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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100170

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100170

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTARTANSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 janvier et 21 juillet 2021, et le 19 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Tartanson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le maire d'Apt a ramené le montant de sa prime de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) de 171 euros à 67 euros par mois ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Apt de le rétablir dans son régime indemnitaire appliqué avant la modification du 1er décembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Apt une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la réduction de son IFSE constitue une sanction déguisée dès lors qu'elle est intervenue en rétorsion de son refus d'accepter le poste de contremaître, sans motif liés à sa manière de servir ou aux fonctions exercées ;

- le versement C d'un montant de 171 euros avait pour objet de maintenir le régime indemnitaire qu'il percevait avant qu'il occupe le poste de contre-maître par intérim, soit l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) d'un montant de 70,26 euros et l'indemnité des missions des préfectures (IEMP) d'un montant de 110 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 avril et 29 décembre 2021, la commune d'Apt, représentée par Me Verne de la SELARL Itinéraires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que la requête n'est pas fondée

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n°2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier,

- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

- et les observations de Me Moiroud-Besse, représentant M. B, et celles de Me Auger, représentant la commune d'Apt.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique territorial principal de 1ere classe, est employé par la commune d'Apt depuis 1991, et exerçait depuis 2008 les fonctions de ferronnier au sein du service Bâtiment. En raison des absences répétées de son supérieur hiérarchique direct à partir de mai 2017, puis de son admission à la retraite en 2018, M. B a assuré l'intérim des fonctions de responsable de la Régie de bâtiment à compter de septembre 2017, fonctions renommées " contremaître de la régie Bâtiment " en mars 2019, poste pour lequel il a perçu la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à compter de septembre 2018. N'ayant pas accepté de prendre officiellement ce poste de contremaître, il lui a été signifié par un courrier du 30 novembre 2020 le retrait de ces fonctions, lequel s'accompagnait d'un retrait de NBI et d'une modulation de son régime indemnitaire à la baisse pour tenir compte de la perte de fonctions d'encadrement de proximité. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le maire d'Apt a diminué le montant mensuel de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) de 171 euros à 67 euros à compter du 1er décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. / Le montant du traitement est fixé en fonction du grade de l'agent et de l'échelon auquel il est parvenu, ou de l'emploi auquel il a été nommé. () ". L'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dispose que les organes délibérants de chaque collectivité territoriale ou de chaque établissement public local fixent les régimes indemnitaires dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. L'article 1er du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application de ce texte, précise que le régime indemnitaire fixé par les assemblées délibérantes des collectivités territoriales et les conseils d'administration des établissements publics locaux pour les différentes catégories de fonctionnaires territoriaux ne doit pas être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat exerçant des fonctions équivalentes, et joint un tableau en annexe établissant les équivalences avec la fonction publique de l'Etat des différents grades des cadres d'emplois de la fonction publique territoriale dans le domaine notamment de l'administration générale et du domaine technique. L'article 2 de ce décret dispose en outre que les organes délibérants des collectivités et établissements publics locaux fixent, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements, et que l'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEP) dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel mentionné à l'alinéa précédent. () ". Aux termes de son article 2 : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions () ". Et aux termes de son article 3 : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise fait l'objet d'un réexamen : 1° En cas de changement de fonctions ; 2° Au moins tous les quatre ans, en l'absence de changement de fonctions et au vu de l'expérience acquise par l'agent ; 3° En cas de changement de grade à la suite d'une promotion ".

4. Enfin, les agents publics n'ont aucun droit acquis à ce que le coefficient multiplicateur qui leur a été appliqué, au titre d'une année donnée pour la détermination d'une prime, soit reconduit à l'identique l'année suivante. L'autorité hiérarchique fixe le montant des indemnités, dans le cadre de l'enveloppe budgétaire qui est consacrée à son paiement, en tenant compte des fonctions, des résultats et de la manière de servir des agents.

5. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite du refus de M. B d'occuper officiellement le poste de contremaître de la régie Bâtiment qu'il assurait par intérim depuis mai 2017, le montant annuel de son IFSE, fixé initialement à 2 052 euros par arrêté du 1er février 2018, a été ramené à un montant annuel de 804 euros par l'arrêté contesté du 30 novembre 2020. La commune d'Apt fait valoir que la réduction de son IFSE en décembre 2020 résulte de la perte des fonctions d'encadrement de proximité que l'agent a décliné, et soutient que l'intéressé n'a aucun droit acquis au maintien de son régime indemnitaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'attribution à M. B C le 1er février 2018, lors de la mise en place du RIFSEP dans cette collectivité par délibération du conseil municipal du 19 décembre 2017, s'est effectuée pour un montant annuel de 2 052 euros , soit un montant mensuel de 171 euros. Or, il ressort de la lecture de cet arrêté que l'attribution de cette IFSE, qui remplaçait la perception en 2017 de l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) d'un montant mensuel de 70,26 euros et de l'indemnité d'exercice de missions des préfectures (IEMP) d'un montant mensuel de 110 euros, a été accordée à l'intéressé en raison de son poste d'agent de maintenance des bâtiments, ainsi que de son expérience professionnelle acquise, justifiant son classement dans le groupe de fonctions 2 - 3 de la catégorie, sans que ne soit mentionné l'exercice par intérim des fonctions de contremaître. Dans ces conditions, et faute pour la commune de justifier la prise en compte des fonctions occupées lors de l'attribution C en février 2018 dans le cadre de la mise en place du RIFSEP, la réduction en novembre 2020 C à la suite d'un repositionnement de M. B sur son ancien emploi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, l'arrêté du 30 novembre 2020 doit être annulé en tant qu'il réduit le montant C attribuée à M. B de 171 euros à 67 euros à compter du 1er décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Cette annulation implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire d'Apt de rétablir M. B dans le régime indemnitaire qui lui était attribué avant le 1er décembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune d'Apt une somme de 1 200 euros au titre des frais qui ont été exposés par M. B dans le cadre de la présente instance. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit allouée à la commune d'Apt, partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2020 est annulé en tant qu'il réduit l'IFSE de M. B d'un montant de 171 euros à 67 euros mensuel.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Apt de rétablir M. B dans le régime indemnitaire qu'il percevait avant le 1er décembre 2020.

Article 3 : La commune d'Apt versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Apt au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Apt.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

F. GALTIER

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100170

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