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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100641

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100641

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPECH DE LACLAUSE BATHMANABANE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2021, Mme D B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Bagnols sur Cèze a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident survenu le 6 août 2019, ainsi que la décision du 24 décembre 2020 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, subsidiairement, d'ordonner une expertise médicale ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient, outre que sa requête est recevable, que :

- la commission de réforme était irrégulièrement composée ; il manquait deux représentants du personnel et un médecin spécialiste en psychiatrie ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ; le centre hospitalier n'a pas tenu compte des conclusions du médecin expert qui a conclu à un accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2021, le centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze, représenté par Me Anahony, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- et les observations de Me Manchon, représentant le centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, adjoint administratif principal, affectée à compter du 5 novembre 2018 au service de chirurgie viscérale à 80% et de coordination des secrétaires à 20% du centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze, a déclaré un accident de service survenu le 6 août 2019 à la suite d'une interaction avec le cadre supérieur de santé. Depuis, la requérante a fait l'objet de plusieurs arrêts de travail. Par une décision du 28 septembre 2020, le directeur du centre hospitalier a refusé de reconnaître imputable au service son accident. Mme B demande l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision du 24 décembre 2020 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une maladie non désignée dans les tableaux auxquels les articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale renvoient, peut être reconnue imputable au service dans les conditions déterminées par l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précité, lequel est entré en vigueur, s'agissant de la fonction publique hospitalière, à compter du 16 mai 2020, date à laquelle a pris effet le décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière. Les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Par suite, et dès lors que l'accident dont se prévaut Mme B est survenu le 6 août 2019, préalablement à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020, la reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé ne peut être appréciée au regard des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté ministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction hospitalière applicable au présent litige : " () Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes (). ". Il résulte de ces dispositions que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision litigieuse.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme a émis son avis en disposant des conclusions de l'expertise réalisée le 23 mars 2020 par le docteur C, médecin psychiatre agréé, dont la spécialité correspond à l'affection déclarée par Mme B. Dans ces conditions, et eu égard aux informations dont disposait la commission de réforme sur l'état de santé de la requérante et aux circonstances de sa demande, la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée ne s'imposait pas. L'absence d'un tel spécialiste n'a donc pas été de nature à vicier l'avis émis par la commission de réforme.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 susvisé, la commission de réforme comprend : " Le président dirige les délibérations mais ne participe pas au vote. / Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale () / 2. Deux représentants de l'administration ; / 3. Deux représentants du personnel.". Aux termes de l'article 17 du même arrêté : " La commission ne peut délibérer valablement que si au moins quatre de ses membres ayant voix délibérative assistent à la séance. Deux praticiens, titulaires ou suppléants, doivent obligatoirement être présents. Cependant, en cas d'absence d'un praticien de médecine générale, le médecin spécialiste a voix délibérative par dérogation au 1 de l'article 3. Les médecins visés au 1 de l'article 3 et les médecins agréés ayant reçu pouvoir en application de l'article 8 ne peuvent pas siéger avec voix délibérative lorsque la commission examine le dossier d'un agent qu'ils ont examiné à titre d'expert ou de médecin traitant. Les avis sont émis à la majorité des membres présents. Ils doivent être motivés, dans le respect du secret médical. En cas d'égalité des voix, l'avis est réputé rendu. Les avis sont communiqués aux intéressés dans les conditions fixées par les dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration.". Et aux termes de l'article R. 133-10 du code des relations entre le public et l'administration : " () Lorsque le quorum n'est pas atteint, la commission délibère valablement sans condition de quorum après une nouvelle convocation portant sur le même ordre du jour et spécifiant qu'aucun quorum ne sera exigé. ".

7. Il est constant que le quorum prévu par ces textes n'ayant pas été atteint lors de la réunion du 28 juillet 2020, la commission a sursis à statuer jusqu'à sa prochaine séance mensuelle, en prévoyant qu'aucun quorum ne serait exigé et en en informant les intéressés. Ainsi, en se réunissant à nouveau et en se prononçant le 22 septembre 2020 alors même que le quorum n'était, une nouvelle fois, pas atteint, la commission a statué sans méconnaître les dispositions précitées du décret de l'arrêté ministériel du 4 août 2004. Le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission doit être écarté.

8. En troisième lieu, la décision du 28 septembre 2020 se fonde notamment sur le procès-verbal de la commission de réforme en date du 22 septembre 2020, qu'elle vise et qu'elle décide de suivre dans son intégralité en en citant la teneur, à savoir que ce procès-verbal précise " absence de Cerfa réglementaire permettant d'identifier les lésions constatées. Par ailleurs, les écrits figurant au dossier ne permettent pas d'établir un réel fait accidentel traumatique. ". Dans ces conditions, le directeur du centre hospitalier, qui doit ainsi être regardé comme s'étant approprié la teneur de l'avis de la commission de réforme, a suffisamment motivé sa décision.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

10. Constitue un accident de service, pour l'application de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été placée en arrêt de travail à compter du 6 août 2019 en raison d'un choc psychologique et d'un syndrome dépressif en lien avec un conflit au travail, qu'elle bénéficie d'un suivi médico-psychiatrique par un psychiatre et qu'un traitement antidépresseur et anxiolytique lui est administré. L'expertise médicale demandée par le centre hospitalier a certes conclu, le 23 mars 2020, que son état de santé était totalement imputable au service et que l'arrêt de travail du 6 août 2019 au 6 février 2020 et les soins afférents devaient être pris en charge au titre de l'accident de service, de même que les prolongations de soins et d'arrêts à partir du 7 février 2020. Toutefois, et bien que la pathologie anxio-dépressive de Mme B soit établie par les pièces médicales, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un événement soudain et violent, susceptible d'être qualifié d'accident de service, soit survenu à la requérante le 6 août 2019, date à laquelle a débuté son congé de maladie. Il ressort au contraire des pièces du dossier que " l'échange a été cordial avec une volonté de trouver une solution qui puisse lui convenir " et que Mme B a reconnu elle-même lors de l'entretien du 9 janvier 2020 avec la directrice adjointe chargée des ressources humaines que son échange avec le cadre de pôle a été correct. Dans ces conditions, la seule circonstance que Mme B ait fait l'objet d'arrêt de travail pour syndrome dépressif ne suffit pas à démontrer le caractère traumatisant de l'évènement du 6 août 2019. Enfin l'accident allégué n'a été médicalement constaté et déclaré que le 21 octobre 2019. Dans ces conditions, en refusant, par la décision litigieuse, de reconnaître l'imputabilité au service d'un " accident " qui serait survenu le 6 août 2019, le directeur du centre hospitalier Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze n'a, ni commis une erreur d'appréciation, ni fait une inexacte application des dispositions citées au point 9 du présent jugement.

12. En cinquième et dernier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

13. Il en résulte que Mme B ne saurait utilement contester les vices propres dont serait entaché le rejet de son recours gracieux. Par suite, les moyens qu'elle soulève à ce titre ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire-droit.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Les conclusions à fin d'annulation de Mme B étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au centre hospitalier général Louis Pasteur de Bagnols-sur-Cèze.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

K. A

Le président,

J. B. BROSSIERLa greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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