mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BRUNEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 janvier 2021 et un mémoire enregistré le 2 juillet 2021, M. C D, représenté par Me Brunel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interruptif de travaux pris le 7 août 2020 par le maire de la commune de Saint-Roman-de-Codières, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Roman-de-Codières une somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le litige conserve un objet dès lors que l'arrêté contesté avait été exécuté avant son abrogation ;
- la procédure contradictoire préalable a été irrégulièrement conduite dès lors que le procès-verbal du 21 juillet 2020 ne lui avait pas été communiqué, qu'il ne connaissait pas le
motif qui aurait pu conduire le maire de Saint-Roman-de-Codières à prendre un arrêté interruptif de travaux et qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations ;
- l'arrêté est irrégulier dès lors qu'il le met personnellement en demeure d'interrompre des travaux dont il n'est pas l'exécutant puisque le permis de construire a été délivré à une personne morale ;
- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de droit dans la mesure où, à la supposer établie, l'implantation de yourtes et de caravanes sur le terrain d'assiette du projet en litige ne pouvait conduire le maire à l'obliger à interrompre des travaux autorisés par un permis de construire ;
- l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2021, la préfète du Gard conclut au non-lieu à statuer.
La préfète soutient que l'arrêté en litige a disparu de l'ordonnancement juridique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de M. E, maire de la commune de Saint-Roman-de-Codières.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 31 mars 2017, le maire de la commune de Saint-Roman-de-Cadières a délivré un permis de construire à la société civile immobilière (SCI) " Collectif de Bourras ", dont M. D est co-gérant, un ensemble de bâtiments d'habitation et d'activités. Le 21 juillet 2020, le garde-champêtre chef principal du SIVOM de la région suménole a dressé un procès-verbal d'infraction à raison de travaux non conformes au permis de construire initial. Par arrêté du 7 août 2020, le maire de Saint-Roman-de-Cadières a pris un arrêté interruptif de travaux dont M. D demande l'annulation.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Dans le cas où l'administration procède à l'abrogation de l'acte administratif attaqué, cette circonstance ne prive d'objet le recours formé à son encontre qu'à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Il est constant que, suite à la notification de l'arrêté interruptif de travaux litigieux, les travaux ont été interrompus entre le 7 août 2020 et le 11 décembre 2020, date à laquelle le maire de Saint-Romans-de-Codières a délivré à Mme A, co-gérante de la SCI " Collectif de Bourras " un permis de construire destiné à régulariser une construction à usage d'habitation. Dès lors, comme l'oppose le requérant, l'arrêté attaqué a reçu exécution. Il en résulte que la demande de M. D tendant à son annulation et à celle de la décision rejetant son recours gracieux n'est pas devenue sans objet. Par suite, il y a lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'État et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire () ". L'article L. 480-2 du même code dispose que : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public () ". Aux termes de l'article L. 480-4 de ce code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé ".
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".
6. Il résulte de la combinaison du 1° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qu'un arrêté interruptif de travaux, qui constitue une mesure de police, est soumis au respect d'une procédure contradictoire préalable. Cette procédure doit permettre au destinataire de l'arrêté d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations.
7. Si les dispositions législatives précitées imposent que la personne invitée par courrier à faire valoir ses observations préalablement à l'édiction d'un arrêté la mettant en demeure d'interrompre des travaux soit informée des faits sur lesquels cet arrêté est susceptible de se fonder, elles n'obligent pas le maire à joindre le procès-verbal constatant les non-conformités reprochées à un tel courrier préalable.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D était présent lors de la visite réalisée le 15 juillet 2020 par l'agent assermenté qui a rédigé le procès-verbal, et que le maire de Saint-Roman-de-Codières a précisé, dans son courrier notifié le 27 juillet 2020 à l'intéressé, que lui était reproché d'avoir exécuté des travaux non conformes à ceux autorisés par le permis de construire délivré le 31 mars 2017 et qu'il disposait d'un délai de dix jours pour faire valoir ses observations. D'une part, il ressort du procès-verbal établi le 15 juillet 2020, faisant foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant reconnaissait que les travaux exécutés différaient substantiellement de ceux autorisés par le permis de construire. Si M. D est effectivement fondé à soutenir que le courrier du 27 juillet 2020 ne contenait pas la liste des griefs formulés à son encontre puisque le procès-verbal du 15 juillet 2020 n'y était pas joint, il est constant que le requérant a répondu dans son courrier d'observations à l'ensemble des griefs figurant dans le procès-verbal et n'a ainsi été privé d'aucune garantie puisqu'il a lui-même listé toutes les non-conformités qu'il a reconnu avoir commises en les justifiant pas des raisons techniques. D'autre part, le délai de 10 jours qui lui avait été accordé pour présenter ses observations doit être regardé comme suffisant. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du caractère irrégulier de la procédure contradictoire préalable doit être écarté en toutes ses branches.
9. M. D soutient que l'arrêté en litige est irrégulier dès lors qu'il le met personnellement en demeure d'interrompre des travaux, alors qu'il ne peut être regardé comme l'exécutant des travaux autorisés au nom de la SCI " Collectif de Bourras ". Cette imprécision n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté contesté, dès lors qu'il est constant que M. D est cogérant de ladite SCI et qu'il ressort du recours gracieux en date du 2 septembre 2020 qu'il contribue lui-même à l'exécution des travaux en litige.
10. Si le requérant soutient enfin que le maire de Saint-Roman-de-Codières ne pouvait valablement prendre un arrêté interruptif de travaux au motif que des caravanes et des yourtes auraient été irrégulièrement implantées sur le terrain d'assiette du projet, il résulte de l'arrêté lui-même qu'il visait exclusivement les non conformités au permis n° P.C 030 296 17 AA001 et que cette autorité devait en tout état de cause prendre la même décision en se fondant sur le non-respect du permis de construire délivré le 31 mars 2017, qui n'est pas contesté par le requérant, alors que ce permis ne permettait pas davantage d'implanter des constructions autres que celles prévues.
11. En se bornant à soutenir que le maire aurait entaché son arrêté de détournement de pouvoir en prenant en compte la réalisation de caravanes et de yourtes, le requérant n'apporte pas de précisions suffisantes pour apprécier la pertinence de ce moyen alors que la réalisation de constructions en méconnaissance d'une autorisation d'urbanisme relève des infractions au code de l'urbanisme que le maire doit réprimer sur le fondement des pouvoirs de police qu'il tient du code de l'urbanisme.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
13. Lorsqu'il lui est demandé de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'Etat. Par suite, ces dispositions font obstacle aux conclusions présentées par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la préfète du Gard et à la commune de Saint-Roman-de-Codières.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Antolini, président,
- M. Lagarde, premier conseiller,
- Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
Le rapporteur
F. LARGARDE Le président,
J. ANTOLINI
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026