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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100975

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100975

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTURRIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2100975, par une requête, enregistrée le 24 mars 2021, M. A J, représenté par Me Turrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Le Mas Careiron " d'Uzès a rejeté sa demande de prolongation du congé de maladie ordinaire au-delà d'une période de six mois et a considéré qu'il était apte à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 8 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Uzès la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité qui n'est pas habilitée ;

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le procès-verbal de la séance du comité médical départemental ayant examiné sa situation n'est pas produit, et que la composition de ce comité apparaît irrégulière eu égard tant aux qualifications de ses membres qu'au nombre de membres présents lors de cette séance ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé, lequel est grave et invalidant et justifie l'octroi d'un congé de longue maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le centre hospitalier d'Uzès, représenté par Me Garreau, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- dès lors que la décision attaquée a été retirée par une décision du 13 avril 2020, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête ;

- les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

II. Sous le n° 2200475, par une requête, enregistrée le 17 février 2022, M. A J, représenté par Me Turrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Le Mas Careiron " d'Uzès a considéré qu'il était apte à la reprise de ses fonctions à temps plein sans restriction médicale ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Uzès la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité qui n'est pas habilitée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de mention de la date de reprise de poste ;

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le procès-verbal de la séance du comité médical départemental ayant examiné sa situation n'est pas produit, et que la composition de ce comité apparaît irrégulière eu égard tant aux qualifications de ses membres qu'au nombre de membres présents lors de cette séance ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé, lequel est grave et invalidant et justifie l'octroi d'un congé de longue maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 22 février 2023, le centre hospitalier d'Uzès, représenté par Me Garreau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ou infondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- les observations de Me Garreau représentant le centre hospitalier d'Uzès.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes visées ci-dessus concernent la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les faits et la procédure :

2. M. J est cadre supérieur de santé affecté au sein du centre hospitalier d'Uzès depuis le 1er septembre 2008. Ayant été placé en arrêt maladie à compter du 24 mars 2020 en raison d'une contamination à la covid-19, l'intéressé a sollicité le bénéfice d'une prolongation de son congé maladie ordinaire au-delà d'une période de six mois. Au vu de l'avis défavorable rendu le 7 janvier 2021 par le comité médical départemental, le directeur du centre hospitalier d'Uzès a décidé le 25 janvier 2021 de rejeter cette demande de prolongation du congé de maladie ordinaire au-delà d'une période de six mois et a considéré que M. J était apte à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 8 février 2021. Par sa requête n° 2100975, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cette décision en date du 25 janvier 2021.

3. M. J ayant, postérieurement à cette décision du 25 janvier 2021, sollicité la saisine du comité médical supérieur, le directeur du centre hospitalier d'Uzès a décidé le 13 avril 2021 d'annuler la décision précitée du 25 janvier 2021, de placer l'intéressé en congé maladie ordinaire du 1er janvier 2021 au 22 mars 2021 inclus, et de lui verser un demi-traitement dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur. Après que le comité médical supérieur eut émis le 4 mai 2021 un avis défavorable à l'agent et conforme à l'avis du comité médical départemental du 7 janvier 2021, le centre hospitalier d'Uzès a saisi le comité médical départemental pour que cette instance consultative se prononce sur l'aptitude aux fonctions de M. J. Cette instance a rendu son avis le 2 décembre 2021 aux termes duquel aucun motif médical ne justifie la prolongation de congé de maladie ordinaire au-delà de six mois et indiquant que l'intéressé est apte sans restriction médicale à son poste à temps plein depuis le 23 septembre 2020. Au vu de cet avis, le directeur du centre hospitalier d'Uzès a, par une décision du 22 décembre 2021, considéré que M. J était apte à la reprise de ses fonctions à temps plein sans restriction médicale. Par sa requête n° 2200475, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cette décision en date du 22 décembre 2021.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le centre hospitalier d'Uzès (requête n° 2100975) :

4. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la décision attaquée en date du 25 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier " Le Mas Careiron " d'Uzès a rejeté sa demande de prolongation du congé de maladie ordinaire au-delà d'une période de six mois et a considéré qu'il était apte à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 8 février 2021, et postérieurement à l'enregistrement de la requête n° 2100975 en date du 24 mars 2021, le directeur du centre hospitalier d'Uzès de Nîmes a décidé le 13 avril 2021 d'annuler la décision précitée du 25 janvier 2021. Dès lors que le centre hospitalier d'Uzès a ainsi retiré en cours d'instance la décision attaquée du 25 janvier 2021 et que ce retrait présente un caractère définitif, les conclusions à fin d'annulation de cette décision du 25 janvier 2021 sont devenues dépourvues d'objet en cours d'instance. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 décembre 2021 (requête n° 2200475) :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée pour le directeur du centre hospitalier d'Uzès par M. I B, directeur adjoint chargé des ressources humaines et de la formation. Ce dernier a reçu délégation à cet effet par une décision du directeur par intérim du centre hospitalier d'Uzès du 12 décembre 2019, publiée le 18 septembre 2020 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Gard, étant précisé qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur par intérim du centre hospitalier d'Uzès n'était pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le requérant reproche à la décision attaquée de ne pas mentionner de date de reprise de poste. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'était jointe à la décision du 22 décembre 2021, par laquelle le directeur du centre hospitalier " Le Mas Careiron " d'Uzès a considéré que M. J était apte à la reprise de ses fonctions à temps plein sans restriction médicale, une lettre de couverture datée du même jour par laquelle le directeur lui demandait de reprendre son poste avant le lundi 17 janvier 2022. Dans ces conditions, le moyen invoqué par le requérant manque, en tout état de cause, en fait et doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département, un comité médical départemental est constitué auprès du préfet. / () / Chaque comité comprend deux praticiens de médecine générale et, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste de l'affection dont est atteint le fonctionnaire qui demande à bénéficier du congé de longue maladie ou de longue durée prévu au 3° ou au 4° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée. / () ". Aux termes de l'article 4 du même décret, dans sa version applicable au litige : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Il est consulté obligatoirement pour : / a) La prolongation des congés de maladie au-delà de six mois consécutifs ; / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa séance du 2 décembre 2021 au cours de laquelle la situation de M. J a été examinée, le comité médical départemental comportait, outre son président, le Dr L, deux praticiens de médecin générale, à savoir le Dr H et le Dr G, ainsi que deux médecins spécialistes en psychiatrie, le Dr F et le Dr C. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à se plaindre que la composition du comité médical départemental serait irrégulière, la présence de deux médecins psychiatres n'ayant pu priver l'intéressé d'une garantie. En outre, l'avis rendu le 2 décembre 2021 par le comité médical sur la situation de M. J est versé à l'instance par le centre hospitalier d'Uzès. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure.

9. En quatrième et dernier lieu, le requérant se prévaut du rapport établi le 11 octobre 2021 par le Dr K, psychiatre, médecin agréé, selon lequel M. J, qui a été contaminé en mars 2020 par la covid-19, a fait l'objet de symptômes persistants marqués par des myalgies des membres inférieurs, une perte de goût et d'odorat et une importante asthénie physique et psychique et que cet état a entraîné un état dépressif chronique en raison de la déflation narcissique, de l'autodépréciation et le deuil de sa maladie, ce médecin concluant au caractère invalidant et grave de cet état de santé de nature à justifier un congé de longue durée. Le requérant produit, en outre, à l'instance une attestation du 29 janvier 2021 du Dr D, psychiatre suivant l'intéressé depuis septembre 2020, qui confirme ce tableau anxio-dépressif et précise qu'un tel état de santé est incompatible avec la reprise d'une activité professionnelle et nécessite la mise en place d'un congé de longue maladie. Toutefois, les pièces médicales dont fait état le requérant ne sont pas suffisamment précises et circonstanciées, s'agissant notamment de la gravité de l'état de santé de M. J, pour remettre en cause l'avis rendu le 2 décembre 2021 par le comité médical départemental, étant précisé que cette instance consultative comportait, lors de cette séance, outre son président, quatre médecins agréés, dont deux médecins psychiatres. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 22 décembre 2021.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2100975 de M. J.

Article 2 : Le surplus des conclusions de sa requête n° 2100975 est rejeté.

Article 3 : La requête n° 2200475 de M. J est rejetée.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier d'Uzès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A J et au centre hospitalier d'Uzès.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, premier conseiller,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

F. E

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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