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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100694

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100694

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP LESTOURNELLE- LE LANDAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 15 mars 2021, M. A B, représenté par Me Lestournelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2020 par lequel le ministre de la justice, a prononcé son licenciement pour inaptitude professionnelle à compter du 1er janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à la même autorité administrative de prononcer sa réintégration ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de licenciement attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas reçu communication de son dossier individuel malgré ses sollicitations ;

- son licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse ; l'insuffisance professionnelle retenue n'est pas démontrée ; elle ne repose que sur une carence ponctuelle ;

- son licenciement tend à l'écarter du service du fait d'un précédent recours en vue de l'indemnisation de préjudices nés des fautes de l'administration dans le cadre d'une situation de harcèlement.

Les parties ont été informées le 12 septembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires à défaut de liaison du contentieux.

Le ministre de la justice n'a pas produit d'observations en réponse à la communication de la requête.

M. A B, représenté par Me Lestournelle, a produit le 15 septembre 2023 des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2016-580 du 11 mai 2016 ;

- le décret n° 2008-1483 du 22 décembre 2008 ;

- le décret n° 2006-1761 du 23 décembre 2006 ;

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Achour,

-et les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. B, après avoir exercé les fonctions d'éducateur auprès du centre éducatif fermé de Montfavet du 16 novembre 2015 au 1er octobre 2016 comme agent contractuel, a réussi le concours d'adjoint technique. Il a été nommé adjoint technique de cuisine stagiaire à compter du 1er novembre 2017 au sein du même centre. Le 23 mars 2018, il a été victime d'un accident de service lors d'une altercation sur son lieu de travail et a été placé en arrêt de maladie. La date de guérison a été fixée au 7 février 2019. Par une décision du 7 décembre 2020 le ministre de la justice, a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle. M. B demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime résulter de son licenciement illégal.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Si M. B produit à l'instance une lettre du 8 juin 2022 adressée par son conseil à l'administration en vue de l'indemnisation du préjudice né de son accident de service, il ne démontre pas avoir également sollicité de son employeur l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité de son licenciement. Les conclusions indemnitaires de M. B n'ont donc pas été précédées d'une demande préalable de nature à avoir lié le contentieux. Ces conclusions sont en conséquence irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 3-9 du décret du 11 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2, au titre du concours externe ou au titre du troisième concours sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an. / A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés. / Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés, s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. () ". La procédure ainsi instaurée impose qu'à l'issue du stage d'une année, la situation de l'intéressé soit examinée et qu'après avis de la commission administrative paritaire, une décision soit prise pour le titulariser ou le cas échéant pour proroger son stage et à défaut le licencier. En l'absence de décision expresse de titularisation en fin de stage, l'agent conserve après cette date la qualité de stagiaire, à laquelle l'administration peut mettre fin à tout moment pour des motifs tirés de l'inaptitude de l'intéressé à son emploi.

5. En premier lieu, M. B, placé en stage le 1er novembre 2017, fait valoir que sa titularisation aurait dû intervenir en novembre 2020. Cependant, s'il n'est pas contesté qu'il avait accompli la totalité de son stage compte tenu de ses arrêts maladie, notamment à la suite d'un accident de service, il est constant qu'aucune décision expresse n'a prononcé sa titularisation. La décision attaquée doit en conséquence être regardée comme une décision de refus de titularisation en fin de stage.

6. En deuxième lieu, si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. Sauf à revêtir un caractère disciplinaire, la décision mettant fin aux fonctions d'un agent pour insuffisance professionnelle après l'issue de son stage n'entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni de celles qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements.

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de titularisation attaqué tendrait à sanctionner l'agent de faits fautifs. La seule circonstance que le requérant aurait, précédemment, déposé une plainte contre l'un de ses collègues et recherché la responsabilité de l'administration du fait de son abstention à le protéger de faits de discrimination à la suite de son accident de service, ne saurait suffire à démontrer que l'administration aurait refusé de le titulariser pour ce motif. Les moyens tirés du défaut de motivation et du vice de procédure tenant à l'absence de communication à l'agent de son dossier individuel sont en conséquence inopérants et doivent être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, eu égard à la nature et à l'objet d'une telle mesure, l'autorité compétente ne peut légalement décider d'un refus de titularisation que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe seulement au juge, saisi de moyens en ce sens, de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir.

9. Toutefois, en vertu de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, mais s'il y procède, il doit en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient alors seulement de vérifier que l'inexactitude des faits exposés par le requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

10. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 11 janvier 2022, reçu le même jour et mentionnant les dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, le ministre de la justice a été mis en demeure de produire des observations en défense dans un délai de 30 jours. Il n'a toutefois produit aucune observation avant la clôture de l'instruction. Il est ainsi réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant, en particulier ceux tirés de ce que sa manière de servir n'a pas révélé une insuffisance professionnelle. La décision attaquée ne mentionne pas davantage les faits retenus comme caractérisant des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé, lesquelles ne ressortent par ailleurs d'aucune pièce du dossier. La décision attaquée est dès lors entachée d'une erreur de fait et doit, pour ce motif, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction:

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que l'administration procède à la réintégration juridique de M. B en vue d'un nouvel examen de son aptitude professionnelle à être titularisé. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de la justice d'agir en ce sens dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 décembre 2020 du ministre de la justice est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de la justice de procéder à la réintégration juridique de M. B en vue d'un nouvel examen de son aptitude professionnelle à être titularisé dans un délai de deux mois.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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