin 2020 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2020 par lequel la même autorité a, en conséquence de son changement d'affectation, fixé le montant de sa nouvelle bonification indiciaire (NBI) à 10 points majorés, à compter du 1er juin 2020 ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de commune du Val'Aïgo la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat n° 462171 du 4 avril 2022, le jugement de cette requête a été attribué au tribunal administratif de Nîmes.

La requérante soutient que :

- sa requête dirigée contre des actes lui faisant grief est recevable ;

- le mémoire en défense de la collectivité de commune est irrecevable dès lors que la communauté de commune du Val'Aïgo ne justifie pas de la qualité de son président pour agir en son nom ;

- la décision du 5 mai 2020 est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été avertie en temps utile de l'intention de son employeur de mettre en œuvre la mutation en cause, de telle sorte qu'elle n'a pas été mise à même de demander la communication de son dossier avant que la mesure ne soit édictée, en méconnaissance des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et recettes de l'exercice 1905 ;

- la matérialité des faits sur lesquels repose la décision du 5 mai 2020 n'est pas établie par des éléments précis et étayés ; le retard dans le traitement des dossiers s'explique par la période d'urgence sanitaire ; le grief tiré du mécontentement des élus est infondé dès lors que, dès 2018, elle a informé sa hiérarchie des pressions de ces derniers en vue d'obtenir des autorisations d'urbanisme illégales et qu'un élu ne tarissait pas d'éloge sur son travail dans un courriel du 28 novembre 2019 ; le grief tiré du mécontentement des notaires est infondé dès lors que, y compris durant la période d'urgence sanitaire, elle était destinataire de messages de remerciement saluant son professionnalisme ; le grief tiré de son attitude envers sa hiérarchie et ses agents n'est pas non plus fondé ;

- la décision du 5 mai 2020 est entachée d'erreur d'appréciation ;

- les arrêtés du 6 mai 2020 doivent être annulés en raison de l'illégalité de la décision du 5 mai 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2020, la communauté de commune du Val'Aïgo, représentée par Me Serée de Roch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête, dirigée à l'encontre d'une mesure d'ordre intérieure, est irrecevable et que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative que, dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions à fin d'annulation de la requête, le jugement est susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction tendant au réexamen de la situation administrative et financière de Mme A au 1er juin 2020.

Des observations enregistrées le 5 septembre 2022 ont été produites pour la communauté de commune du Val'Aïgo en réponse à ce moyen d'ordre public, qui a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, recrutée par la communauté de communes Val'Aïgo par un contrat à durée déterminée du 21 mars 2013 en qualité de responsable du service Droits des sols, a été titularisée, sur le même poste, dans le grade d'adjoint administratif territorial à compter du 1er septembre 2016. En mars 2017, l'intéressée a été affectée au poste de responsable du pôle aménagement du territoire, regroupant le service urbanisme, le développement économique et le développement touristique, créé à l'occasion d'une réorganisation des services de la collectivité. Par une décision du 5 mai 2020, que Mme A conteste, le président de la collectivité a décidé de la réorganisation de ce dernier et du changement d'affectation de l'intéressée, à compter du 1er juin 2020, dans ses missions précédentes d'instruction du droit des sols. En raison de ce changement d'affectation, par deux arrêtés du 6 mai 2020, que la requérante conteste également, la même autorité a porté le montant de l'IFSE de l'intéressée à la somme de 3 903 euros annuelle et celui de sa NBI à 10 points majorés, à compter du 1er juin 2020.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 5 mai 2020, qui s'est accompagnée d'une réduction du montant de l'IFSE et de la NBI accordés à Mme A, constitue une mutation dans l'intérêt du service entraînant perte de rémunération et de responsabilité qui fait grief à la requérante. Par suite, la fin de non-recevoir opposé en défense doit être rejetée.

Sur la légalité des décisions des 5 mai 2020 et 6 mai 2020 :

3. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.

5. Il ressort des termes mêmes de la décision du 5 mai 2020 attaquée que le président de la communauté de communes Val'Aïgo ne s'est pas borné à indiquer à Mme A qu'il envisageait de lui retirer ses fonctions de responsable du service urbanisme, mais qu'il lui a fait part de sa décision en ce sens, dissuadant ainsi l'intéressée de présenter utilement ses observations avant la formalisation de cette décision. Par suite, la décision attaquée a été prise aux termes d'une procédure irrégulière privant Mme A d'une garantie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête et de statuer sur la recevabilité des écritures en défense, que la décision du 5 mai 2020 doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions attaquées du 6 mai 2020 doivent également être annulées.

Sur le prononcé d'office d'une injonction :

7. Les motifs d'annulation retenus impliquent que la communauté de commune Val'Aïgo procède au réexamen de la situation administrative et financière de Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre la communauté de commune Val'Aïgo d'y procéder dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme que la la communauté de communes Val'Aïgo demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté de commune Val'Aïgo la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 mai 2020 du président de la communauté de communes Val'Aïgo est annulée.

Article 2 : Les arrêtés du 6 mai 2020 du président de la communauté de communes Val'Aïgo sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la communauté de communes Val'Aïgo de réexaminer la situation administrative et financière de Mme A à compter du 1er juin 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La communauté de communes Val'Aïgo versera la somme de 1 200 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la communauté de communes Val'Aïgo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté de communes Val'Aïgo.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. C

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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