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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100224

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100224

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantEXEME ACTION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Merlet-Bonnan, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation des décisions des 19 novembre 2020 et 2 décembre 2020, par lesquelles le ministre de la justice a rejeté ses demandes tendant, d'une part, à nommer la SELARL Maître A B comme titulaire d'un office notarial à créer à Sommières, et, d'autre part, à être nommée en qualité de notaire associée de ladite société pour exercer dans cet office à créer ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice de nommer la SELARL Maître A B, titulaire d'un office notarial à créer à Sommières et de la nommer au sein de ladite société pour exercer dans l'office à créer ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision du 19 novembre 2020 :

- elle ne comporte pas l'identité de son auteur, ni sa qualité, ni sa signature.

Sur la décision en date du 2 décembre 2020 :

- elle a été prise sans procédure préalable contradictoire car elle n'a pas pu présenter ses explications et observations ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière ; sa demande n° 74000 ne pouvait être déclarée surnuméraire que préalablement au tirage au sort.

- en se fondant sur l'article 51 du décret n°73-609 pour rejeter sa candidature, comme étant surnuméraire postérieurement au tirage au sort, l'administration, qui n'était pas en compétence liée, a commis une erreur de droit ;

- l'administration, qui n'était pas en compétence liée, ne pouvait, sans commettre d'erreur de fait et d'appréciation, considérer sa candidature n° 74000 surnuméraire, dès lors qu'elle n'a déposé une requête sollicitant sa nomination, et transmis les documents nécessaires que pour cette candidature ;

- l'administration a porté atteinte au principe d'égalité lors des opérations de tirage au sort en n'excluant pas, alors qu'elle y était tenue, des candidatures surnuméraires ou caduques ; par ailleurs d'autres candidats, dont des notaires récemment nommés, ont présenté des candidatures surnuméraires.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2021, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il se trouvait en situation de compétence liée et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le courriel du 19 novembre 2020, en se bornant à indiquer que le statut de la demande n° 74000 a été modifié, et en invitant sa destinataire à consulter l'état de cette demande sur son espace personnel, ne constitue pas par lui-même une décision administrative susceptible d'être contestée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2015-90 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques ;

- le décret n°73-609 du 5 juillet 1973 relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire ;

- l'arrêté du 24 janvier 2017 fixant les modalités des opérations de tirages au sort prévues à l'article 53 du décret n°73-609 du 5 juillet 1973 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kaci, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui exerce la profession de notaire, demande au tribunal de prononcer l'annulation pour excès de pouvoir des décisions des 19 novembre 2020 et 2 décembre 2020, par lesquelles le ministre de la justice a rejeté ses demandes tendant, d'une part, à la nomination de la SELARL Maître A B comme titulaire d'un office notarial à créer à Sommières, et, d'autre part, sa nomination en qualité de notaire associée de cette société pour exercer dans cet office à créer.

Sur le courriel du 19 novembre 2020 :

2. Il ressort des pièces du dossier que le courriel contesté du 19 novembre 2020 se borne à indiquer que " le statut de [la] demande n° 00074000 a été modifié " en invitant sa destinataire à consulter l'état de cette demande sur son espace personnel du portail informatique OPM. Ainsi que les parties en ont été informées, cette notification ne constitue pas, par elle-même, une décision administrative susceptible d'être contestée. Dès lors la contestation portant sur ce courriel du 19 novembre 2020 ne peut qu'être rejetée comme irrecevable.

Sur la décision du 2 décembre 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 52 de la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques : " I. - Les notaires () peuvent librement s'installer dans les zones où l'implantation d'offices apparaît utile pour renforcer la proximité ou l'offre de services. Ces zones sont déterminées par une carte établie conjointement par les ministres de la justice et de l'économie, sur proposition de l'Autorité de la concurrence en application de l'article L. 462-4-1 du code de commerce. () II. Dans les zones mentionnées au I, lorsque le demandeur remplit les conditions de nationalité, d'aptitude, d'honorabilité, d'expérience et d'assurance requises pour être nommé en qualité de notaire (), le ministre de la justice le nomme titulaire de l'office de notaire () créé. Un décret précise les conditions d'application du présent alinéa ". Selon l'article 51 du décret du 5 juillet 1973 relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire : " Les demandes sont enregistrées par téléprocédure sur le site internet du ministère de la justice. Elles sont horodatées. / La demande mentionne la zone choisie parmi celles figurant sur la carte susmentionnée et, au sein de cette zone, la commune dans laquelle le demandeur souhaite être nommé. Chaque demandeur, personne physique ou morale, ne peut déposer qu'une seule demande par zone. Une personne physique ne peut demander sa nomination, que ce soit à titre individuel ou en qualité d'associé, qu'une seule fois par zone. () ". Aux termes de l'article 53 du même décret : " Dans les zones mentionnées au I de l'article 52 de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 susmentionnée, le garde des sceaux, ministre de la justice, nomme les demandeurs au regard des recommandations dont est assortie la carte et suivant l'ordre d'enregistrement de leur demande./ Toutefois, lorsque le nombre des demandes de création d'office enregistrées dans les vingt-quatre heures suivant la date d'ouverture du dépôt des demandes précisée à l'article 50 du présent décret est supérieur, pour une même zone, aux recommandations, l'ordre de ces demandes est déterminé par tirage au sort en présence d'un représentant du Conseil supérieur du notariat dans les conditions prévues par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice ". Selon l'article 6 de l'arrêté du 24 janvier 2017, alors applicable, fixant les modalités des opérations de tirages au sort prévues à l'article 53 du décret n°73-609 " I. - Pour chaque zone devant faire l'objet d'un tirage au sort, toute demande de création d'office enregistrée durant les vingt-quatre heures suivant la date d'ouverture du dépôt des demandes donne lieu à la constitution d'un bulletin anonymisé, sous réserve des dispositions des II à IV. / II. - En cas de pluralité de demandes déposées pour un même demandeur dans une même zone, seule la première demande enregistrée, l'horodatage faisant foi, donne lieu à la constitution d'un bulletin () Le bien-fondé de l'exclusion des demandes surnuméraires est vérifié, préalablement au tirage au sort, par le chef du bureau en charge de la gestion des officiers ministériels au sein de la direction des affaires civiles et du sceau ou par son adjoint. () / IV. - Les demandes caduques en application du dernier alinéa de l'article 51 ou du quatrième alinéa de l'article 52 du décret du 5 juillet 1973 susvisé ne donnent pas lieu à constitution d'un bulletin ". Il résulte de ces dispositions qu'un demandeur ne peut déposer qu'une seule demande par zone. Il appartient au chef du bureau en charge de la gestion des officiers ministériels au sein de la direction des affaires civiles et du sceau, ou à son adjoint, de contrôler les demandes de nomination dans un office de notaire afin d'écarter les demandes surnuméraires. Sont considérées comme surnuméraires les demandes multiples de nomination dans un office à créer, dans une même zone, formées par une personne physique.

4. Il résulte des dispositions mentionnées au point précédent que l'autorité administrative est tenue d'écarter les demandes surnuméraires. Le ministre de la justice est donc fondé à soutenir qu'il se trouvait en situation de compétence liée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". L'article L. 212-2 du même code dispose que " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ".

6. Il résulte des mentions de la décision du 2 décembre 2020 qu'elle a été émise par Éric Martin-Hersent, chef du bureau de la gestion des officiers ministériels à sous-direction des professions judiciaires et juridiques, ministère de la justice, direction des affaires civiles et du sceau. Cette décision s'inscrit dans le cadre du téléservice " Portail OPM " qui permet d'accéder aux téléprocédures obligatoires pour former les demandes relevant du garde des Sceaux, ministre de la justice, concernant certaines professions réglementées comprenant les officiers publics ou ministériels. Dès lors, et en application des dispositions citées ci-dessus, la décision contestée pouvait être dépourvue de la signature de son auteur.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse fait suite à une demande présentée par Mme B et qu'elle se fonde sur un motif tenant à ce que cette demande était surnuméraire. Cette décision, qui est motivée, n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté plusieurs demandes pour la zone de Montpellier, et notamment une candidature n°63678, qui a été déposée le 1er février 2019 à 15 heures 22 et classée 537ème, et une candidature n° 74000 déposée le 2 février 2019 à 13 heures 50 et classée 12ème.

10. Si la candidature n° 74000 aurait dû faire l'objet d'une vérification préalable au tirage au sort puis être exclue de celui-ci, la circonstance que cette vérification n'a été effectuée que postérieurement à ce tirage au sort est resté sans influence sur le résultat et sur la validité des opérations.

11. Par ailleurs, dès lors que la requérante a présenté plusieurs demandes correspondant à la zone de Montpellier, c'est à bon droit, et sans commettre d'erreur de fait, que le ministre de la justice n'a retenu que la première candidature enregistrée sous le n° 63678, alors même que tous les documents exigés ne lui auraient pas été transmis, et qu'il a écarté comme surnuméraire la candidature n° 74000.

12. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe d'égalité aux motifs que l'administration aurait retenu des candidats qui étaient dans la même situation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B présentées à fin d'annulation et à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des Sceaux, ministre de la justice (DACS).

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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