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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101103

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101103

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 avril 2021, le 27 avril 2022 et le 17 août 2022, Mme E D, représentée par la AARPI Sedlex avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle la communauté de communes Les Sorgues du Comtat lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes Les Sorgues du Comtat de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 2 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Les Sorgues du Comtat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable, la décision attaquée lui faisant grief ;

- le moyen soulevé en défense et tenant à la méconnaissance du secret de l'instruction pénale doit être écarté, dès lors que les plaintes et auditions qu'elle produit peuvent être communiquées dans le cadre de la présente instance ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, en méconnaissance de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1984, et d'erreur d'appréciation, en raison du harcèlement moral et des injures dont elle a été victime de la part de M. A C, agent de la communauté de communes Les Sorgues du Comtat ; elle pouvait solliciter le bénéfice de la protection fonctionnelle bien qu'elle ait été mise à disposition de l'association syndicale libre Beaulieu ; les attaques dont elle a été victime sont démontrées et elle n'a commis aucune faute personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mai 2021, le 11 juillet 2022 et le 26 août 2022, la communauté de communes Les Sorgues du Comtat, représentée par la SELARL Legitima, conclut à ce que le tribunal demande avant-dire-droit au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Vaucluse de se prononcer sur la légalité de la transmission par l'avocat de Mme D de procès-verbaux de plaintes et d'un enregistrement clandestin d'une réunion organisée par les forces de police, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, le courrier attaqué du 8 février 2021 ne faisant pas grief à la requérante dès lors qu'il ne s'agit pas d'un refus de protection fonctionnelle ;

- le secret de l'instruction pénale a été méconnu dès lors que des procès-verbaux de plaintes et un enregistrement clandestin d'une réunion organisée par les forces de police ont été communiqués par le conseil de la requérante dans le cadre de la présente instance ;

- le tribunal doit, sur le fondement de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, prononcer la suppression de propos injurieux, outrageant et diffamatoires contenus dans les écritures de la requérante ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevillard,

- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

- les observations de Me Cossalter, représentant la communauté de communes Les Sorgues du Comtat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ingénieure principale au sein de la communauté de communes Les Sorgues du Comtat, mise à disposition de l'association syndicale Libre Beaulieu, a, par un courrier du 2 décembre 2020, présenté une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle auprès de la communauté de communes Les Sorgues du Comtat, en raison du harcèlement moral et des injures dont elle s'estimait victime de la part de M. A C, agent de la même collectivité. Par une décision du 8 février 2021, que l'intéressée conteste, le bénéfice de cette protection lui a été refusé.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la communauté de communes Les Sorgues du Comtat :

2. En premier lieu, la communauté de communes Les Sorgues du Comtat ne peut utilement se prévaloir dans le cadre de la présente instance des dispositions de l'article 114 du code de procédure pénale qui limitent dans le cadre de la procédure pénale la communication de pièces à des tiers pour les besoins de la défense aux seuls rapports d'expertise.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 du code de procédure pénale : " Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l'enquête et de l'instruction est secrète. / Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les conditions et sous les peines prévues à l'article 434-7-2 du code pénal. / (). ". Toutefois, en l'absence de disposition le prévoyant expressément, l'article 11 du code de procédure pénale ne peut faire obstacle au pouvoir et au devoir qu'a le juge administratif de joindre ces éléments d'information aux autres pièces versées au dossier et de statuer au vu de l'ensemble de ces pièces après en avoir ordonné la communication pour en permettre la discussion contradictoire. Il résulte de ce qui précède que la communauté de communes Les Sorgues du Comtat ne peut pas non plus utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions en raison de la transmission par le conseil de la requérante, dans le cadre de la présente instance, de procès-verbaux de plaintes et d'un enregistrement clandestin d'une réunion organisée par les forces de police.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

5. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

6. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Mme D soutient qu'elle aurait été victime d'une altercation violente et d'insultes de la part de M. A C, qui aurait saboté une manifestation sportive qu'elle aurait organisée. Toutefois, la matérialité d'un tel évènement, qui se serait déroulé en août 2019, ainsi que le mentionne Mme D dans sa plainte du 16 septembre 2020 et dans le procès-verbal d'audition du 23 mars 2021, n'est corroborée ni par les comptes rendus d'audition de 2019 et 2020, ni par le témoignage de M. B, en date du 24 octobre 2022, produits par la requérante ni par les autres attestations de témoins produites au dossier. D'autre part, si Mme D soutient qu'elle aurait été à nouveau insultée par M. A C durant l'été 2020, la matérialité de ces faits n'est pas davantage établie par les pièces du dossier. En outre, Mme D soutient avoir été victime de menaces le 11 septembre 2020, matérialisées par des vociférations et des dérapages réalisés par M. A C avec un véhicule à proximité du bungalow qui lui sert de bureau. Si la requérante produit des certificats médicaux faisant référence à une agression et des menaces sur son lieu de travail, aucun élément produit au dossier ne permet de corroborer ces faits alors que la collectivité défenderesse produit une attestation de témoin les contestant ainsi qu'un rapport les considérant comme impossibles en raison de la configuration des lieux. Dans ces conditions, alors que les agissements mentionnés ne sont pas établis, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'elle a subi des insultes et des faits de harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 et que la décision contestée est, par suite, entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions en annulation de cette dernière, et, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Les Sorgues du Comtat, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme D la somme que la communauté de communes Les Sorgues du Comtat demande au même au titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Les Sorgues du Comtat présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à la communauté de communes Les Sorgues du Comtat.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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