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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100908

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100908

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2021, la société HL Management, représentée par Me Desorgues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date 16 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Laurent-des-Arbres s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 30 278 20 C0025, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Saint-Laurent-des-Arbres de prendre une décision de non-opposition, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de Saint-Laurent-des-Arbres de procéder à une nouvelle instruction de la demande ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent-des-Arbres une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société HL Management soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article A.424-2 du code de l'urbanisme dans la mesure où il est impossible d'identifier clairement le signataire de l'arrêté ;

- il est entaché d'incompétence, dans la mesure où il n'est pas établi que la signataire de la décision en litige bénéficiait d'une délégation régulière ;

- l'architecte des bâtiments de France ayant émis un avis favorable au projet, le maire de Saint-Laurent-des-Arbres était tenu de délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable ;

- dès lors que le maire de Saint-Laurent-des-Arbres était en désaccord avec l'avis de l'architecte des bâtiments de France, il lui appartenait, avant de la décision en litige, de transmettre son dossier au préfet de région, en application des dispositions de l'article L. 632-2 du code du patrimoine ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Laurent-des-Arbres ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2021, la commune de Saint-Laurent-des-Arbres, représentée par la SCP Territoires d'avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés ou sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Audigier, pour la commune de Saint-Laurent-des-Arbres.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 septembre 2020, le maire de la commune de Saint-Laurent-des-Arbres s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 30 278 20 C0025 déposée par la société HL Management en vue de la construction d'un garage. Par la présente requête, la société HL Management demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Aux termes de l'article A 424-2 du code de l'urbanisme : " () / L'arrêté mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire ".

3. Il ressort de l'arrêté en litige que celui-ci est signé par Mme A C, première adjointe au maire. S'il est difficile d'identifier avec certitude la première lettre du prénom de la signataire de cet arrêté, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de celui-ci dès lors que l'identité de son auteur ainsi que sa qualité étaient aisément identifiables.

4. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales dans sa rédaction applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. / Cette transmission peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. () / La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. Dans ce dernier cas, la formalité d'affichage des actes a lieu, par extraits, à la mairie et un exemplaire sous forme papier des actes est mis à la disposition du public. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite. ". Aux termes de l'article L. 2131-2 du même code : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : / () 3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi ; () ".

5. Les arrêtés des maires accordant des délégations à des élus constituent des actes de portée générale qui, eu égard à leur caractère réglementaire, doivent faire l'objet de mesures de publicité par affichage ou publication au recueil des actes administratifs et qui doivent être transmis au représentant de l'Etat en application des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé par Mme A C, première adjointe au maire. Par arrêté du 4 juin 2020, le maire de Saint-Laurent-des-Arbres a donné délégation de fonction à Mme C notamment en ce qui concerne les autorisations d'urbanisme. Cet arrêté, communiqué à la société requérante dans le cadre de la présente instance, a été transmis au préfet du Gard le 5 juin 2020 et précise qu'il fera l'objet d'une publication au sein du recueil des actes administratifs de la commune. La société requérante n'a produit aucun élément qui permettrait de remettre en cause le caractère effectif de la publication de l'arrêté du 4 juin 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté en litige ne justifiait pas d'une délégation de signature régulière ne peut être accueilli.

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ". Aux termes de l'article A. 424-1 du même code : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire, d'aménager ou de démolir ou sur une déclaration préalable prend la forme d'un arrêté. " Aux termes de l'article A. 424-4 du même code : " () l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".

8. L'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux constructions autorisées en zone A et précise que le projet de la société pétitionnaire ne peut être autorisé dès lors qu'il consiste en une construction distincte des bâtiments existants. Cet arrêté est dès lors suffisamment motivé en fait.

9. Aux termes de l'article L. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / Sont également soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration, immeubles par nature ou effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure, au sens des articles 524 et 525 du code civil, lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par le plan de sauvegarde et de mise en valeur. Pendant la phase de mise à l'étude du plan de sauvegarde et de mise en valeur, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties intérieures du bâti. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. " L'article L. 632-2 du même code dispose que : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. () l'absence d'opposition à déclaration préalable () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. / En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France, cet accord est réputé donné. / () / II. - En cas de désaccord avec l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation transmet le dossier accompagné de son projet de décision à l'autorité administrative, qui statue après avis de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture. En cas de silence, l'autorité administrative est réputée avoir approuvé ce projet de décision. La décision explicite de l'autorité administrative est mise à la disposition du public. En cas de décision tacite, l'autorisation délivrée par l'autorité compétente en fait mention. () ".

10. Si ces dispositions imposent que l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme se conforme à l'avis défavorable émis par l'architecte des bâtiments de France, elles n'ont ni pour objet ni pour effet de dispenser cette autorité de contrôler le respect de l'ensemble des règles d'urbanisme auxquelles est soumis un projet de construction. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'avis favorable émis par l'architecte des bâtiments de France ne fait nullement obstacle à ce que le maire oppose un refus sur le fondement d'autres dispositions que celles ayant donné lieu à cet avis. Dès lors le moyen tiré de ce que le maire de la commune aurait été en situation de compétence liée pour délivrer une autorisation conforme à l'avis rendu le 3 septembre 2020 par l'architecte des bâtiments de France ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le maire de Saint-Laurent-des-Arbres n'était pas davantage tenu de transmettre le dossier de la demande de permis de construire à la commission régionale du patrimoine et de l'architecture au titre du II. de l'article L. 632-2 du code du patrimoine.

12. Aux termes de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Ne sont admises dans l'ensemble de la zone (A1, A2 et secteur inondable) que les occupations et utilisations du sol suivantes : / - L'aménagement, la transformation, l'addition, la rénovation et la réhabilitation avec ou sans changement de destination des constructions (mas et moulins) existantes, repérées sur les plans "avec une étoile", dans la limite des surfaces hors œuvres brutes existantes pour des raisons architecturales et patrimoniales ". Il résulte de ces dispositions que les nouvelles constructions ne peuvent être autorisées en zone agricole.

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est implanté sur un terrain comprenant un mas existant identifié " avec une étoile " au sens des dispositions précitées du règlement du PLU. Il ressort toutefois des plans produits que la construction à usage de garage refusée par l'arrêté en litige est séparée de plusieurs mètres du mas existant et ne communique pas avec ce bâtiment. Elle doit dès lors s'analyser comme une nouvelle construction prohibée par l'article 2 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme et c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation que le maire de Saint-Laurent-des-Arbres a fondé son refus sur la méconnaissance des dispositions de ce règlement.

14. Le moyen tiré du détournement de pouvoir dont serait entaché l'arrêté attaqué n'est pas assorti des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé et ne peut dès lors qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société HL Management doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Laurent-des-Arbres la somme demandée par la société HL Management au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société HL Management une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Saint-Laurent-des-Arbres.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société HL Management est rejetée.

Article 2 : La société HL Management versera une somme de 1 200 euros à la commune de Saint-Laurent-des-Arbres sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société HL Management et à la commune de Saint-Laurent-des-Arbres.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le rapporteur

F. B Le président,

J. Antolini

La greffière,

A. Olszewski

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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