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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100161

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100161

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 13 janvier 2021, les 20 janvier, 20 février et 3 mars 2023 M. B C, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 novembre 2020, par lequel le maire de Mus a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle sur un terrain issu d'une division foncière, situé 440, rue de la montée rouge à Mus ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mus une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente pour ce faire

- c'est à tort que l'arrêté de refus se fonde sur la méconnaissance des dispositions de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Mus ;

- la commune aurait dû opposer la contrariété avec les dispositions du plan local d'urbanisme à l'occasion de l'instruction du dossier de déclaration préalable relative à la division du terrain ;

- le projet n'est pas contraire aux dispositions de l'article UD5 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 décembre 2021 et 20 février 2023, la commune de Mus, représentée par Me Barnier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- elle sollicite la substitution de deux motifs tirés de la méconnaissance des dispositions des articles UD5 et UD6 du règlement du plan local d'urbanisme.

Un courrier du 14 septembre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du même code.

Par ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Mus ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, représentant M. C, et celles de Me Fortune, représentant la commune de Mus.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 septembre 2014, une déclaration préalable en vue de la division foncière de la parcelle cadastrée section AB n° 01, d'une contenance de 1 714 m², a été déposée en mairie de Mus par la SARL Foncière et développement, dont le représentant est M. C. Ce dernier a ultérieurement sollicité la délivrance d'un permis de construire une maison individuelle sur le lot n° 05 issu de cette division. Par arrêté du 13 novembre 2020, dont M. C sollicite l'annulation, le maire de Mus a opposé un refus à cette demande de permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 442-14 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date. / Lorsque le lotissement a fait l'objet d'un permis d'aménager, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de délivrance du permis d'aménager, et ce pendant cinq ans à compter de l'achèvement des travaux constaté dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / Toutefois, les dispositions résultant des modifications des documents du lotissement en application des articles L. 442-10, L. 442-11 et L. 442-13 sont opposables. / L'annulation, totale ou partielle, ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale pour un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au lotissement ne fait pas obstacle, pour l'application du présent article, au maintien de l'application des règles au vu desquelles le permis d'aménager a été accordé ou la décision de non-opposition a été prise. ". Il résulte de ces dispositions une cristallisation des règles d'urbanisme applicables aux demandes de permis de construire présentées dans le cadre d'un lotissement, pendant un délai de cinq ans qui court à compter de la décision de non-opposition lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable.

En ce qui concerne la légalité du motif du refus de permis de construire opposé à M. C :

3. Aux termes de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme de la zone applicable au terrain d'assiette du projet relatif à l'accès et la voirie : " []. / Lorsque le terrain est riverain de plusieurs voies publiques, l'accès sur celles de ces voies qui présentent une gêne ou un risque pour la circulation, peut être interdit. / Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. /Tout accès nouveau particulier est interdit sur les routes départementales sauf autorisations à solliciter auprès de l'administration départementale gestionnaire de la voirie ".

4. Pour opposer un refus à la demande de permis de construire en litige, le maire de Mus s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que le projet ne prévoyait pas d'aire de retournement dans le terrain d'assiette du projet. Il a retenu, d'autre part, que la sortie ne pouvant s'effectuer qu'en marche arrière ou en manœuvrant sur le domaine public, les accès n'offraient, par conséquent, pas de distance de visibilité suffisante. Il a considéré enfin que la création des deux places de stationnement sur la parcelle, qui sont directement accessibles depuis la voie, présentait un risque pour la sécurité des usagers de la voie publique et des personnes utilisant cet accès. Il ressort cependant des pièces du dossier que les services du département, gestionnaire de la voirie, ont émis le 12 août 2020 un avis favorable, assorti de prescriptions, à la desserte routière de la maison par la rue du champ de Mars. Il ne ressort pas en revanche de ces mêmes pièces et des plans versés au débat que les conditions de circulation ou la configuration du terrain et des accès rendaient impossible toute autorisation, même assortie de prescriptions. Dans ces conditions, eu égard à l'existence de prescriptions et alors que les risques pour la sécurité et les difficultés de manœuvre invoquées par la commune ne sont pas établis, le maire de Mus ne pouvait légalement fonder son refus sur la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UD3.

En ce qui concerne les demandes de substitution de motifs sollicités par la commune de Mus :

5. En premier lieu, aux termes de l'article UD5 du règlement du plan local d'urbanisme de la zone applicable au terrain d'assiette du projet relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques et dans leur rédaction en vigueur au moment de la délivrance de la déclaration préalable de division foncière : " Le recul minimal est de 5 mètres par rapport à l'alignement des voies ouvertes à la circulation. / Toutefois, des implantations différentes peuvent être autorisées : / - lorsque le projet jouxte une construction existante de valeur ou en bon état et sous réserve qu'elle présente une unité architecturale avec celle-ci, / - lorsqu'il s'agit d'opération d'ensemble et de lotissement afin de permettre notamment la réalisation de constructions groupées. Toute extension ou nouvelle construction devra respecter le recul de la construction initiale. / - lorsqu'il s'agit d'équipements d'infrastructure et/ou d'équipements liés au fonctionnement des services publics ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction d'une maison individuelle présenté par M. C prévoit l'implantation du bâtiment avec un recul de huit mètres par rapport à la rue du champ de Mars et de seulement quatre mètres par rapport à la rue de la montée rouge.

7. Toutefois, lorsque l'autorité administrative compétente, se prononçant sur une demande d'autorisation d'urbanisme, ne fait pas usage d'une faculté qui lui est ouverte par le règlement d'un plan local d'urbanisme d'accorder ou d'imposer l'application d'une règle particulière, dérogeant à une règle générale de ce règlement, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens au soutien de la contestation de la décision prise, de s'assurer que l'autorité administrative n'a pas, en ne faisant pas usage de cette faculté, commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il ressort d'une part des pièces du dossier que la construction en litige portant sur le lot n° 05 doit être regardée comme s'inscrivant dans une opération d'ensemble et de lotissement au sens des dispositions précitées qui autorisent des implantations dérogatoires à la règle qu'elles fixent. A ce titre, le requérant peut revendiquer le bénéfice de la dérogation prévue par les dispositions précitées à la règle de recul imposées par ces mêmes dispositions. D'autre part, ainsi que le soutient le pétitionnaire, le lot n° 04 qui a fait l'objet d'un permis de construire délivré le 1er septembre 2014 supporte une construction implantée à quatre mètres par rapport à la rue de la montée rouge. Il s'en déduit que le motif tiré de ce qu'une implantation à 3,97 mètres par rapport à cette même voie de la construction projetée méconnaitrait les dispositions de l'article UD5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, est entaché d'erreur d'appréciation. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution sollicitée par la commune de Mus et fondé sur ce motif.

9. En deuxième lieu, la commune sollicite une substitution de motif fondée sur la méconnaissance des dispositions de l'article UD6 du règlement de son plan local d'urbanisme relatives aux règles d'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, tout en citant les seules dispositions de l'article UD5 du même règlement et la méconnaissance des règles de recul par rapport aux voies ouvertes à la circulation réglementées par l'article UD5 et non l'article UD6. Par suite, il ne peut être fait droit à cette demande de substitution.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le refus de délivrance à M. C d'un permis de construire une maison individuelle est illégal et doit être annulé.

11. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à conduire à l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la commune de Mus dirigées contre M. C qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mus une somme de 1 200 euros, à verser à M. C en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 13 novembre 2020 du maire de Mus est annulé.

Article 2 : La commune de Mus versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Mus présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Mus.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

Mme Ruiz, première conseillère,

M. Lagarde, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

I. A

Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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