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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101148

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101148

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBADJI OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2021, Mme A C, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " présentée le 12 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée en l'absence de réponse du préfet à sa demande de communication de motifs ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 et de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, la préfète du Gard conclut au non-lieu à statuer dans la présente instance.

Elle fait valoir qu'il n'y plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors qu'elle a explicitement rejeté sa demande de titre de séjour par un arrêté du 13 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 3 février 1998, a déposée en préfecture du Gard le 12 octobre 2020, une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 13 décembre 2021, la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme C conteste la décision implicite née du silence gardé sur sa demande. Par un arrêté du 22 avril 2021, la préfète du Gard a expressément rejeté sa demande de titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions L. 232-4 du même code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

4. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 12 octobre 2020, doit être regardée comme dirigée contre l'arrêté du 22 avril 2021 par lequel la préfète du Gard a confirmé ce refus. Cette dernière décision dûment motivée s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. () ". Aux termes de l'article 14 de la même convention stipule que : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ".

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne que l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

7. La préfète du Gard a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme C notamment aux motifs que l'intéressée n'a pas poursuivi ses études durant l'année scolaire 2018-2019, qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire national durant la période du 8 octobre 2018 au 25 mai 2021, qu'elle ne dispose pas d'un visa de long séjour lui permettant de poursuivre ses études en France et qu'elle n'apporte pas la preuve de sa réussite. Pour contester les motifs de la décision attaquée, Mme C, qui doit être regardée comme contestant un refus de première demande de titre de séjour en qualité d'étudiant, produit un certificat de scolarité en deuxième année de BTS management des unités commerciales, établi par l'école supérieure de commerce et de gestion pour l'année universitaire 2020-2021, des bulletins de notes pour l'année 2019-2020, mentionnant une moyenne générale de 11,08/20 au premier semestre et de 13/20 au second semestre, une convention de stage ainsi que des attestations d'enseignants mentionnant le sérieux de l'intéressée. Toutefois, de tels éléments produit par Mme C, qui ne justifie, à la date de la décision attaquée, ni disposer d'un visa de long séjour conformément aux stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ni avoir mené à bien sa seconde année de BTS, sont insuffisants pour contester les motifs retenus par la préfète. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette dernière a méconnu les stipulations précitées et entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction sous astreinte et au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F. B

La président de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101148

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