vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DJAMAL ABDOU NASSUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2021, Mme C B, représentée par Me Djamal, demande au tribunal :
- d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le préfet du Var a refusé de délivrer à son enfant mineur une carte nationale d'identité et un passeport,
- d'enjoindre au préfet du Var de procéder à la délivrance des documents demandés,
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les éléments relevés par l'autorité préfectorale, en plus d'être matériellement contestables, sont en tout état de cause insuffisants pour permettre au préfet de refuser la délivrance des documents sollicités ; la décision n'est pas motivée ;
- lors du dépôt de la demande des titres, elle avait présenté l'acte de naissance de l'enfant portant la mention reconnu par les père et la mère le 21 aout 2019, or le père de l'enfant F est de nationalité française, d'autant plus que le certificat de nationalité du père a été également présenté ; par suite, la filiation est réelle et bien établie ;
- lors du dépôt de la demande de sa fille, elle avait fourni, le certificat de nationalité du père de l'enfant, l'acte de naissance du père, la pièce d'identité du père et la reconnaissance conjointe, ces éléments sont suffisants pour justifier la nationalité de l'enfant ;
- en refusant de délivrer le passeport et la carte nationale d'identité de l'enfant, le préfet du Var porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E D ;
- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a présenté le 19 février 2020 à la mairie d'Avignon une demande de carte nationale d'identité et de passeport pour sa fille, F A, née le 23 janvier 2020, à Avignon. Elle a notamment présenté à l'appui de sa demande un acte de naissance mentionnant la date de la reconnaissance paternelle par M. A, de nationalité française, le 21 août 2019. Cette demande a été rejetée par une décision du préfet du Var du 12 janvier 2021. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée du préfet du Var du 12 janvier 2021 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Aux termes de l'article 31-2 du même code : " Le certificat de nationalité indique en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire () ". Aux termes de l'article 310-3 du même code : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état. () "
4. Aux termes de l'article 2 du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955: " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge par les préfets et sous-préfets à tout Français qui en fait la demande dans l'arrondissement dans lequel il est domicilié ou a sa résidence (). ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 4 du même décret : " () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. ". Aux termes de l'article 4-4 du même décret : " () La demande de carte nationale d'identité faite au nom d'un mineur est présentée par une personne exerçant l'autorité parentale. () ".
5. Enfin, aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 n° 2005-1726 visé ci-dessus : " Le passeport électronique est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. / Il a une durée de validité de dix ans. Lorsqu'il est délivré à un mineur, sa durée de validité est de cinq ans. " Aux termes du premier alinéa de l'article 8 du même décret : " La demande de passeport faite au nom d'un mineur est présentée par une personne exerçant l'autorité parentale. " et aux termes de l'article 9 : " Le passeport électronique est délivré ou renouvelé par le préfet ou le sous-préfet. () ". Aux termes de l'article 5 : " Le passeport électronique est délivré ou renouvelé sur production de la copie intégrale d'un des actes de l'état civil figurant sur une liste déterminée par arrêté du ministre de l'intérieur. / La preuve de la nationalité française du demandeur est établie à partir de l'un des actes de l'état civil visés à l'alinéa précédent, portant le cas échéant, en marge, l'une des mentions prévues à l'article 28 du code civil. / Lorsque les actes de l'état civil visés au deuxième alinéa ne suffisent pas à établir la qualité de Français du demandeur, celle-ci peut être établie par la production de l'une des pièces justificatives de la nationalité française mentionnées aux articles 34 et 52 du décret du 30 décembre 1993 susvisé ou d'un certificat de nationalité française. () " Aux termes du premier alinéa de l'article 22 : " Pour l'instruction des demandes de passeport, il est vérifié, par la consultation du fichier des personnes recherchées, qu'aucune décision judiciaire ni aucune circonstance particulière ne s'oppose à sa délivrance. ".
6. En premier lieu, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport.
7. En deuxième lieu, pour l'application de l'ensemble des dispositions précitées, il appartient aux autorités administratives, qui ne sont pas en état de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de passeport. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge, la délivrance du titre sollicité.
8. Pour refuser de délivrer la carte nationale d'identité et le passeport demandés, le préfet du Var estime qu'un faisceau d'indices l'a conduit à suspecter sérieusement une reconnaissance frauduleuse de paternité. Cette suspicion de fraude à l'état civil a fait l'objet d'un signalement au procureur de la République de Melun le 22 janvier 2021, l'enquête étant toujours en cours. Le préfet du Var fait valoir que des entretiens conduits le 6 juillet 2020, par le référent fraude départemental du Vaucluse avec la requérante et le 14 décembre 2020, par le référent fraude départemental de Seine-et-Marne avec M. A, le père supposé de l'enfant, font apparaître qu'il n'existe et n'a existé aucune communauté de vie entre Mme B et M. A avant et après la naissance de l'enfant. Leur rencontre daterait du 5 avril 2019, aurait débuté à la suite d'un appel téléphonique erroné, et leur relation n'aurait duré que six semaines, selon les informations indiquées sur la requête présentée par la requérante auprès du juge aux affaires familiales, alors que M. A mentionne pour sa part, contrairement aux déclarations de la requérante, une relation de 4 mois et demi. L'entretien mené avec Mme B a montré que l'intéressée ignorait tout de la vie du supposé père de l'enfant, tandis que M. A ne connaît pas sa date de naissance, n'aurait vu sa fille, selon ses déclarations non justifiées, que trois fois depuis sa naissance et la verrait toujours à l'extérieur de son domicile. Mme B n'apporte aucune preuve de la participation de M. A à l'éducation et à l'entretien de leur enfant. Il ressort en outre de l'entretien conduit par le référent fraude départemental du Vaucluse avec la requérante, que celle-ci se maintient en situation irrégulière sur le territoire français et qu'elle espère que l'obtention d'un titre d'identité reconnaissant la nationalité française de l'enfant F A lui permettra de se prévaloir d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et ainsi demeurer en France légalement.
9. Dans ces circonstances, le préfet du Var, qui a justifié d'un faisceau d'indices suffisant, doit être regardé comme établissant l'existence d'un doute sérieux quant au caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité souscrite par M. A à l'égard de l'enfant F. Par suite, le préfet du Var, à qui il appartenait de faire échec à cette fraude dès lors que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'était pas acquise, était légalement fondé à refuser, pour ce motif, la délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport sollicités par Mme B au profit de sa fille.
10. La liberté d'aller et venir, qui comporte le droit de quitter le territoire national, constitue une liberté fondamentale et cette liberté a pour corollaire que toute personne dont la nationalité française et l'identité sont établies, puisse, sous réserve de la sauvegarde de l'ordre public et du respect des décisions d'interdiction prises par l'autorité judiciaire, obtenir, à sa demande, une carte nationale d'identité.
11. Toutefois, il ne peut être satisfait à une demande de carte nationale d'identité ou de passeport si la nationalité française et l'identité du demandeur ne sont pas établies. Dans ces conditions, eu égard au doute suffisant existant sur la nationalité de l'enfant F à la date à laquelle il a statué, la décision du préfet du Var rejetant la demande de carte nationale d'identité et de passeport de l'intéressée n'a pas porté une atteinte illégale à sa liberté d'aller et venir. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte illégale à la liberté d'aller et venir de l'enfant en méconnaissance des dispositions des articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, étant observé qu'il n'est pas démontré que l'enfant ne pourrait circuler sous couvert d'un document de voyage délivré par les autorités du pays dont sa mère est ressortissante, ne porte pas au droit au respect de la liberté d'aller et venir de la requérante une atteinte excessive au regard des buts poursuivis par le préfet. Dès lors, le moyen correspondant doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Var n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant F A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentée par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
Le rapporteur,
P. D Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°210035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026