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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100325

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100325

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALBRESPY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 janvier 2021, 11 janvier 2023 et 13 mars 2023, le GAEC Petit Malo, représenté par Me Albrespy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2020 par laquelle la directrice générale de FranceAgriMer a rejeté sa demande de paiement formulée le 25 mai 2020 au titre de la demande d'aide aux investissements vitivinicoles sur la campagne 2019-2023, ainsi que la décision en date du 30 novembre 2020 valant rejet implicite du recours gracieux formé à son encontre ;

2°) d'enjoindre à FranceAgriMer de lui verser, dans un délai maximum d'un mois passé la décision à intervenir, la somme de 5 544 euros au titre de l'aide à l'investissement vitivinicole auquel il avait été déclaré éligible par décision en date du 9 octobre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de FranceAgriMer la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le GAEC Petit Malo soutient que :

- la décision du 17 septembre 2020 est entachée d'un défaut de motivation ; à cet égard, si FranceAgriMer fait valoir, dans ses écritures, que la décision litigieuse est également fondée sur le non-respect des conditions de réalisation des objectifs principaux de l'aide demandée, la motivation de la décision attaquée ne permet pas d'appréhender un tel motif en l'absence de toute considération de droit et de fait l'accompagnant ;

- la décision du 17 septembre 2020 méconnaît les dispositions des articles L. 122-1 et L. 122-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ; elle n'a pas été mise à même de présenter des observations préalables ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le document daté du 11 janvier 2019 qu'elle a introduit par erreur dans son dossier de demande de paiement ne peut pas être qualifié de bon de commande ; ce document était un simple devis pour lequel aucun acompte n'a été payé ; aucune commande effective n'est intervenue le 11 janvier 2019, date du document litigieux qui mentionnait " ne pas encaisser, dossier FranceAgrimer " ; ce n'est que postérieurement à l'accomplissement des diligences nécessaires à la constitution du dossier régulier auprès de FranceAgrimer ainsi qu'à la notification d'une autorisation de commencer les travaux en date du 10 février 2019 que le GAEC a confirmé la commande ; cette confirmation de commande en date du 12 avril 2019, postérieur à l'Act fixée au 10 février 2019 confirme que le document du 11 janvier 2019 était un simple devis ne comportant pas engagement juridique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mai 2022 et 7 février 2023, FranceAgriMer conclut au rejet de la requête.

FranceAgriMer fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant organisation commune des marchés de produits agricoles, et abrogeant les règlements (CEE) n° 922/72, (CEE) n° 234/79, (CE) n° 1037/2001 et (CE) n° 1234/2007 du Conseil ;

- le règlement délégué (UE) n° 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 complétant le règlement (UE) n° 1308/2013 du Conseil du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les programmes nationaux de soutien au secteur vitivinicole, notamment son chapitre II ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2018-787 du 11 septembre 2018 ;

- la décision du directeur général de FranceAgriMer INTV-GPASV-2018-39 du 8 octobre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Bala,

-les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Albrespy représentant le GAEC Petit Malo.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 février 2019, le GAEC Petit Malo a déposé auprès de l'établissement FranceAgriMer une demande d'aide aux investissements vitivinicoles pour un projet d'investissement visant la rénovation d'un bâtiment de production et l'acquisition d'équipements de vinification pour un montant de 18 480 euros de dépenses éligibles. Par un courrier du 27 mai 2019, l'établissement FranceAgriMer a accusé réception de cette demande et a fixé la date de démarrage des travaux au 10 février 2019. Par un courrier du 9 octobre 2019, FranceAgriMer a informé le GAEC Petit Malo de son éligibilité à l'aide à l'investissement. Le GAEC a présenté le 25 mai 2020 sa demande de paiement de cette aide. Toutefois, postérieurement au contrôle sur place effectué le 27 août 2020 par FranceAgriMer, cet établissement a décidé le 17 septembre 2020 de rejeter la demande de paiement en date du 25 mai 2020. Le recours gracieux formé le 30 septembre 2020 par le GAEC Petit Malo a implicitement été rejeté par FranceAgriMer par une décision née le 30 novembre 2020. Le GAEC Petit Malo demande au tribunal d'annuler la décision du 17 septembre 2020 par laquelle la directrice générale de FranceAgriMer a rejeté sa demande de paiement de l'aide aux investissements viticoles, ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Enfin, l'article L.122-2 du même code dispose : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

3. La décision contestée, qui ne constitue pas une sanction mais se borne à tirer les conséquences du constat du défaut de respect des conditions d'octroi de l'aide, fait suite à une demande tendant au versement de l'aide. Par suite, l'établissement FranceAgriMer n'était pas tenu de suivre une procédure contradictoire, de sorte que le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a été précédée d'une telle procédure doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Compte tenu des droits créés par la décision d'octroi de l'aide, la décision du 17 septembre 2020 de refus de versement doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, et devait, à ce titre, en application des dispositions précitées, être motivée.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne la décision INTV-GPASV-2018-39 du 8 octobre 2018 du directeur général de FranceAgriMer, relative à la mise en œuvre d'une aide aux programmes d'investissement des entreprises dans le cadre de l'organisation commune du marché vitivinicole pour les exercices financiers 2019 à 2023, et indique le motif de refus du paiement de l'aide sollicitée, à savoir " Les dépenses de l'action principale ne peuvent pas être retenues dans l'assiette éligible. Démarrage avant act. Objectifs principaux non réalisés dans les conditions exigées ". Dans ces conditions, la décision attaquée, qui contient les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 11 septembre 2018 relatif au programme d'aide national au secteur vitivinicole pour les exercices financiers 2019 à 2023 : " Le programme d'aide national au secteur vitivinicole mentionné à l'article 39 du règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 () est mis en œuvre pour la période 2019-2023 par l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer). / A ce titre, () le directeur général de l'établissement détermine notamment, après avis du conseil spécialisé intéressé : / 1° Les modalités de demande des aides, les conditions d'éligibilité aux aides, la procédure et les critères de sélection des demandes, le montant des aides attribuables et leurs modalités de paiement ; / 2° Le cas échéant, le taux de réduction applicable aux aides, en fonction du taux de dépassement des crédits européens disponibles ; / 3° Les modalités de mise en œuvre des procédures de contrôle et de sanction en cas de non-respect du régime d'aide concerné ".

8. D'autre part, dans sa décision INTV-GPASV-2018-39 du 8 octobre 2018, prise en application du treizième alinéa de l'article D. 621-27 du code rural et de la pêche maritime, la directrice générale de FranceAgriMer a défini les modalités d'examen des demandes d'aide mentionnées au point 2 et fixé la procédure d'instruction des dossiers. Elle a ainsi indiqué, à l'article 3 de cette décision, que le bénéficiaire s'engage notamment à " ne donner aucun commencement d'exécution au projet pour lequel la subvention est sollicitée (signature de bon de commande, approbation de devis, ordre de service, acompte) avant la date figurant sur l'accusé réception de la demande d'aide autorisant le démarrage des travaux (cf. article 5.3) ". Aux termes de l'article 5.3 de cette même décision, relatif à la " délivrance de l'autorisation de commencer les travaux " : " FranceAgriMer notifie au demandeur l'autorisation de commencer les travaux (ACT). / La date d'autorisation de commencement des travaux, qui sera reprise sur le courrier autorisant le commencement de travaux, correspond à la date de première finalisation du dossier dans le téléservice par le demandeur d'aide. / Cette notification ne vaut pas décision d'octroi de l'aide. Il est précisé au demandeur que le montant de l'aide accordée est plafonné au montant demandé. / Tout début d'exécution du projet (acceptation de devis, signature d'un bon de commande, d'un contrat de prêt type AGILOR, paiement d'un acompte ou signature d'un marché de travaux (ou contrat clef en main) par les parties dont le contenu équivaut à l'acceptation d'un devis, etc.) antérieur à la date précisée par FranceAgriMer dans sa notification rend la dépense concernée inéligible. Les éventuelles études préalables, nécessaires à la réalisation des travaux (études de sol, d'architecte, etc.) ne sont pas considérées comme un début d'exécution ".

9. Il ressort des pièces du dossier qu'à la demande de paiement présentée le 25 mai 2020 par le GAEC Petit Malo était jointe le bon de commande n° 15412 en date du 11 janvier 2019 établie par la société Clapasud au titre de cuves en inox, modèle avec ceinture, " descriptif idem devis n°519/18 ". Se fondant sur la circonstance que la date de ce bon de commande est antérieure à la date d'autorisation de commencement des travaux fixée au 10 février 2019, la directrice générale de FranceAgriMer a rejeté la demande de paiement du GAEC Petit Malo en application des dispositions précitées au point 8 des articles 3 et 5.3 de la décision INTV-GPASV-2018-39 du 8 octobre 2018.

10. Pour contester le motif ainsi retenu par FranceAgriMer, le GAEC PetitMalo soutient que le document du 11 janvier 2019 n'est pas un bon de commande mais un simple devis ne valant pas engagement de sa part. Il fait valoir, en outre, que la confirmation de commande est intervenue le 12 avril 2019, postérieurement à l'autorisation de commencement de travaux fixée au 10 février 2019.

11. Toutefois, il ressort de l'examen du document du 11 janvier 2019 qu'il comporte la mention " bon de commande " et qu'il était accompagné du versement d'un acompte d'un montant de 4 200 euros par chèques. A cet égard, la circonstance que le bon de commande en litige porte la mention " ne pas encaisser, dossier France Agrimer " ne manifeste pas une condition suspensive de l'engagement mais seulement une demande tendant à différer l'encaissement du chèque.

12. Dès lors que cette date du 11 janvier 2019 est antérieure à la date d'autorisation de commencement des travaux fixée au 10 février 2019, c'est à bon droit que FranceAgriMer a pu, sur le fondement des dispositions des articles 3 et 5.3 de la décision INTV-GPASV-2018-39 du 8 octobre 2018, rejeter l'éligibilité des dépenses d'investissement en cause, le bon de commande du 11 janvier 2019 valant début d'exécution du projet au sens de l'article 5.3 précité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que le GAEC Petit Malo n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GAEC Petit Malo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au GAEC Petit Malo et à l'établissement FranceAgriMer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

K. BALA

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

F. BELKAID

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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