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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100663

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100663

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOURRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2021, Mme C B, représentée par Me Pourret, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 4 janvier 2021 portant rejet de sa demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme de Tornac approuvé le 26 juin 2018 en tant qu'il classe en zone naturelle ses parcelles cadastrées section AI n°11 et n°14 ;

2°) d'annuler la décision née le 4 janvier 2021 portant rejet de sa demande d'inscription à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal la question de l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune ;

3°) d'enjoindre au maire de Tornac d'inscrire à l'ordre du jour la question de l'abrogation partielle de la délibération du 26 juin 2018 approuvant le plan local d'urbanisme, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Tornac une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en raison tant de la configuration des lieux que des caractéristiques de ses parcelles cadastrées section AI n°11 et n°14, leur classement en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- c'est à tort que les bâtiments sis sur la parcelle cadastrée section AI n°11 ne sont pas inclus parmi les bâtiments répertoriés au plan local d'urbanisme et pour lesquels un changement de destination est admis ;

- compte tenu de l'illégalité des dispositions du plan local d'urbanisme dont il était sollicité l'abrogation, le maire de Tornac était tenu d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal la question de l'abrogation de ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2021, la commune de Tornac, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle tend à l'annulation d'une décision implicite de rejet d'une demande d'inscription à l'ordre du jour du conseil municipal, en l'absence de demande préalable en ce sens de la requérante ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Un courrier du 14 septembre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du même code.

Par ordonnance du 7 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour la commune de Tornac a été enregistré le 3 avril 2023, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Tornac ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me d'Audigier, représentant la commune de Tornac.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 2 novembre 2020, Mme B a demandé à la maire de Tornac de procéder à l'abrogation de la délibération du 26 juin 2018 par laquelle le conseil municipal de Tornac a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe en zone N ses parcelles cadastrées section AI n°11 et n°14. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de la maire de Tornac en tant qu'elle rejette sa demande d'abrogation et qu'elle refuse d'inscrire à l'ordre du jour la question de l'abrogation partielle de la délibération du 26 juin 2018 approuvant le plan local d'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme : " L'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou par le conseil municipal après enquête publique () ". L'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, relatif à la convocation du conseil municipal, dispose que : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour.() "

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme de la commune, c'est au maire qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.

5. D'autre part, selon le plan local d'urbanisme de Tornac, la zone N " recouvre les espaces naturels de la commune, équipés ou non, qui sont à préserver en raison, soit de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une exploitation forestière, soit de leur caractère d'espace naturel. "

6. Pour contester le classement en zone N des parcelles cadastrées section AI n°11 et n°14, Mme B soutient que ces parcelles jouxtent directement une vaste zone agricole et revêtent des caractéristiques qui sont éloignées des objectifs de la zone naturelle telle que décrites au plan local d'urbanisme dès lors qu'elles présentent un fort potentiel agricole et accueillent le siège de son exploitation agricole. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, nonobstant l'existence d'une ancienne bergerie sur l'une d'entre elles, présentent le caractère d'un espace naturel, faisant partie d'un ensemble plus vaste à l'ouest resté également à l'état naturel, ne sont pas desservies par l'assainissement collectif, ainsi que l'oppose la commune sans être contredite, et que leur classement s'inscrit dans le parti d'aménagement retenu par le plan local d'urbanisme, consistant à préserver les espaces naturels de la commune, équipés ou non. Enfin, si la requérante soutient que le classement en zone agricole pourrait lui permettre de transformer la bergerie existante en maison d'habitation, dès lors que sa présence est nécessaire au fonctionnement de l'exploitation, une telle nécessité n'est toutefois pas établie par les pièces du dossier.

7. Il résulte de ce qui précède que c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le classement en zone N des parcelles cadastrées section AI n°11 et n°14, propriété de la requérante, a été décidé dans le plan local d'urbanisme de Tornac.

8. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article N-2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone où se situent les parcelles en litige : " Sous réserve de ne pas porter atteinte à la vocation d'espace naturel de la zone, ni à la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, sont admis dans l'ensemble de la zone N : / - Le changement de destination des bâtiments existants désignés sur les documents graphiques et sous réserve de l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles ou forestiers (CDPENAF). / - Les extensions des habitations existantes sont limitées à 40 m2 de la surface de plancher. - Les constructions à usage d'habitation à condition : / o Que la surface de plancher ne dépasse pas 200 m2 (existant + extension + annexes à l'habitation) et qu'elles soient liées à l'exploitation agricole et nécessaire à leur fonctionnement, / o Qu'en cas d'existence de bâtiments sur l'exploitation, elles soient réalisées à proximité de ceux-ci (sauf en cas d'impératif sanitaire, technique ou de sécurité). / - Les annexes des constructions à usage d'habitation existantes et autorisées dans la zone à condition : o Qu'elles soient limitées à un bâtiment, / o Qu'elles soient sur la même unité foncière et qu'elles soient situées à une distance maximale de 15 mètres du bâtiment d'habitation, o Que la surface de plancher n'excède pas 40 m2, o Que les piscines liées à l'habitation respectent les conditions énumérées précédemment, / - Les constructions nécessaires à l'exercice de l'activité pastorale ".

9.D'autre part, il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme de Tornac que : " Les zones agricoles ou naturelles des documents d'urbanisme sont des zones en principe inconstructibles ou pour lesquelles la constructibilité doit rester très limitée. Des dispositions spécifiques ont par ailleurs été prévues par la loi pour gérer le bâti existant en zone A et N ; il s'agit, d'une part du changement de destination des bâtiments existants dans ces zones, et d'autre part, de l'extension et des annexes des constructions à usage d'habitation. En ce qui concerne le changement de destination, le règlement graphique peut désigner tous les bâtiments pouvant bénéficier de ce dispositif au titre de l'article L.151-11 du Code de l'Urbanisme. Pour les bâtiments désignés sur le document graphique, le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la Commission Départementale de la Préservation des Espaces Agricoles, Naturels et Forestiers (CDPENAF) prévu à l'article L. 112-1-1du Code Rural et de la Pêche Maritime et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites (CDNPS). "

10. Si la requérante cherche à faire valoir que les bâtiments sis sur la parcelle cadastrée section AI n°11 présentent un potentiel de réinvestissement urbain, autant que ceux déjà répertoriés et devraient à ce titre pouvoir bénéficier du dispositif autorisant le changement de destination, il ressort des pièces du dossier et notamment de la photographie aérienne produite en défense que ces bâtiments se trouvent sur une parcelle bordée de parcelles dépourvues de toute construction, celles situées à l'ouest étant classées à juste titre en zone naturelle. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que les auteurs du plan local d'urbanisme de Tornac n'ont pas répertorié les bâtiments en cause comme pouvant bénéficier du dispositif décrit aux points 8 et 9.

11. En dernier lieu, dès lors que les illégalités alléguées par la requérante et affectant le classement de ses parcelles par le plan local d'urbanisme de la commune ne sont pas établies, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le conseil municipal de Tornac devait procéder à l'abrogation partielle de ce plan ni que le maire de Tornac était tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions supposément illégales.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme B dirigées contre la commune de Tornac qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 600 euros, à verser à la commune de Tornac en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Tornac une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Tornac.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Ciréfice, président,

- Mme Ruiz, première conseillère,

- M. Lagarde, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

I. A

Le président,

C. CIRÉFICE

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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