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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101145

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101145

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBUONOMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2021, la société Immobilière pour l'aménagement des campus (IAC), représentée par Me Buonomo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse a résilié la convention d'occupation du domaine public dont elle bénéficiait ;

2°) d'enjoindre au président de l'université d'Avignon la poursuite des relations contractuelles ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- l'article 13 de la convention d'occupation du domaine public a été méconnu ;

- les griefs et manquements retenus ne sont pas fondés ; la procédure de choix du nouveau preneur a été respectée ; l'activité demeurait compatible avec la convention technique ;

- ces griefs ne suffisaient pas à justifier la mesure de résiliation, l'économie globale du projet n'étant pas remise en cause ;

- cette décision constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 30 avril 2021, M. A et Mme B, représentés par Me Buonomo, s'associent aux conclusions de la requête et demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse a résilié la convention d'occupation du domaine public dont elle bénéficiait ;

2°) d'enjoindre au président de l'université d'Avignon la poursuite des relations contractuelles avec la société requérante ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- les droits de la défense n'ont pas été respectés ;

- l'article 13 de la convention d'occupation du domaine public a été méconnu ;

- les griefs et manquements retenus ne sont pas fondés ; la procédure de choix du nouveau preneur a été respectée ; l'activité demeurait compatible avec la convention technique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, l'université d'Avignon conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société IAC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Achour,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de Mme C représentant l'Université d'Avignon et des pays de Vaucluse.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Vaucluse et la société anonyme immobilière pour l'aménagement des campus universitaire (SAIACU), devenue société immobilière pour l'aménagement des campus (IAC), ont signé le 31 juillet 1998 une convention d'une durée de 50 ans portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public de l'Etat constitué d'un bâtiment cadastré section DN n° 997 jouxtant le campus de l'université d'Avignon. Par une décision du 23 mars 2021, le préfet de Vaucluse a informé la société IAC de sa décision de résilier cette convention à compter du 23 mai 2021. La société IAC demande au tribunal d'annuler cette décision et présente des conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles.

Sur l'intervention :

2. Il résulte de l'instruction que M. A et Mme B, en leur qualité de co-gérants de la SARL " La Chapelle " alors en cours de constitution, ont signé le 30 décembre 2020 avec la société IAC une convention locative dérogatoire d'une durée de trois ans pour exploiter commercialement les locaux en cause, en se portant personnellement caution du paiement du bail sur une durée de six mois, et ont commencé leur activité commerciale dans ces locaux. Dans ces conditions, M. A et Mme B justifient d'un intérêt suffisant, eu égard à la nature et à l'objet du litige, pour s'associer à la requête introductive d'instance de la société IAC. Par suite, leur intervention volontaire doit être admise.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

3. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Elle doit exercer ce recours, y compris si le contrat en cause est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de la mesure de résiliation.

4. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.

5. Pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il incombe au juge du contrat d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général et, eu égard à la nature du contrat en cause, aux droits du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse.

6. Eu égard au cadre juridique applicable au litige tel qu'exposé précédemment, les conclusions de la requête de la société IAC tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a décidé de résilier la convention d'occupation du domaine public qui lui avait été consentie doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles.

Sur les conclusions tendant à la reprise de relations contractuelles :

7. En premier lieu, M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, disposait, en vertu d'un arrêté du 23 mai 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, d'une délégation du préfet de Vaucluse l'habilitant à signer la mesure de résiliation critiquée.

8. En second lieu, il résulte des principes généraux de la domanialité publique que les autorisations d'occupation du domaine public, consenties unilatéralement ou sous la forme d'une convention d'occupation du domaine public, sont délivrées à titre précaire et révocable et que leur titulaire n'a droit ni à leur maintien, ni à leur renouvellement.

9. Aux termes de l'article 1er de la convention d'occupation temporaire du 31 juillet 1998 : " Objet de la convention / La présente autorisation est consentie en vue de la réalisation d'une Maison de l'Etudiant dont les modalités de fonctionnement ont fait l'objet d'une convention technique entre l'Université d'Avignon et des pays de Vaucluse et le bénéficiaire le 28 novembre 1997 (annexe III) ". L'article 13 de la convention d'occupation temporaire du 31 juillet 1998 prévoit que : " L'autorité qui a délivré le présent titre peut, à tout moment et pour les motifs exposés ci-après aux paragraphes b et c, le retirer en totalité ou en partie avant le terme fixé. Le retrait est prononcé par l'autorité qui a délivré le titre. Le titulaire du titre à la date du retrait est informé de celui-ci par pli recommandé avec avis de réception deux mois au moins avant le retrait () c) Retrait pour inexécution des clauses et conditions / La présente autorisation d'occupation du domaine public pourra être révoquée par l'autorité qui a délivré le titre, en cas d'inexécution de l'une quelconque des clauses et conditions générales ou particulières de la présente convention et notamment : - en cas de non-paiement d'un seul terme de la redevance, à son échéance ; - en cas de cession partielle ou totale sans autorisation telle que prévue à l'article 7 b de la présente Convention ; - en cas du non-usage des installations implantées, dans les conditions définies précédemment ; - en cas de cessation de l'usage des mêmes installations ou bien, de cessation partielle de plus d'un tiers de celles-ci, pendant une durée supérieure à douze mois ; - en cas de non-exécution ou de l'exécution seulement partielle des engagements du bénéficiaire tels qu'énoncés dans la présente convention ainsi que dans la convention technique ci-annexée et de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. ". L'article 5-d de la convention technique annexée stipule que : " les activités autorisées sont GAB (), laverie, librairie, papèterie, mutuelles étudiantes, reprographie, restauration, voyagiste, photomaton ". L'article 5-g prévoit que la sélection des exploitants est appréciée selon une liste de critères, parmi lesquels la " conformité de l'activité proposée avec la vocation générale du campus universitaire ". L'article 5-h fixe les conditions d'analyse des candidatures selon ces critères et d'information du président de l'université d'Avignon par un rapport faisant apparaître son analyse objective des candidatures et les choix opérés selon lesdits critères.

10. D'une part, il ressort des stipulations de l'article 13 de la convention liant les parties que la résiliation de la convention pour inexécution des clauses et conditions fixées était uniquement soumis à un délai de préavis de deux mois. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 12 mars 2021, le préfet de Vaucluse a informé la société IAC de sa décision de résilier la convention d'occupation temporaire du 31 juillet avec effet immédiat. Par courrier du 23 mars 2021, le préfet de Vaucluse a retiré cet acte et a informé la société IAC de sa décision de résilier la convention à compter du 23 mai 2021. Si la société IAC soutient que cette dernière décision ne lui aurait été notifiée que le 24 mars 2021, le délai de deux mois devant être observé entre l'information du cocontractant et la prise d'effet de la mesure de résiliation n'a ainsi été réduit que d'un jour. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la société IAC n'aurait pas été en mesure de faire valoir ses observations avant la prise d'effet de la mesure. Dans les circonstances de l'espèce, les irrégularités invoquées tenant à la méconnaissance des délais fixés par l'article 13 de la convention du 31 juillet 1998 et du principe du contradictoire ne sont pas de nature à justifier une reprise des relations contractuelles.

11. D'autre part, pour décider de résilier la convention d'occupation consentie à la société IAC, le préfet de Vaucluse a retenu que cette dernière avait méconnu ses obligations contractuelles en installant un nouvel exploitant sans avoir transmis à l'université un rapport d'analyse des candidatures selon les critères fixés par la convention technique, s'agissant d'une activité non autorisée par cette dernière et en s'abstenant de toute demande de modification des activités autorisées. Si la requérante et les intervenants contestent ces motifs, il résulte de l'instruction que, par courrier du 13 octobre 2020, la société IAC avait informé le président de l'université de " la mise à disposition de l'établissement désormais consacré aux expositions et évènements de créateurs à Mme B et M. A de l'enseigne avignonnaise Les plumes du Paon, membres actifs des Fabricateurs avignonnais ", en précisant que le service de restauration serait assuré et en sollicitant le retrait de la grille séparant ces locaux de l'université. Une telle activité n'entrait dans aucune des catégories d'activités autorisées en application de la convention d'occupation temporaire du 31 juillet 1998 et de la convention technique annexée citées au point 10. En outre, il ne ressort pas des termes de ce courrier qu'il ait entendu solliciter une modification des activités autorisées et il ne résulte pas de l'instruction que la société IAC ait sollicité auparavant une telle modification dans les conditions de l'article 5-e de la convention technique. Il n'est pas davantage démontré que la société IAC aurait transmis au président de l'UAPV, avant de décider de cette mise à disposition, un rapport d'analyse des candidatures selon les critères fixés par la convention technique. Dans ces conditions, le préfet de Vaucluse a donc pu, à bon droit, constater l'inexécution des clauses et conditions de la convention d'occupation et en tirer les conséquences par la mise en œuvre de la mesure de résiliation prévue par l'article 13 c) de ladite convention, sans avoir à rechercher si l'économie générale du projet était remise en cause et sans qu'une telle mesure puisse être qualifiée de sanction déguisée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société IAC n'est pas fondée à contester la validité de la résiliation ni à solliciter la reprise des relations contractuelles.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention volontaire de M. A et Mme B est admise.

Article 2 : La requête de la société immobilière pour l'aménagement des campus est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société IAC et par M. A et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société IAC, à M. A et Mme B, au président de l'université d'Avignon et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

Le greffier,

B. GALLIOT

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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