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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101310

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101310

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2021 et 12 mai 2022, M. D A C, représenté par Me Lemaire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision intervenue le 28 février 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de régularisation sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour sur ce fondement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que le refus de le régulariser méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il justifie d'un emploi pour lequel son employeur connaît des difficultés de recrutement, et qu'il souhaite résider durablement sur le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2021, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que le moyen soulevé par le requérant est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 1er octobre 1995, est entré en France le 3 octobre 2017 sous couvert d'un visa C, puis a obtenu un titre de séjour en qualité de " travailleur saisonnier " valable du 3 octobre 2017 au 2 octobre 2020. Le 29 octobre 2020, il a sollicité du préfet de Vaucluse son admission exceptionnelle au séjour, qui a été implicitement refusée par la décision du 28 février 2021, dont il demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Et aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

3. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

4. En se bornant à mentionner dans sa demande d'admission exceptionnelle au séjour son parcours professionnel depuis la délivrance d'une carte de séjour " travailleur saisonnier " en 2017, le contrat à durée indéterminée qu'il a signé avec l'EURL Kahveci le 1er janvier 2020 en qualité de " plaquiste ", société qui aurait des difficultés de recrutement mais qui n'a pas pour autant sollicité des autorités compétentes son admission au séjour par le travail, ainsi que sa volonté de s'installer durablement sur le territoire pour y travailler et y vivre à côté de son frère en situation régulière, M. A C, célibataire et sans charge de famille à la date de la décision attaquée, n'a ainsi fait valoir aucune considération humanitaire ou de motif exceptionnel justifiant que le préfet de Vaucluse fasse usage de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de cette autorité ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et à la prefète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

F. B

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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