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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100931

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100931

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHEULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021, M. E A, représenté par Me Heulin agissant pour le cabinet Goldmann et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité départementale de Vaucluse de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Provence-Alpes-Côte d'Azur a autorisé son licenciement pour inaptitude physique et impossibilité de reclassement ;

2°) de mettre à la charge de L'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une personne non habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de convocation régulière des membres titulaires et suppléants ainsi que des représentants syndicaux à la réunion du 18 décembre 2020 du comité économique et social de l'employeur ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 1226-2 et L. 5213-6 du code du travail en l'absence de contrôle exhaustif du respect par l'employeur des obligations qui lui incombe, en matière de reclassement et de recherche des mesures appropriées à sa qualité de travailleur handicapé.

Par un mémoire en défense, enregistré 25 juin 2022, la DIRECCTE Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, la société CPCP Télécom, représentée par Me Perruchot agissant pour Vaughan avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu la décision du 18 mai 2021 par laquelle la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. D,

-les conclusions de Mme Chamot, rapporteur publique,

-et les observations de Me Courbon, représentant la société solution 30 sud-est.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a intégré, le 20 avril 2015 en contrat à durée indéterminé, la société CPCP Télécom, en qualité de chef d'équipe fibre optique et a été promu chef de chantier sénior le 1er janvier 2018. Le 27 juin 2019, l'intéressé a été élu membre suppléant du comité social et économique de l'UES Télécom. Le 8 octobre 2020, M. A a été déclaré définitivement inapte à son poste de chef de chantier et à tous les postes dans l'entreprise sans possibilité de reclassement par le médecin du travail. Par un courrier du 15 octobre 2020, la société CPCP Télécom a adressé un questionnaire de reclassement à M. A, qui a été reconnu travailleur handicapé jusqu'au 30 septembre 2024. Par un courrier du 17 novembre 2020, la société CPCP Télécom a informé M. A des motifs relatifs à l'impossibilité de son reclassement. Par un courrier du 27 novembre 2020, M. A a été convoqué à un entretien du 9 décembre 2020, en vue de son licenciement pour inaptitude physique. Par un courrier du 22 décembre 2020, l'employeur a présenté une demande d'autorisation de licenciement du salarié à l'inspecteur du travail, qui a, par une décision du 25 janvier 2021, que M. A conteste, autorisé ce licenciement.

Sur la légalité de la décision de la décision d'autorisation de licenciement :

2. Aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. () / Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail ". Selon l'article L. 1226-2-1 du même code : " Lorsqu'il est impossible à l'employeur de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement. / L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. / L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail. () ". Aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " () la demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié () ".

3. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge, si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi, et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise.

4. En premier lieu, M. A soutient que M. B C, inspecteur du travail de l'unité départementale de Vaucluse de la DIRECCTE Provence-Alpes-Côte d'Azur était territorialement incompétent pour prendre la décision attaquée, dès lors qu'il était rattaché à l'établissement de Rognac jusqu'à février 2020, puis à celui de Vitrolles, mais non à l'établissement secondaire de Sorgues. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A produit un contrat de travail et des bulletins de salaires démontrant son attachement administratif à des établissements situés dans les Bouches-du-Rhône, son employeur a précisé durant l'enquête contradictoire menée par l'inspecteur du travail et par un courriel du 21 mai 2021, confirmé au dossier par une attestation du 17 octobre 2022, que M. A était chef de chantier sur la partie Boucle local, contrat intervention clients et travaux réseaux (ICTR), que la société n'avait pas de contrat ICTR à Vitrolles et ses environs ni dans l'ensemble du département des Bouches-du-Rhône, que son site de rattachement était situé à Sorgues où étaient localisés le manager, le reste de l'équipe qui réalisait l'activité, les moyens techniques ainsi que toute la logistique lui permettant de réaliser les interventions, selon des impératifs contractuels conclus avec le client, la société Orange. Ainsi, en l'absence de contestation du requérant sur lesdits éléments, le lieu de travail principal et effectif de M. A se trouvait dans le département de Vaucluse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application et mentionne les circonstances utiles de fait sur lesquels l'inspecteur du travail s'est fondé pour autoriser le licenciement de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2315-30 du code du travail : " L'ordre du jour des réunions du comité social et économique est communiqué par le président aux membres du comité, à l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 ainsi qu'à l'agent des services de prévention des organismes de sécurité sociale trois jours au moins avant la réunion ". Soulevé à l'appui d'une demande d'annulation d'une autorisation administrative de licenciement, le moyen tiré de ce que la procédure de consultation du comité d'entreprise aurait été entachée de graves irrégularités relève de la légalité interne de la décision attaquée.

7. Il ressort des pièces du dossier que le comité social et économique de la société CPCP Télécom a été consulté sur le licenciement de M. A suivant une convocation du 10 décembre 2020. L'intéressé, qui ne précise pas lesquels des membres de comité n'auraient pas été convoqués, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ceux-ci l'ont été régulièrement, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une irrégularité grave sur ce point. Par suite le moyen tiré de l'irrégularité de la saisine et de la composition du comité social et économique doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 1226-2-1 du code du travail que l'employeur est dispensé de procéder à une recherche de reclassement du salarié déclaré inapte dès lors que l'avis du médecin du travail fait état de ce que le maintien du salarié dans l'emploi serait gravement préjudiciable à sa santé.

9. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige vise l'avis du médecin du travail du 8 octobre 2020 qui mentionne expressément que " l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi ". Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance, par son employeur, de l'obligation de reclassement à son égard. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 15 octobre 2020, la société CPCP Télécom a adressé un questionnaire de reclassement à M. A, lequel l'a signé et a fait part de son souhait de ne pas changer de métier. Par ailleurs, par un courriel du 14 octobre 2020, les entreprises du groupe " Solutions 30 ", auquel la société CPCP Télécom appartient, ont été interrogées sur les possibilité de reclassement de M. A. Les sociétés Alan'Tech, Telima Telco, Telma networks Service, Telima SFM 30, Solution 30 Martinique, Solution 30 Guyane, Telima TVX, Telima Monney et Byon ont répondu, par des courriels produits au dossier, qu'ils ne disposaient pas de possibilité de reclassement de M. A. Par suite, le moyen, inopérant, doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 5213-6 du code du travail : " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, l'employeur prend, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1° à 4° et 9° à 11° de l'article L. 5212-13 d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de l'exercer ou d'y progresser ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée. ".

11. Si M. A soutient que son employeur n'a recherché aucune solution relative à son accompagnement en tant que travailleur handicapé, il ressort des pièces du dossier que la société CPCP Télécom a sollicité Cap emploi 13, service d'accompagnement des personnes handicapés dans l'emploi, pour un accompagnement de l'intéressé dans sa démarche de reclassement. Par suite, le moyen qui manque en fait doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 janvier 2021 qu'il conteste.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge M. A la somme de 2 000 à verser à la société CPCP Télécom en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentée par la société CPCP Télécom au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à la société CPCP Télécom, et au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

F. D

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100931

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