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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101283

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101283

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLARIDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2021 et 1er décembre 2022, l'association Les Spanqués, représentée par Me Garreau, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de la délibération n° 2020-085 du 16 février 2020 du conseil communautaire de la communauté de communes Randon-Margeride (CCRM), modifiant le règlement intérieur du service public d'assainissement non collectif ;

2°) de prononcer l'annulation de la délibération n° 2020-086 du 16 février 2020 du conseil communautaire de la CCRM, fixant la tarification des prestations du service public d'assainissement non collectif ;

3°) d'annuler la décision du 16 février 2021, par laquelle le président de la CCRM a refusé de retirer ces délibérations ;

4°) de mettre à la charge de la CCRM la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération n° 2020-086, fixant à 150 euros hors taxes le prix unitaire d'une prestation de contrôle, n'a pas été précédée par une étude comparative ;

- excédant le coût réel du service rendu, ce tarif présente un caractère excessif ;

- il est fondé sur un budget erroné ;

- la délibération n° 2020-085, ramenant à 7 ans la périodicité des contrôles jusqu'alors fixée à 10 ans, n'est pas motivée en méconnaissance des observations contenues dans un référé adressé le 24 septembre 2018 par le premier président de la Cour des comptes aux ministres intéressés ;

- cette réduction de la périodicité des contrôles poursuit l'objectif d'équilibrer le budget, en lien avec le recrutement d'un nouveau technicien qui ne se consacrera qu'en partie à ces contrôles.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juin et le 19 décembre 2022, la CCRM, représentée par Me Laridan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 600 euros soit mise en la charge de l'association Les Spanqués au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des juridictions financières ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- les observations de Me Garreau, représentant l'association Les Spanqués,

- et les observations Me Ratouit, pour la CCRM.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Les Spanqués conteste les décisions par lesquelles la CCRM a fixé la tarification et la périodicité du contrôle des installations d'assainissement non collectif.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la périodicité des contrôles :

2. Aux termes de l' article L. 2224-12 du code général des collectivités territoriales : " Les communes et les groupements de collectivités territoriales, après avis de la commission consultative des services publics locaux, établissent, pour chaque service d'eau ou d'assainissement dont ils sont responsables, un règlement de service définissant, en fonction des conditions locales, les prestations assurées par le service ainsi que les obligations respectives de l'exploitant, des abonnés, des usagers et des propriétaires. () ". Selon l'article 7 de l'arrêté du 27 avril 2012, qui définit les modalités de l'exécution de la mission de contrôle sur les installations d'assainissement non collectif : " Conformément à l'article L. 2224-12 du code général des collectivités territoriales, la commune précise, dans son règlement de service remis ou adressé à chaque usager, les modalités de mise en œuvre de sa mission de contrôle, notamment : a) La fréquence de contrôle périodique n'excédant pas dix ans ; Cette fréquence peut varier selon le type d'installation, ses conditions d'utilisation et les constatations effectuées par la commune lors du dernier contrôle. Dans le cas des installations présentant un danger pour la santé des personnes ou des risques avérés de pollution de l'environnement, les contrôles peuvent être plus fréquents tant que le danger ou les risques perdurent. Dans le cas des installations nécessitant un entretien plus régulier, notamment celles comportant des éléments électromécaniques, la commune peut décider : - soit de procéder à des contrôles plus réguliers si un examen fréquent des installations est nécessaire pour vérifier la réalisation de l'entretien, des vidanges et l'état des installations ; - soit de ne pas modifier la fréquence de contrôle avec examen des installations mais de demander au propriétaire de lui communiquer régulièrement entre deux contrôles, les documents attestant de la réalisation des opérations d'entretien et des vidanges ; (). ".

3. La délibération attaquée n° 2020-085 ramène à 7 ans la périodicité jusqu'alors fixée à 10 ans, du contrôle des installation existantes. Ni les dispositions précitées de l'article L. 2224-12 du code général des collectivités territoriales, ni aucun autre texte ou principe, n'imposait à la communauté Randon Margeride de motiver cette décision. L'association requérante ne peut utilement se prévaloir des observations, dépourvues de caractère normatif, que le premier président de la Cour des comptes a portées à la connaissance des ministres intéressés le 24 septembre 2018 sur le fondement de l'article R. 243-19 du code des juridictions financières. L'association requérante n'est donc pas fondée à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

4. La circonstance, au demeurant non établie, que plusieurs tarifs ont été évoqués pour des niveaux variables de périodicité des contrôles, au cours de réunions tenues entre le 29 septembre et le 7 décembre 2020, est en elle-même dépourvue d'incidence sur le bien-fondé de la périodicité finalement retenue. N'est pas davantage établie, par un simple compte-rendu dressé par l'association requérante elle-même, la circonstance qu'un technicien du service aurait fait état de ce que la réduction de cette périodicité visait à assurer l'équilibre du budget, dans la perspective du recrutement d'un nouveau technicien.

En ce qui concerne le tarif unitaire :

5. Une redevance pour service rendu doit essentiellement trouver une contrepartie directe dans la prestation fournie par le service ou, le cas échéant, dans l'utilisation d'un ouvrage public et, par conséquent, doit correspondre à la valeur de la prestation ou du service. Si l'objet du paiement que l'administration peut réclamer à ce titre est en principe de couvrir les charges du service public, il n'en résulte pas nécessairement que le montant de la redevance ne puisse excéder le coût de la prestation fournie. Il s'ensuit que le respect de la règle d'équivalence entre le tarif d'une redevance et la valeur de la prestation ou du service peut être assuré non seulement en retenant le prix de revient de ce dernier, mais aussi, en fonction des caractéristiques du service, en tenant compte de la valeur économique de la prestation pour son bénéficiaire. Dans tous les cas, le tarif doit être établi selon des critères objectifs et rationnels, dans le respect du principe d'égalité entre les usagers du service public et des règles de la concurrence.

6. La délibération attaquée n° 2020-086 se rapporte notamment au tarif unitaire applicable au contrôle périodique de bon fonctionnement des installations existantes, qu'elle fixe à 150 euros hors taxes. Pour contester ce tarif, l'association requérante fait valoir que sa détermination n'a pas été précédée par une étude, qu'excédant le coût réel du service rendu il présente un caractère excessif, et qu'il est fondé sur un budget erroné.

7. Toutefois, contrairement à ce qui est soutenu aucun texte ou principe n'imposait à la communauté de communes de réaliser, préalablement à la fixation du tarif litigieux, une étude comparative avec le coût qu'aurait eu le service en gestion déléguée.

8. Ensuite, en admettant que l'association requérante entende se prévaloir, par les chiffres qu'elle mentionne, d'une étude publiée au mois de juin 2017 par le ministère de la transition écologique et solidaire et la fédération nationale des collectivités concédantes et régies, cette étude décrit seulement, dans sa page 8 où sont mentionnés les chiffres en cause, la distribution statistique des tarifs pratiqués par les services qui ont répondu à l'enquête. L'association requérante ne peut donc sérieusement invoquer ces éléments statistiques généraux de tarification pour fonder son analyse du coût réel que supporte, en l'espèce, le service. Elle ne peut utilement se prévaloir des tarifs retenus par d'autres collectivités, comme la communauté de communes du Plateau de Lannemezan ou la communauté de communes Terres d'Apcher, ces éléments étant étrangers au prix de revient ou aux caractéristiques du service en litige.

9. Enfin, si l'association requérante fait valoir que le tarif litigieux procède de prévisions budgétaires insincères, elle ne l'établit pas au moyen d'un simple document établi sur tableur et utilisé à titre de document de travail au cours d'une réunion avec le service.

10. Dans ces conditions, l'association requérante ne fait valoir aucun élément de nature à établir que le tarif litigieux aurait été arrêté en méconnaissance des principes rappelés au point 5.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'association Les Spanqués tendant à l'annulation des délibérations n° 2020-085 et n° 2020-86 du 16 février 2020 du conseil communautaire de la CCRM, ainsi que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 février 2021 du président de la CCRM refusant le retrait de ces délibérations, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de la CCRM.

13. Il n'a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association requérante la somme que la CCRM demande sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de l'association Les Spanqués est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CCRM présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les Spanqués, à la communauté de communes Randon-Margeride et au préfet de la Lozère.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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