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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100576

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100576

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 15 février 2021, 26 mai 2021, 11 juin 2021, 22 juillet 2022, 23 septembre 2022 et 15 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Billet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2020 du maire de Beaucaire portant interruption des travaux entrepris sur un terrain situé 1055, chemin du mas d'Aillaud à Beaucaire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Beaucaire une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté repose sur des faits inexacts.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril 2021, 7 juillet 2021, 25 août 2022, 25 octobre 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête de M. C.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Un courrier du 7 octobre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du même code.

Par ordonnance du 24 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Menvielle, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juin 2020, deux agents de la commune de Beaucaire ont dressé un procès- verbal d'infraction pour des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme par M. C sur un terrain situé 1055, chemin du mas d'Aillaud à Beaucaire sur les parcelles cadastrées section CN nos 0027 et 0075. Par courrier du 16 juillet 2020, réceptionné le 23 juillet 2020, le maire de Beaucaire a informé ce dernier de son intention de prendre à son encontre un arrêté interruptif de travaux et lui a demandé de produire préalablement ses observations conformément aux dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par un arrêté du 14 août 2020, le maire de Beaucaire a pris à l'encontre de M. C un arrêté interruptif de travaux, remis en mains propres le 19 août 2020, et portant sur la construction d'un logement d'un total de 91 m². Par un courrier daté du 19 octobre 2020, parvenu en mairie le 20 octobre 2020, l'intéressé a formé un recours gracieux. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du 10ème alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public. ".

En ce qui concerne la légalité externe :

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que le maire est tenu de prescrire l'interruption des travaux lorsque, comme en l'espèce, il a été constaté que la construction était dépourvue de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation dont la décision du maire serait entachée est inopérant et en tout état de cause, manque en fait.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Il ressort des pièces du dossier que les agents communaux ont constaté le 29 juin 2020 sur les parcelles appartenant à M. C le stationnement d'un " mobil home " servant d'habitation, des travaux pour la réalisation d'une habitation sur une dalle couverte en cours de construction, l'existence d'un mur d'une hauteur de 2,60 cm sur une longueur de 20 mètres, ainsi qu'un abri en parpaing d'une superficie de 4 m². L'intéressé ne conteste pas l'absence d'autorisation d'urbanisme mais allègue que tant le procès-verbal dressé le 29 juin 2020 que l'arrêté portant interruption des travaux pris sur son fondement, reposent sur des faits matériellement inexacts.

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-41 du code de l'urbanisme : " Sont regardés comme des résidences mobiles de loisirs les véhicules terrestres habitables qui sont destinés à une occupation temporaire ou saisonnière à usage de loisirs, qui conservent des moyens de mobilité leur permettant d'être déplacés par traction mais que le code de la route interdit de faire circuler. "

6. Si le " mobil-home " mentionné dans le procès-verbal dressé le 29 juin 2020 est muni de ses roues, il ressort des mentions non contestées de ce procès-verbal qu'il est calé par des parpaings et bénéficie d'un dispositif d'évacuation des eaux usées et d'un branchement en eau et en électricité, rendant ainsi son déplacement par simple traction, au sens des dispositions précitées de l'article R. 111-41 du code de l'urbanisme, impossible dans un temps limité en raison de ses aménagements et de son emplacement sur le terrain à proximité de nombreux arbres.

7. En deuxième lieu, il ressort des mentions non contestées du procès-verbal dressé le 29 juin 2020 et qui font foi jusqu'à preuve du contraire que des travaux étaient en cours d'exécution sur un abri reposant sur un mur et sur une dalle en béton d'une superficie de 48,50 m² et recevant une toiture avec une charpente en bois et des tôles isolées. En outre, le contrevenant a indiqué aux agents communaux que son intention était de créer une habitation et que cette partie devait servir de cuisine et de salon. Dans la présente instance, si le requérant cherche à faire valoir que le mur de soutien de cet abri aurait été autorisé par un permis de construire délivré le 17 avril 1967 et que la construction en cause serait démontable, il ne conteste pas utilement la réalité des travaux entrepris en vue d'une habitation ni l'absence de détention d'un permis de construire pour ces travaux, sans que n'ait d'incidence la circonstance que cette construction en cours ne disposerait pas de communication avec le hangar existant.

8. En dernier lieu, en soutenant que l'abri d'une superficie de 4 m² protégerait un forage " à la demande de Mme C de longue date " et que le mur en cause aurait été construit par cette même personne en 2011, le contrevenant ne remet pas en cause l'absence de détention d'un permis de construire ou d'une autorisation d'urbanisme pour ces constructions.

9. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté interruptif pris à son encontre reposerait sur des faits matériellement inexacts.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. C dirigées contre la commune de Beaucaire qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante et qui n'a, en tout état de cause, pas la qualité de partie à l'instance, l'arrêté interruptif de travaux litigieux ayant été pris au nom de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Jérôme C, au préfet du Gard et à la commune de Beaucaire.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Ciréfice, président,

- Mme Ruiz, première conseillère,

- M. Lagarde, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

I. A

Le président,

C. CIRÉFICE

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100576

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