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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100464

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100464

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2021 et un mémoire enregistré le 29 septembre 2021, Mme D B, représentée par la SELARL Blanc-Tardivel-Bocognano, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le maire de Nîmes a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre au maire de Nîmes de lui délivrer le permis de construire demandé ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- les dispositions réglementaires de l'article N2/5 du règlement du plan local d'urbanisme et la règle de superficie minimale des terrains constructibles, abrogée par la loi du 24 mars 2014, ne peuvent lui être opposées, et en tout état de cause le projet est conforme à ces dispositions ;

- le dossier de demande de permis de construire était réputé complet ;

- la compensation de l'imperméabilisation a bien été prévue dans la demande de permis de construire.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2021, la commune de Nîmes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2014-366 du 24 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, pour Mme B, ainsi que celles de M. C, pour la commune de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 avril 2017, le maire de Nîmes ne s'est pas opposé à la déclaration préalable visant à la division en deux lots du tènement foncier composé des parcelles cadastrées section LB n°s 1 114 et 1 115. Le 17 décembre 2020, Mme B a déposé une demande de permis de construire un local sur la parcelle cadastrée section LB n° 1 115. Par un arrêté du 13 janvier 2021, le maire de Nîmes a refusé de lui délivrer ce permis de construire. Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le maire de Nîmes, par son premier adjoint délégué à l'urbanisme M. A E. Par un arrêté du 8 juillet 2020 affiché en mairie, publié au recueil des actes administratifs de la commune du 3ème trimestre 2020 et transmis au représentant de l'Etat le jour même de son édiction, le maire de la commune de Nîmes lui a donné délégation de fonctions et de signature en matière d'urbanisme " Dont notamment tous courriers et documents administratifs relatifs à () l'urbanisme, () aux actes de construction () ". Contrairement à ce que soutient la requérante, une telle délégation n'est pas trop imprécise et autorisait son bénéficiaire à signer l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article N2/5 du règlement du PLU, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour être constructible, un terrain doit remplir simultanément les 3 conditions suivantes : 1) doit avoir une superficie minimale de 2 000 m² (deux mille mètres carrés), ce minimum n'autorisant que la construction d'une seule maison individuelle sur un même ilot de propriété, en un seul volume à l'exclusion des bâtiments annexes non habitables (garage, abri de piscine, abri de jardin) () ".

4. Il est constant que le projet consiste en la construction d'un local de plain-pied sur un terrain ne supportant aucune construction. Les dispositions précitées font seulement obstacle à la construction de plusieurs volumes habitables ou à l'addition de volumes habitables et non habitables, à l'exclusion des annexes qu'elles citent, sur un même terrain. Elles n'ont ainsi ni pour objet ni pour effet d'interdire la construction d'un seul local non habitable sur un terrain dès lors qu'aucune habitation n'y est déjà implantée. Au surplus, la loi du 24 mars 2014 a abrogé, à compter du 27 mars 2014, les dispositions de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, qui permettaient au règlement du plan local d'urbanisme de fixer une superficie minimale des terrains constructibles, lesquelles ne permettent donc plus de refuser une demande d'autorisation d'urbanisme et sont indissociables des conditions simultanées imposées. Dans ces conditions, le maire de la commune de Nîmes ne pouvait, en tout état de cause, se fonder sur les dispositions, désormais inapplicables, de l'article N2/5 du règlement du PLU, pour rejeter la demande de permis de construire déposée par Mme B.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ".

6. Il résulte des mentions de l'arrêté attaqué que, pour refuser la demande de permis de construire déposée par Mme B, le maire de Nîmes s'est notamment fondé sur l'incomplétude de cette demande en l'absence de production du document établi par le maître d'ouvrage attestant de la prise en compte de la réglementation thermique et du document attestant de la conformité du projet d'installation d'assainissement non collectif au regard des prescriptions réglementaires. A supposer même que de telles pièces devaient être jointes au dossier de la demande, compte tenu de la nature du projet consistant en la construction d'un local non habitable, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la commune de Nîmes aurait sollicité la production de ces pièces manquantes auprès de la requérante dans les conditions prévues par les articles R. 423-22 et R. 423-38 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que le dossier de demande de permis de construire déposé par la requérante était réputé complet et qu'elle est fondée à soutenir que le maire de Nîmes ne pouvait légalement rejeter cette demande en raison de son incomplétude.

7. En dernier lieu, le maire de Nîmes a relevé dans l'arrêté litigieux que le projet ne prévoyait pas de compensation à l'imperméabilisation. Or, il ressort du dossier de la demande de permis de construire déposé par la requérante que la notice explicative et les plans de coupe qui y sont joints indiquent que la toiture du local projeté sera surélevée pour permettre la rétention des eaux pluviales. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que le motif tiré de l'absence de dispositif de compensation de l'imperméabilisation des sols est illégal.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui vient d'être dit que l'arrêté du 13 janvier 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique seulement que le maire de Nîmes procède au réexamen de la demande présentée par Mme B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de Nîmes de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Nîmes du 13 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Nîmes de réexaminer la demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Nîmes versera à Mme B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. Lagarde, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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