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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100588

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100588

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFARGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2021 et des mémoires enregistrés les 5 mai 2021, 11 juin 2021, 20 août 2021, 12 novembre 2021 et 12 novembre 2022, M. et Mme F et B A demandent au tribunal d'annuler la décision en date du 18 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Lasalle ne s'est pas opposé aux travaux déclarés par Mme C en vue de la réalisation d'une yourte, sur une parcelle cadastrée section C, n° 1130, sur le territoire de la commune.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- dès lors que la parcelle en cause est desservie par un chemin étroit leur appartenant, le projet en litige est entièrement enclavée puisqu'il ne dispose pas d'un autre accès direct à la route ; en l'absence de servitude de passage, les clients de la yourte traverseront leur propriété ; leur responsabilité civile pourrait être engagée en cas d'incident ;

- des véhicules stationnent en partie sur la route communale et en partie sur la parcelle cadastrée section C n° 219 leur appartenant rendant la circulation difficile sur cette voie ;

- le réservoir d'eau est alimenté par une source à très faible débit et peut donc entrainer des frais pour la commune en cas de raccordement au réseau ;

- le projet en litige comporte un risque pour la sécurité publique dès lors qu'il est situé dans une zone affectée d'un aléa très fort de risque de feu de forêt et à proximité d'une citerne de gaz ; le projet comporte un risque de pollution dès lors que la fosse septique n'est pas aux normes ;

- il est situé à une dizaine de mètres d'un cimetière privé empêchant les propriétaires d'y accéder en raison de sa proximité ;

- il crée une rupture d'égalité entre les contribuables dès lors que la yourte produira des déchets et que seuls les contribuables sont soumis à la taxe foncière et à la taxe sur les ordures ménagères.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2021, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 12 avril 2021, la commune de Lasalle conclut au rejet de la requête.

Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2021, Mme C, représentée par Me Farget, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré au greffe du tribunal le 8 juin 2023, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue le 9 mars 2023.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 novembre 2021 du Bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Antolini,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 novembre 2020, Mme C a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de la réalisation d'une yourte, reçue en mairie le 18 novembre 2020. Par décision tacite née le 18 décembre 2020, le maire de Lasalle ne s'est pas opposé aux travaux déclarés sur la parcelle cadastrée section C n° 1130 appartenant à M. E et Mme D. M. et Mme A, en leur qualité de propriétaire riverain du projet, demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ". Aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers ". Le permis, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de Mme C, ne dispose d'aucun accès direct à la voie publique. Les requérants soutiennent qu'en l'absence de servitude de passage, les usagers de la yourte traverseront leur propriété dès lors que la parcelle cadastrée section C n° 219 leur appartenant supporte un chemin étroit sur lequel elle ne dispose d'aucun droit. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section C, n° 1130, servant d'assiette au projet en litige, appartient à M. E et Mme D qui accèdent à leur propriété par le chemin de Bonal, de sorte que le projet est desservi par la même voie d'accès que celle déjà existante, telle que mentionnée dans l'acte de vente notarié de la parcelle, selon lequel " l'accès se fait depuis plus de 30 ans par le chemin existant de manière continue, non équivoque et paisible ". Par ailleurs, M. E et Mme D ont attesté sur l'honneur souhaiter que Mme C installe sa yourte sur la parcelle leur appartenant. Dans ces conditions, dès lors que le terrain d'assiette du projet est desservi par une voie usuellement utilisée par les propriétaires du terrain, par d'autres usagers riverains et par les usagers d'un cimetière privé, voie qui n'est pas même fermée au public, il n'appartenait pas au maire de s'immiscer dans un litige de droit privé.

5. En deuxième lieu, la décision de non-opposition étant délivrée sous réserve du droit des tiers, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que le projet en litige est situé à une dizaine de mètres d'un cimetière familial de nature privé, situé sur la parcelle cadastrée section C n° 1132, ce qui gênerait les usagers désireux d'y accéder. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces de la déclaration préalable, et notamment du plan de masse, que le projet en litige prévoit le stationnement des véhicules sur le bas-côté du chemin de Bonal situé entre la parcelle cadastrée section C n° 1130 et la parcelle cadastrée section C n° 828 appartenant à M. E et Mme D. Par ailleurs, et de l'aveu même des requérants, le stationnement de véhicules est possible sur la parcelle cadastrée section C n° 828 d'une superficie de 2 160 m2. La circonstance, au demeurant non établie, que des véhicules stationnent parfois en partie sur la route communale et en partie sur la parcelle cadastrée section C n° 219, rendant ainsi la circulation plus difficile sur cette voie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice de présentation, que les différents réseaux seront raccordés sur ceux de la maison des propriétaires. Le raccordement du projet en litige au réseau d'eau potable se fera par l'installation d'une réserve tampon supplémentaire alimentée par le trop-plein de la réserve d'eau existante. En se bornant à soutenir que le projet en litige peut entrainer des frais pour la commune en cas de raccordement au réseau d'eau et que le réservoir d'eau est alimenté par une source de très faible débit, les requérants n'assortissent pas leur moyen de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

9. D'une part, en soutenant que le projet en litige comporte un risque pour la sécurité publique dès lors qu'il est situé dans une zone affectée d'un aléa très fort de risque de feu de forêt, les requérants doivent être regardés comme ayant entendu invoquer une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées. S'il est avéré que le projet en litige est situé dans le secteur " Bonal ", partiellement affecté par un aléa fort d'incendie selon la cartographie établie par la préfecture du Gard, cette circonstance, à elle seule, n'est pas de nature à révéler un risque pour la sécurité publique. La circonstance que la yourte en cause soit située à environ 30 mètres d'une citerne de gaz et à proximité d'une zone boisée ne sont pas, à elles seules, de nature à révéler une atteinte à la sécurité publique. Faute d'établir que le secteur en cause serait difficilement défendable face au risque d'incendie, et compte tenu de la faible ampleur du risque induit par le projet et du fait de la présence d'une citerne d'eau à environ 15 mètres du projet, il n'est pas démontré que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne s'opposant pas au projet en litige.

10. D'autre part, si les requérants soutiennent que le projet comporterait un risque de pollution dès lors que la fosse septique n'est pas aux normes, ils n'apportent aucun commencement de preuve et rien de tel ne ressort des pièces du dossier. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la yourte sera raccordée à l'unité de traitement des propriétaires, dont le système d'assainissement autonome avec filtres à macrophytes est en cours de réalisation sur la parcelle voisine cadastrée section C n° 828. Ainsi, les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en autorisant le projet. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit ainsi être écarté dans toutes ses branches.

11. En sixième et dernier lieu, les requérants estiment que le projet en litige occasionnera une rupture d'égalité entre les contribuables dès lors que la yourte produirait des déchets alors que seuls les contribuables sont soumis à la taxe foncière et à la taxe sur les ordures ménagères. Toutefois, il n'est pas démontré que la yourte projetée, résidence meublée à usage d'habitation, ne serait pas soumise à la taxe foncière et à la taxe d'habitation. Au demeurant, la circonstance que les occupants d'une construction produisent des déchets n'est pas, par elle-même, susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition attaquée.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des requérants la somme de 1 200 euros que demande Mme C au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront à Mme C une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme F et B A, à Mme C, à la commune de Lasalle et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le président-rapporteur

J. ANTOLINI Le conseiller le plus ancien,

F. LAGARDE

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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