mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2025679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 9 novembre 2020, attribuée au tribunal administratif de Nîmes par une ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat du 4 avril 2022 et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 janvier, 6 mai, 6 mai, 26 juillet, 26 juillet et 12 octobre 2021, la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de non opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 22 janvier 2020 par la société Free Mobile pour l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile ;
2°) d'ordonner l'arrêt des travaux d'adduction électrique vers la plate-forme de l'antenne ;
3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de La Roque-Sainte-Marguerite, de la communauté de communes Millau Grands Causses et de la société Free Mobile, une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la déclaration préalable en litige est entachée d'un vice de procédure dès lors que des doutes sérieux existent quant à l'instruction de la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile le 22 janvier 2020 ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet en méconnaissance des dispositions des c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et en l'absence d'étude d'impact au titre d'une zone Natura 2000 et de l'avis technique et professionnel de l'armée de l'air et de l'espace ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le projet est contraire aux dispositions de l'article D.98-6-1 du code des postes et des communications électroniques
- l'assiette du projet qui s'inscrit dans une zone naturelle Npa est contraire à l'article L. 151- 13 du code de l'urbanisme ;
- en autorisant le projet en litige, l'autorité administrative a méconnu les dispositions du règlement de la zone Npa ;
- la décision de non opposition est contraire au projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal ;
- la décision de non opposition est contraire aux prescriptions du schéma de cohérence territoriale ;
- elle méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- les dispositions des articles L. 110-1 et L. 110-2 du code l'environnement ont été méconnues dès lors que le principe de précaution imposait que l'autorité administrative s'oppose à la déclaration préalable litigieuse ;
- en application de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme une décision d'opposition tacite devait intervenir ;
- la décision méconnait le cinquième alinéa de l'article L. 110-1 du code l'environnement ;
- des dispositions du code de la défense ont été méconnues ;
- elle renonce à ses moyens tirés de la contrariété avec le plan local d'urbanisme intercommunal, le projet d'aménagement et de développement durables et le schéma de cohérence territoriale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 30 décembre 2020 et 7 avril 2021, la commune de La Roque-Sainte-Marguerite, représentée par Me Larrouy-Castera, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistrés le 7 avril 2021, la communauté de communes Millau Grands Causses, représentée par Me Larrouy-Castera, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juillet et 30 septembre 2021, la commune de La Roque-Sainte-Marguerite et la communauté de communes Millau Grands Causses, représentées par Me Larrouy-Castera, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de l'environnement ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 25 juillet 1990 relatif aux installations dont l'établissement à l'extérieur des zones grevées de servitudes aéronautiques de dégagement est soumis à autorisation ;
- le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Millau Grands Causses ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de M. B, représentant la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses, et celles de Me Larrouy-Castera, représentant la commune de La Roque-Sainte-Marguerite et la communauté de communes Millau Grands Causses.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé en mairie de La Roque-Sainte-Marguerite un dossier de déclaration préalable pour implanter une antenne relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section H n° 515, située sur le lieu-dit Puech del Melly à La Roque-Sainte-Marguerite. Par la présente requête, la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses sollicite du tribunal l'annulation de la décision de non opposition à cette déclaration préalable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens abandonnés :
2. Il ressort de ses mémoires complémentaires enregistrés les 26 juillet et 12 octobre 2021 que l'association requérante entend renoncer aux moyens tirés de la contrariété du projet en cause " au PLUi, PADD et au SCOT ". Par suite, il n'y a pas lieu d'examiner le bienfondé de ces moyens.
En ce qui concerne l'existence du dépôt d'un dossier de déclaration préalable :
3. D'une part, l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme dispose que : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". Aux termes de l'article R. 423-3 du même code : " Le maire affecte un numéro d'enregistrement à la demande ou à la déclaration et en délivre récépissé dans des conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'urbanisme. ". Son article R. 423-4 dispose que : " Le récépissé précise le numéro d'enregistrement et la date à laquelle un permis tacite doit intervenir, en application du premier alinéa de l'article L. 424-2, ou, dans le cas d'une déclaration préalable, la date à partir de laquelle les travaux peuvent être entrepris. ". Enfin, l'article R. 423-5 de ce code dispose que " Le récépissé précise également que l'autorité compétente peut, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier : / a) Notifier au demandeur que le dossier est incomplet ; / b) Notifier au demandeur un délai différent de celui qui lui avait été initialement indiqué, lorsque le projet entre dans les cas prévus aux articles R. 423-24 à R. 423-33 ; /Le récépissé indique également que le demandeur sera informé dans le même délai si son projet se trouve dans une des situations énumérées aux articles R. 424-2 et R. 424-3, où un permis tacite ne peut pas être acquis ou ne peut être acquis qu'en l'absence d'opposition ou de prescription de l'architecte des Bâtiments de France ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R 423-39 du code de l'urbanisme : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la société Free Mobile a déposé en mairie de La Roque-Sainte-Marguerite un dossier de déclaration préalable en vue de l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile ainsi que l'attestent l'accusé réception produit par la pétitionnaire montrant que la commune a accusé réception de sa demande le 31 janvier 2020 ainsi que le courrier du 11 mars 2020 dont la commune a accusé réception le 13 mars suivant, par lequel la pétitionnaire demandait à la commune de bien vouloir lui adresser le certificat de non opposition à sa déclaration préalable. Alors que la commune de La Roque-Sainte-Marguerite et la communauté de communes Millau Grands Causses admettent la réalité du dépôt de cette demande, les circonstances que la mention par la commune du dépôt de la demande le 31 janvier 2020 sur le document CERFA du dossier de déclaration préalable ne serait que manuscrite alors que ce document comporte également la mention d'un dépôt le 24 août 2020 et que la transmission à la préfecture de l'Aveyron daterait du 10 septembre 2020 ne sauraient conduire à remettre en cause la réalité du dépôt du dossier de déclaration préalable le 31 janvier 2020 attesté notamment par l'accusé réception versé par la pétitionnaire. Il s'en déduit qu'il y a lieu d'admettre le dépôt de la demande à cette date. Par ailleurs, en l'absence de demande de pièces complémentaires adressée par le service instructeur à la société pétitionnaire, cette dernière doit être regardée comme ayant bénéficié d'une décision de non-opposition tacite à l'issue du délai d'instruction d'un mois. L'envoi d'une demande de pièces complémentaires pour des dossiers de déclaration préalable déposés ultérieurement par la société Free Mobile est sans incidence sur la décision de non-opposition tacitement obtenue s'agissant du dossier de déclaration préalable déposée le 31 janvier 2020 en mairie de La Roque-Sainte-Marguerite. Dans ces conditions, la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme faisaient obstacle à la naissance de la décision de non-opposition tacite en litige.
En ce qui concerne la légalité externe :
6. Contrairement à ce que soutient la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses, le dépôt de plusieurs dossiers de déclaration préalable successivement le 25 mai 2020, le 8 juin 2020 et le 24 août 2020 et la lettre par laquelle la société Free Mobile entendait renoncer à ces projets, dès lors qu'elle était titulaire d'une décision de non-opposition, aussi regrettables soient-ils, ne sauraient vicier l'instruction du dossier de déclaration préalable déposé par la pétitionnaire le 31 janvier 2020. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne saurait être accueilli.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant de la complétude du dossier de déclaration préalable :
7. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, seul applicable s'agissant d'une déclaration préalable : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, aux articles R. 431-14 et R. 431-15, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".
8. La circonstance que le dossier de déclaration préalable de travaux ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions précitées du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition à déclaration préalable que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. En premier lieu, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable en raison de l'absence de l'étude d'impact au titre d'une zone Natura 2000 n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé, alors qu'au demeurant, l'association requérante reconnait plausible que le Parc national Régional ait commis une erreur en exigeant cette étude d'impact. Un tel moyen ne peut en conséquence qu'être écarté.
10. En deuxième lieu, l'article R. 425-9 du code de l'urbanisme dispose que " Lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne, le permis de construire ou le permis d'aménager tient lieu de l'autorisation prévue par l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord du ministre chargé de l'aviation civile et du ministre de la défense. ". L'article 1er de l'arrêté du 25 juillet 1990 relatif aux installations dont l'établissement à l'extérieur des zones grevées de servitudes aéronautiques de dégagement est soumis à autorisation dispose que : " Les installations dont l'établissement à l'extérieur des zones grevées de servitudes aéronautiques de dégagement est soumis à autorisation du ministre chargé de l'aviation civile et du ministre chargé des armées comprennent : / a) En dehors des agglomérations, les installations dont la hauteur en un point quelconque est supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau du sol ou de l'eau []".
11. Si l'association requérante a entendu se prévaloir de la méconnaissance des dispositions combinées du code de l'urbanisme et du code de l'aviation civile, en tout état de cause, alors qu'il est question d'une déclaration préalable et non d'un permis de construire ou d'aménager, il ne ressort pas des pièces du dossier que la hauteur de l'antenne de téléphonie mobile en litige serait supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de sol. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'autorisation du ministre chargé de l'aviation civile et du ministre de la défense doit être écarté en raison de son caractère inopérant.
12. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 5114-2 du code de la défense : " Aucune construction ne peut être réalisée sans autorisation du ministre de la défense dans un rayon de deux cent cinquante mètres autour des installations mentionnées à l'article L. 5114-1. ". L'article R. 5114-7 du même code dispose que : " Hors le cas d'application des articles R. 5114-5 et R. 5114-6, l'autorisation préalable du ministre de la défense prévue à l'article L. 5114-2 est requise pour toute construction nouvelle ou toute reconstruction, réhabilitation ou transformation d'ouvrage existant dans la zone de servitudes. ". L'article R. 5114-8 du même code dispose que : " La délivrance de l'autorisation préalable donne lieu à la présentation d'une demande indiquant la nature des travaux, la position et les principales dimensions de la construction, ainsi que la nature des matériaux. / Le directeur de l'établissement du service d'infrastructure de la défense instruit la demande et fait connaître son avis au ministre dans les deux mois à compter du dépôt de la demande, délai éventuellement prolongé si la demande doit être complétée. / L'autorisation du ministre est consentie dans les deux mois de la réception de l'avis du directeur de l'établissement du service d'infrastructure de la défense ou de l'expiration du délai qui lui était imparti pour le donner ".
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet d'antenne de téléphonie mobile autorisée par la déclaration préalable en litige se situe dans un rayon de 250 mètres d'une installation militaire au sens des dispositions précitées, l'association requérante semblant opérer une confusion entre ce type d'installations et l'existence d'un couloir aérien. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des articles R. 5114-7 et R. 5114-8 du code de la défense.
14. En troisième lieu, le dossier de déclaration préalable déposé par la société Free Mobile comporte tous les documents graphiques et photographiques ayant permis au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet en litige dans son environnement et dans le paysage, alors que l'accusation de l'association requérante selon laquelle la pétitionnaire aurait produit des photomontages non conformes à la réalité pour tromper le service instructeur n'est corroborée par aucun élément ni aucune pièce du dossier.
15. Il résulte de ce qui précède que la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses n'est pas fondée à soutenir que le dossier de déclaration préalable déposé par la société Free Mobile le 31 janvier 2020 était incomplet.
S'agissant de la méconnaissance du code des postes et des communications électroniques :
16. La Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses invoque la méconnaissance des dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques régissant la délivrance des autorisations d'utilisation des fréquences radioélectriques. Toutefois, ces dispositions relèvent d'une législation distincte et n'ont pas vocation à régir les autorisations d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté en raison de son inopérance.
S'agissant de la méconnaissance du code de l'environnement :
17. En premier lieu, l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme dispose que : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution, énoncé par l'article 5 de la Charte de l'environnement et auquel se réfère l'article L. 110-1 du code de l'environnement, lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.
18. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, en l'état des connaissances scientifiques sur les risques pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile, l'autorité administrative aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de la société Free Mobile.
19. En deuxième lieu, d'une part, le 5°) du II de l'article L. 110-1 du code l'environnement prescrit " le principe de participation en vertu duquel toute personne est informée des projets de décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement dans des conditions lui permettant de formuler ses observations, qui sont prises en considération par l'autorité compétente ".
20. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. "
21. Ainsi que cela est opposé en défense, l'association requérante n'a soulevé le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du " cinquième alinéa de l'article L. 110-1 du code l'environnement " et invoqué la circonstance qu'aucune réunion d'information ni aucun moyen permettant de formuler des observations n'ont été proposés aux concitoyens, que ce soit par la commune, la Communauté de communes ou l'État, que dans un mémoire complémentaire présenté plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense. Par suite, un tel moyen est irrecevable en vertu des dispositions précitées de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la méconnaissance du règlement du PLU intercommunal :
22. D'une part, aux termes de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut, à titre exceptionnel, délimiter dans les zones naturelles, agricoles ou forestières des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées dans lesquels peuvent être autorisés : /1° Des constructions ; / 2° Des aires d'accueil et des terrains familiaux locatifs destinés à l'habitat des gens du voyage au sens de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ; / 3° Des résidences démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs. / Il précise les conditions de hauteur, d'implantation et de densité des constructions, permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. / Il fixe les conditions relatives aux raccordements aux réseaux publics, ainsi que les conditions relatives à l'hygiène et à la sécurité auxquelles les constructions, les résidences démontables ou les résidences mobiles doivent satisfaire. / Ces secteurs sont délimités après avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. / Leur caractère exceptionnel s'apprécie, entre autres critères, en fonction des caractéristiques du territoire, du type d'urbanisation du secteur, de la distance entre les constructions ou de la desserte par les réseaux ou par les équipements collectifs. ". Aux termes de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision. ".
23. D'autre part, l'article N2 du règlement " destinations, sous-destinations et natures d'activités soumises à des conditions particulières " applicable au terrain d'assiette du projet en litige dispose que : " Seules peuvent être autorisées les occupations et utilisations du sol ci-après selon l'une des conditions particulières suivantes : / 2.1. Dans l'ensemble de la zone N (y compris l'ensemble des secteurs et STECAL, hormis en secteur Nr ) / 1. À condition qu'ils soient directement nécessaires aux services publics en démontrant la nécessité technique de leur implantation : / - les constructions et installations techniques nécessaires aux services publics, notamment les emplacements réservés des documents graphiques / - les affouillements et exhaussements des sols dès lors qu'ils ne compromettent pas la stabilité des sols ou l'écoulement des eaux ou portent atteinte au caractère du site. ".
24. En premier lieu, à supposer que la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses ait entendu exciper de l'illégalité du règlement du PLU intercommunal de la communauté de communes Millau Grands Causses quant aux possibilités de construction en zone Na, il ne ressort pas des pièces du dossier que les auteurs du plan aient instauré au sein de la zone Na des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées (STECAL). Par suite et en tout état de cause, l'association requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité supposée du règlement de la zone Na au regard des dispositions de l'article L. 151- 13 du code de l'urbanisme relatives aux STECAL.
25. En deuxième lieu, la station relais envisagée par la société Free Mobile, qui participe à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, constitue une installation nécessaire au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif au sens des dispositions précitées du PLU intercommunal de la communauté de communes Millau Grands Causses, sans que ce caractère de nécessité soit conditionné à la couverture des seules zones dites blanches. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet en cause ne serait pas autorisé par les dispositions précitées du règlement du plan local applicable et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
26. En dernier lieu, il n'est pas établi que la délivrance du projet en cause consistant en l'édification d'une station relais de téléphonie mobile serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son impact sur le milieu environnant.
S'agissant de la méconnaissance du règlement national d'urbanisme :
27. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Il lui appartient alors d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du lieu, du site ou du paysage naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le lieu, le site ou le paysage naturel ou urbain.
28. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette de la construction en litige n'est pas compris dans un site présentant un intérêt particulier alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est déjà traversé par une ligne de haute tension portée par des pylônes. Par ailleurs, le projet dont il est question porte sur l'édification d'une antenne relais qui, si elle présente une hauteur de près de 33 mètres, ne représente qu'une emprise au sol réduite. Si l'association requérante allègue de la visibilité de ce projet depuis des sites classés ou remarquables, il ressort au contraire des pièces du dossier que l'architecte des bâtiments de France a indiqué que son avis n'était pas nécessaire en l'absence de visibilité. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme qu'une décision de non-opposition a été délivrée à la société Free Mobile.
29. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées, alors qu'au demeurant, elles sont par nature irrecevables puisque la demande tendant à l'arrêt des travaux d'adduction électrique vers la plate-forme de l'antenne ne saurait être regardée comme découlant d'une éventuelle annulation de la décision de non-opposition à déclaration préalable en litige.
Sur les frais liés au litige :
31. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Roque-Sainte-Marguerite, la communauté de communes Millau Grands Causses et la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Fédération pour la vie et la sauvegarde du pays des Grands Causses, à la commune de La Roque-Sainte-Marguerite, à la communauté de communes Millau Grands Causses et à la société Free Mobile.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Antolini, président,
Mme Ruiz, première conseillère,
M. Lagarde, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
I. A
Le président,
J. ANTOLINI
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2025679
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026