jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUTEILLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 février 2021, Mme B Benguedda, épouse A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2020 du président de la communauté d'agglomération du Grand Avignon en tant qu'il fixe, pour la période du 1er mai 2018 au 1er mars 2020, le coefficient de la part liée à la performance de son indemnité de performance et de fonction (IPF) à 1,2858 ;
2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération du Grand Avignon de rétablir le coefficient de la part liée à la performance de son IPF à 2.
Elle soutient que :
- les motifs retenus pour l'abaissement du coefficient de la part liée à la performance de son IPF à 1,2858 reposent sur des insuffisances professionnelles non établies et sont erronés ;
- l'arrêté attaqué révèle une sanction administrative déguisée ;
- il porte atteinte à sa dignité professionnelle et personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, la communauté d'agglomération du Grand Avignon, représentée par la AARPI Beauvillard Bouteiller avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le décret n° 2010-1705 du 30 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chevillard,
- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,
- les observations de Mme Benguedda.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Benguedda, ingénieure en chef de classe normale, a été employée par la commune d'Avignon jusqu'au 1er mai 2015, date à laquelle elle a été transférée à la communauté d'agglomération du Grand Avignon pour occuper le poste de chef du service commun d'application du droit des sols. Au titre de ces fonctions, elle bénéficiait d'une indemnité de performance et de fonctions (IPF) dont la première fraction était fixée par application d'un coefficient de 3, et la deuxième par application d'un coefficient de 2. A l'occasion de sa promotion au grade d'ingénieure en chef hors classe le 1er mai 2018, le président de la communauté d'agglomération a, par deux arrêtés du 3 mai 2018, modifié son régime indemnitaire en lui allouant une part " performance " par application d'un coefficient de 1,7149, et une part " fonction " par application d'un coefficient de 2,5715. Par courrier du 13 juillet 2018, Mme Benguedda a contesté les nouvelles modalités de calcul de cette indemnité, en inadéquation selon elle avec son nouveau grade. Par un courrier du 14 novembre 2018, le président a rejeté cette demande. Par un jugement n°1803950 du 5 novembre 2020, le tribunal administratif de Nîmes a annulé ces arrêtés et enjoint au président de la communauté d'agglomération de statuer à nouveau sur les coefficients de l'IPF allouée à Mme Benguedda. Par deux arrêtés du 23 décembre 2020, le président de la communauté d'agglomération a fixé à 3 le coefficient de la part " fonctions " de l'IPF allouée à Mme Benguedda et à 1,2858 celui de la part " résultat " de la même indemnité. Par la présente requête, Mme Benguedda demande au tribunal d'annuler l'arrêté n°20/2083 du 23 décembre 2020 en tant qu'il fixe à 1,2858 le coefficient de la part " résultat ".
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu d'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. / Le montant du traitement est fixé en fonction du grade de l'agent et de l'échelon auquel il est parvenu, ou de l'emploi auquel il a été nommé. () ". L'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dispose que les organes délibérants de chaque collectivité territoriale ou de chaque établissement public local fixent les régimes indemnitaires dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. L'article 1er du décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 pris pour l'application de ce texte, précise que le régime indemnitaire fixé par les assemblées délibérantes des collectivités territoriales et les conseils d'administration des établissements publics locaux pour les différentes catégories de fonctionnaires territoriaux ne doit pas être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat exerçant des fonctions équivalentes, et joint un tableau en annexe établissant les équivalences avec la fonction publique de l'Etat des différents grades des cadres d'emplois de la fonction publique territoriale dans le domaine notamment de l'administration générale et du domaine technique. L'article 2 de ce décret dispose en outre que les organes délibérants des collectivités et établissements publics locaux fixent, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements, et que l'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire.
3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 30 décembre 2010 relatif à l'indemnité de performance et de fonctions allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts : " L'indemnité de performance et de fonctions comprend deux parts : / - une part liée à la performance, tenant compte des résultats de la procédure d'évaluation individuelle prévue par la réglementation en vigueur et de la manière de servir ; / - une part liée aux fonctions, tenant compte des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liées aux fonctions exercées. ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Les montants individuels de la part liée à la performance et de la part liée aux fonctions sont respectivement déterminés comme suit : / I. - S'agissant de la part liée à la performance, le montant de référence est modulable par application d'un coefficient compris dans une fourchette de 0 à 6. / Le montant individuel attribué au titre de cette part fait l'objet d'un réexamen annuel au vu des résultats de la procédure d'évaluation individuelle mentionnée à l'article 2 et de la manière de servir. () / II. - S'agissant de la part liée aux fonctions, l'attribution individuelle est déterminée par l'application au montant de référence d'un coefficient multiplicateur compris dans une fourchette de 1 à 6 au regard des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liées aux fonctions exercées. () ".
4. Les agents publics n'ont aucun droit acquis à ce que le coefficient multiplicateur qui leur a été appliqué, au titre d'une année donnée, pour la détermination d'une prime soit reconduit à l'identique l'année suivante. L'autorité hiérarchique fixe le montant des indemnités, dans le cadre de l'enveloppe budgétaire qui est consacrée à son paiement, en tenant compte des fonctions, des résultats et de la manière de servir des agents.
5. Pour fixer à 1,2858 le coefficient de la part " résultat " de l'IPF allouée à Mme Benguedda, le président de la communauté d'agglomération s'est fondé, d'une part, sur la manière de servir de l'intéressée, notamment sur les insuffisances en matière d'organisation et de suivi de son activité se traduisant par l'absence de tableaux de bord et l'absence de rapport annuels d'activité du service et, d'autre part, sur des atteintes répétées aux principes d'indépendance et de neutralité dans l'exercice de ses fonctions.
6. Pour contester le manque d'organisation du service commun placé sous son autorité, la requérante n'établit pas la réalisation, en septembre 2015, d'un avenant à la convention bilatérale conclue entre la commune d'Avignon et la communauté d'agglomération pour la restitution des demandes de certificats d'urbanisme, ainsi que l'établissement, sous son autorité par les agents des antennes Vaucluse-Est et Gard, d'un tableau de répartition de la charge de travail, dont elle entend se prévaloir. Elle ne démontre pas davantage que les antennes de Vaucluse auraient dû faire face sans aucun soutien de sa hiérarchie à l'indisponibilité de certains agents de son service entre 2015 et 2020. Par ailleurs, si la requérante soutient que le service commun fonctionne avec un logiciel professionnel accessible à l'ensemble des agents et constitutif d'un tableau de bord et que, dès 2015, elle a produit un tableau de bord à l'attention des vice-présidents et des élus ainsi que des statistiques annuelles et mensuelles concernant le fonctionnement de son service, il ressort des pièces du dossiers que la seule production d'un bilan annuel du 1er mai 2015 au 30 avril 2016, de bilans mensuels pour les mois de décembre 2019 et 2020 et d'un bilan quinquennal pour la période 2015-2020 est insuffisante pour contester le grief relatif au manque d'organisation du service commun, alors qu'il lui incombait, notamment en vertu de la convention du 7 juillet 2015 pour la création du service commun, de suivre régulièrement le fonctionnement du service commun et de présenter un bilan annuel aux communes.
7. Pour contester le grief tiré des atteintes répétées aux principes d'indépendance et de neutralité, Mme Benguedda soutient qu'elle n'avait aucune connaissance d'un recours engagé dans le cadre du projet Erilia Valsabris instruit par l'antenne du Gard. Il ressort toutefois des pièces du dossier, alors que ce service était sous l'autorité de la requérante, que par un courrier du 1er août 2017, le président de la communauté d'agglomération a sollicité son désengagement de ce dossier dans lequel son époux, avocat spécialisé en droit de l'urbanisme, était également impliqué. Pour contester son implication dans le projet de Port sur l'Ile Piot, Mme Benguedda produit un courriel du directeur général des services de la collectivité du 13 janvier 2021 ainsi qu'une attestation de l'adjointe au maire, déléguée à l'urbanisme du 19 février 2021, dont il ressort uniquement que le président de la collectivité ne s'était pas, en mai 2015, opposé à ce qu'elle suive le projet. Toutefois, aucun élément ne permet de déterminer qu'à cette date un recours ait été déjà formé par l'intermédiaire de son époux, représentant l'une des parties au projet alors qu'il lui a été demandé, par des courriers des 4 mai 2016 et 1er août 2017 de se retirer de ce dossier, ce que la requérante n'établit pas avoir fait ni d'ailleurs que son époux se serait désengagé de la procédure intentée contre ce projet. En outre, il est établi par un courriel du 5 juin 2020, qu'il a été demandé à la requérante d'adopter un ton plus neutre dans ses échanges avec les services de l'Etat. Ainsi, la requérante ne démontre pas que les griefs qui lui sont reprochés et qui ont eu une incidence sur le fonctionnement du service, ne seraient pas établis.
8. Les griefs précédemment évoqués étant établis, le président de la communauté d'agglomération du Grand Avignon était fondé, sans commettre d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, à fixer, pour la période du 1er mai 2018 au 1er mars 2020, le coefficient de la part liée à la performance de l'IPF de Mme Benguedda à 1,2858.
9. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée est constitutive d'une sanction déguisée, elle ne démontre aucune intention punitive de la communauté d'agglomération du Grand Avignon à son égard.
10. En dernier lieu, si Mme Benguedda soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa dignité professionnelle et personnelle, elle n'assortit ce moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête, et par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme Benguedda la somme que la communauté d'agglomération du Grand Avignon demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme Benguedda est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération du Grand Avignon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Benguedda épouse A et à la communauté d'agglomération du Grand Avignon.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
F. CHEVILLARD
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026