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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100801

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100801

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, Mme A C, représentée par Me Pamard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision la décision du 5 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Orange a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 23 mars 2018 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de procéder à son placement en congé de maladie pour accident de service, avec traitement à taux plein, subsidiairement, d'ordonner une nouvelle expertise ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient, outre que la requête est recevable, que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur dans l'exactitude matérielle des faits et d'erreur d'appréciation, dès lors que sa pathologie trouve son origine directe dans l'accident dont elle a été victime et a été aggravée par les carences de son employeur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, le centre hospitalier Louis Giorgi d'Orange, représenté par Me Adjedj, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bala,

- et les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, agent hospitalier titulaire reconnu travailleur handicapé, exerce ses fonctions au service lingerie du centre hospitalier Louis Giorgi d'Orange. Dans le cadre d'une altercation survenue le 23 mars 2018, elle indique avoir été victime de propos particulièrement virulents de la part d'une collègue, à la suite desquels elle a été placée en arrêt de travail à partir du 26 mars suivant. Par un courrier du 9 avril 2018, elle a déclaré un accident de service. Par une décision du 31 décembre 2018, le directeur du centre hospitalier a décidé son placement en position de congé de maladie ordinaire du 26 mars 2018 au 25 mars 2019 inclus. Par un jugement n° 1900866 du 17 décembre 2020 du tribunal de Céans, cette décision a été annulée sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation. Par une décision du 5 janvier 2021 dont l'intéressée demande l'annulation dans le présent litige, le directeur du centre hospitalier a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 23 mars 2018 et a décidé son placement en position de congé de maladie ordinaire à compter du 26 mars 2018.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 5 janvier 2021 vise le certificat médical initial d'accident de service en date du 26 mars 2018 avec arrêts et prolongation d'arrêts de travail, les rapports de la directrice adjointe des services économiques, du responsable du magasin et de trois agents de la lingerie, le courrier de la directrice des ressources humaines réceptionné par Mme C le 17 avril 2018, l'avis de la commission de réforme du 5 septembre 2018 sollicitant une expertise psychiatrique, le certificat établi le 13 novembre 2018 par le Dr E, expert psychiatre dont elle rappelle la teneur et notamment la conclusion selon laquelle " cet arrêt de travail faisant suite à l'incident du 26 mars 2018 n'est pas imputable au service ", le courrier de Mme C du 11 décembre 2018 sollicitant la communication du rapport d'expertise médicale du Dr E et le courrier de la directrice des ressources humaines du 13 décembre 2018 répondant favorablement à Mme C. Enfin, elle précise que l'arrêt de travail en cause n'est pas imputable au service, en raison de l'absence d'antécédents de difficultés relationnelles dans le service de la lingerie et au vu des cinq rapports de sa hiérarchie et de ses collègues de travail ainsi que de l'expertise du Dr E. Cette

1.

décision est dès lors suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, les dispositions de l'article 21 bis de la loi modifiée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 susvisée. Il en résulte que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020. Par suite ces dispositions sont applicables à la situation de Mme B dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017.

4. Aux termes des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 s'agissant des accidents imputables au service dont sont victimes les fonctionnaires hospitaliers : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ". Au demeurant, l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 prévoit pareillement, depuis sa création par l'ordonnance du 19 janvier 2017, que le fonctionnaire dont l'incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, a droit à un congé durant lequel il conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite, ainsi qu'au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l'accident.

5. En application des dispositions précitées, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Le bénéfice de ces dispositions est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions. Par ailleurs, constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

1.

6. Il ressort des pièces du dossier que, le 23 mars 2018, une altercation a eu lieu entre Mme C et l'une de ses collègues qui se serait mise à lui hurler dessus en lui reprochant d'avoir diffusé à la cadre l'information selon laquelle elle était en grève. Les 5 témoins attestent seulement respectivement du " ton très énervé de Mme C " et du " vif agacement " de sa collègue, de la " mauvaise humeur " de la requérante et de son agressivité à l'égard de sa collègue et de ce qu'à la suite de cette altercation, les relations se sont apaisées et le repas a été pris dans le calme. En outre, il ressort du rapport établi le 13 novembre 2018 par le Dr E, psychiatre expert, que l'effondrement narcissique vécu par Mme C, bien qu'il apparaisse réactionnel à l'incident et à la manière dont celui-ci a été géré en interne (question de management d'équipe), est en lien avec l'histoire personnelle dépressive préexistante de l'intéressée, qu'il est tout au plus possible de soulever l'hypothèse que si cet incident avait été traité de manière à indiquer à chacun ses limites relationnelles en fonction des codes usuels, le vécu d'injustice et de non-respect de l'intéressée aurait pu être amoindri, qu'en tout état de cause

" c'est la goutte d'eau qui a fait déborder un vase déjà plein " et que l'existence préexistante d'un syndrome de Sheehan, ce qui favorise une intolérance biologique au stress, est à prendre en compte quant aux proportions prises par cet indicent relationnel en entreprise. Le Dr E conclut ainsi que l'arrêt de travail faisant suite à l'incident du 26 mars 2018 n'est pas imputable au service.

7. Dans ces conditions, et en dépit du certificat du Dr D, psychiatre, établi le 4 avril 2019, qui conclut que l'arrêt de travail doit être considéré comme accident de service du fait d'une décompensation dans un contexte de conflit professionnel, les éléments du dossier démontrent l'existence de prédispositions de Mme C à la pathologie dont elle souffre telles qu'elles sont de nature à détacher cette pathologie du service. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 5 janvier 2021 et, par suite, en décidant de son placement en position de congé de maladie ordinaire à compter du 26 mars 2018.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale complémentaire, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Orange, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par le centre hospitalier d'Ornage à ce même titre.

1.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier d'Orange formées sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier d'Orange.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe au 20 juin 2023.

La rapporteure,

K. BALA

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

F. BELKAID

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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