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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101393

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101393

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRUNEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 juillet 2020 et le 17 mars 2021, sous le n° 2002000, la SCI La Ferme de Bouc, représentée par Me Brunel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2020 du préfet du Gard décidant de la fermeture des installations classées pour la protection de l'environnement qu'elle exploite sur la commune de Potelières ;

2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI La Ferme de Bouc soutient, outre que sa requête est recevable, que :

- l'arrêté attaqué est entaché par l'incompétence matérielle de son auteur, dès lors que le préfet du Gard n'était pas compétent pour intervenir sur des dépôts qui ne constituent ni des décharges illégales, ni des dépôts sauvages ; à supposer que les dépôts en cause puissent être regardés comme constituant un dépôt sauvage, le pouvoir de police appartenait au maire de la commune de Potelières ;

- l'arrêté de mise en demeure du 25 juillet 2017 sur lequel est fondé l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure ; l'arrêté attaqué a ainsi été pris sur le fondement d'un arrêté de mise en demeure irrégulier ;

- le rapport d'inspection de janvier 2020 a été établi par un agent n'ayant pas les qualités requises pour le faire ; l'arrêté de mise en demeure était par conséquent irrégulier ;

- Mme C n'a pas été mise en mesure de formuler ses observations, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 171-7. III du code de l'environnement ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission départementale n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 512-20 du code de l'environnement ;

- l'arrêté attaqué intervient de manière prématurée en l'absence de tout élément susceptible d'établir la réalité d'un quelconque danger au titre des intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement et alors que la procédure de demande d'annulation de l'arrêté de mise en demeure est toujours pendante devant la cour administrative d'appel de Marseille ;

- l'arrêté attaqué est fondé sur le rapport de l'inspecteur des installations classées adopté sur des approximations et sans que des mesures sérieuses ne soient prises s'agissant de la hauteur des dépôts ; rien ne pouvait permettre de conclure que la hauteur et la surface des dépôts observés seraient supérieures aux seuils fixés à l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme ; au contraire, elle a toujours exposé qu'elle entendait étendre ces inertes sur l'ensemble de la surface de sa propriété ; l'arrêté attaqué est fondé sur des faits matériellement inexacts ; les faits rapportés dans le rapport de janvier 2020 sont très largement insuffisants ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que les dépôts constatés ne constituent ni des déchets, ni des décharges illégales ; en qualifiant les remblais constatés par les services de l'Etat de " déchets inertes " et non " d'exhaussements " au sens de l'article R. 421-23 du code de l'environnement, le préfet du Gard a porté une appréciation erronée des faits ;

- l'installation en cause ne répond en tout état de cause pas à la qualification d'installation classée pour la protection de l'environnement, mais à celle d'exhaussements de moins de deux mètres de hauteur relevant des dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, dès lors que les remblais effectués constituent des exhaussements en prévision d'aménagements nécessitant une autorisation d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Gard soutient que les moyens soulevés par la SCI Ferme de Bouc ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête enregistrée le 3 mai 2021 sous le n° 2101393, la SCI La Ferme de Bouc, représentée par Me Brunel, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 du préfet du Gard la rendant redevable d'une astreinte administrative ou, subsidiairement, de réformer l'arrêté précité dans le sens d'une révision de l'astreinte imposée afin que soit pris en considération le fait que la SCI Ferme de Bouc ne saurait supporter seule, l'inaction des entreprises qui ont entreposé les dépôts constatés et ainsi réduire le montant de l'astreinte prononcée ;

2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI La Ferme de Bouc soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché par l'incompétence matérielle de son auteur ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission départementale n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 512-20 du code de l'environnement ;

- l'arrêté de mise en demeure du 25 juillet 2017 et l'arrêté du 4 mars 2020 du préfet du Gard décidant de la fermeture des installations classées sur lesquels sont fondés l'arrêté litigieux sont irréguliers ;

- le rapport d'inspection de janvier 2020 a été établi par un agent n'ayant pas les qualités requises pour le faire ; l'arrêté de mise en demeure était par conséquent irrégulier ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 172-5 du code de l'environnement ; à aucun moment ayant conduit aux constats sur lesquels se fonde l'arrêté querellé il n'est fait état de ce que le Procureur de la République aurait été informé ou que les occupants des domiciles visités ont donné leur assentiment à la visite réalisée ;

- aucun élément ne permet d'établir avec certitude la date d'établissement du rapport produits par les services de l'Etat ; Mme C n'a ainsi pas été mise en mesure de présenter des observations lors de la visite de l'inspecteur ; elle a dû solliciter expressément la transmission du rapport avec les propositions d'arrêtés ; elle a ainsi été privée de la possibilité de présenter ses observations lors d'une visite sur place ;

- les faits sont matériellement inexacts ; les rapports successifs ont toujours semblé prendre pour acquis les faits imprécis et inexacts établis en juin 2017 ;

- les dépôts constatés ne constituent ni des déchets ni une décharge illégale ; en perpétuant la qualification de remblais constatés par les services de l'Etat comme étant des " déchets inertes " et non des " exhaussements " au sens de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme, le préfet a porté une appréciation erronée sur les faits ; les estimations faites par les inspecteurs de l'environnement sont largement contredites par le procès-verbal de constat d'huissier du 6 octobre 2017 tant sur les hauteurs que le volume ou la teneur des dépôts ; à titre subsidiaire, les dépôts constatés ne permettent pas de qualifier l'existence d'une installation classée ;

- l'astreinte prononcée est disproportionnée ;

- le préfet a commis une erreur de droit dès lors que les remblais effectués constituent des exhaussements en prévision d'aménagements nécessitant une autorisation d'urbanisme ;

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée alors qu'il ne l'était pas.

Par un mémoire en défense, enregistré 9 juillet 2021, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Gard soutient que les moyens soulevés par la SCI La Ferme de Bouc ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes visées ci-dessus n° 2002000 et 2101393 sont présentées par la même société requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par un arrêté du 25 juillet 2017, le préfet du Gard a mis en demeure la société civile immobilière (SCI) La Ferme de Bouc de se conformer à la législation des installations classées pour l'exploitation d'une installation de stockage de déchets inertes sur les parcelles cadastrées section B n° 28 et 234 sur le territoire de la commune de Potelières. La légalité de cet arrêté a été confirmé par un jugement n° 1703203 du 15 octobre 2019 du tribunal de céans, confirmé par un arrêt n° 19TL04891 du 14 avril 2022 de la cour administrative d'appel de Toulouse. Par l'arrêté attaqué du 4 mars 2020 dont la SCI requérante demande l'annulation, le préfet du Gard a décidé de la fermeture de ces mêmes installations classées. Par l'arrêté attaqué du 14 décembre 2020 dont la SCI requérante demande l'annulation, ou subsidiairement la réformation, le préfet du Gard l'a rendue redevable d'une astreinte administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation ou de réformation :

En ce qui concerne l'arrêté du 4 mars 2020 :

3. En premier lieu, la SCI requérante excipe de l'illégalité de l'arrêté du 25 juillet 2017 la mettant en demeure de se conformer à la législation des installations classées pour l'exploitation d'une installation de stockage de déchets inertes sur le territoire de la commune de Potelières sur lequel est fondé l'arrêté litigieux. Cependant, par un jugement rendu le 15 octobre 2019 sous le n° 1703203, confirmé par un arrêt n° 19TL04891 du 14 avril 2022 de la cour administrative d'appel de Toulouse, le tribunal de céans a rejeté la requête de la SCI Ferme de Bouc tendant à son annulation et confirmé la légalité de l'arrêté de mise en demeure précité. Par suite, la SCI Ferme de Bouc n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 25 juillet 2017.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement () ou de la déclaration requis en application du présent code () l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an./ () L'autorité administrative peut, en tout hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure./ L'autorité administrative peut, à tout moment, afin de garantir la complète exécution des mesures prises en application des deuxième et troisième alinéas du présent :/ 1° Ordonner le paiement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de ces mesures. L'astreinte est proportionnée à la gravité des manquements constatés et tient compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement ()/ 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites./ II.-S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement () est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 172-1 du code de l'environnement : " I. - Outre les officiers et agents de police judiciaire et les autres agents publics spécialement habilités par le présent code, sont habilités à rechercher et à constater les infractions aux dispositions du présent code et des textes pris pour son application () les fonctionnaires et agents publics affectés dans les services de l'Etat chargés de la mise en œuvre de ces dispositions () / Ces agents reçoivent l'appellation d'inspecteurs de l'environnement. / II. - Pour exercer les missions prévues au I, les inspecteurs de l'environnement reçoivent des attributions réparties en deux catégories : () / 2° Les attributions relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement qui leur donnent compétence pour rechercher et constater les infractions prévues par les titres II, VI et VII du présent livre, le livre II et les titres Ier, II, III, IV, V et VII du livre V du présent code et les textes pris pour leur application. / III. - Les inspecteurs de l'environnement sont commissionnés par l'autorité administrative et assermentés pour rechercher et constater tout ou partie des infractions mentionnées au 1° ou au 2° du II du présent article ".

6. Il résulte de l'instruction que le signataire du rapport d'inspection transmis à l'exploitant par courrier du 17 janvier 2020, M. E F, inspecteur de l'environnement, était commissionné avec les attributions relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement pour rechercher et constater les infractions mentionnées au 2° du II de l'article L. 172-1 du code de l'environnement par arrêté du 28 février 2018 du ministre de la transition écologique et solidaire. En outre, l'inspecteur a prêté serment le 17 mai 2018 devant le tribunal de grande instance de Nîmes. Il y a lieu, dès lors, d'écarter le moyen tiré de ce que ce rapport d'inspection serait entaché d'incompétence de son signataire.

7. En troisième lieu, la contestation juridictionnelle de l'arrêté de mise en demeure du 25 juillet 2017, qui précède et fonde l'arrêté attaqué du 4 mars 2020 dans la présente instance, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet puisse décider la fermeture en cause en application des dispositions de l'article L. 171-7 précité, dès lors que la procédure devant le Tribunal de céans puis devant la cour administrative d'appel de Toulouse n'avait pas d'effet suspensif.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " () III. -Sauf en cas d'urgence, et à l'exception de la décision prévue au premier alinéa du I du présent article, les mesures mentionnées au présent article sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. " Aux termes de l'article L. 171-6 du code de l'environnement : " Lorsqu'un agent chargé du contrôle établit à l'adresse de l'autorité administrative compétente un rapport faisant état de faits contraires aux prescriptions applicables, en vertu du présent code, à une installation, un ouvrage, des travaux, un aménagement, une opération, un objet, un dispositif ou une activité, il en remet une copie à l'intéressé qui peut faire part de ses observations à l'autorité administrative. ". Et aux termes de l'article L. 514-5 du même code : " L'exploitant est informé par l'inspecteur des installations classées des suites du contrôle. L'inspecteur des installations classées transmet son rapport de contrôle au préfet et en fait copie simultanément à l'exploitant. Celui-ci peut faire part au préfet de ses observations. ".

9. D'une part, ainsi que l'a jugé la cour administrative d'appel de Toulouse, il résulte de l'instruction que l'administration a adressé à la société requérante, par courrier recommandé avec accusé de réception du 9 juin 2017, une copie du rapport du 7 juin 2017 de l'inspecteur des installations classées établi à la suite de la visite d'inspection inopinée effectuée le 31 mai 2017 en l'invitant à présenter ses observations dans un délai de huit jours. Ce rapport informait la société des manquements qui lui étaient reprochés, des moyens d'y remédier et proposait au préfet du Gard de lui adresser une mise en demeure de respecter ses obligations découlant de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Enfin, la société a effectivement pu présenter ses observations écrites contestant les conclusions du rapport le 17 juin 2017, avant l'intervention de la mise en demeure du 25 juillet 2017, le rapport du 10 juillet 2017 constituant une analyse des observations faites par la société requérante.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction que devant l'inaction de la société requérante à la suite de l'arrêté de mise en demeure précité, l'administration lui a adressé par courrier recommandé avec accusé de réception du 9 juin 2017, une copie du rapport d'inspection daté par erreur du 8 janvier 2019, et qu'elle a rectifié cette erreur matérielle le 22 janvier 2020 par une nouvelle transmission, la date exacte et effective du rapport étant le 8 janvier 2020, en l'invitant à présenter ses observations dans un délai de huit jours. Ce rapport concluait au non-respect de la mise en demeure adressée à la requérante en juillet 2017 et proposait au préfet du Gard la fermeture administrative prévoyant une remise en état du site. Enfin, la société a effectivement pu présenter ses observations écrites contestant les conclusions du rapport le 27 janvier 2020, et ses observations orales lors d'une entrevue organisée dans les locaux de la sous-préfecture d'Alès le 28 février 2020, antérieurement à l'arrêté du 4 mars 2020 litigieux. Dans ces conditions, la SCI La Ferme de Bouc n'ayant été privée d'aucune garantie, les moyens tirés de l'atteinte au caractère contradictoire de la procédure et du vice de procédure doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 512-20 du code de l'environnement : " En vue de protéger les intérêts visés à l'article L. 511-1, le préfet peut prescrire la réalisation des évaluations et la mise en œuvre des remèdes que rendent nécessaires soit les conséquences d'un accident ou incident survenu dans l'installation, soit les conséquences entraînées par l'inobservation des conditions imposées en application du présent titre, soit tout autre danger ou inconvénient portant ou menaçant de porter atteinte aux intérêts précités. Ces mesures sont prescrites par des arrêtés pris, sauf cas d'urgence, après avis de la commission départementale consultative compétente. ".

12. Si la SCI requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission départementale n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 512-20 du code de l'environnement précitées, il ressort de l'examen de l'arrêté de fermeture attaqué que le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 171-7 du même code. Par suite, le préfet n'était pas tenu de consulter la commission départementale consultative compétente et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () f) A moins qu'ils ne soient nécessaires à l'exécution d'un permis de construire, les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés ; () ".

14. D'une part, si la requérante soutient que les dépôts situés sur les parcelles cadastrées section B n° 28 et n° 234 ne relèvent pas du régime des installations classées mais qu'ils relèvent des dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme et concernent des exhaussements de moins de deux mètres de hauteur, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante se soit vu délivrer un permis de construire sur ces parcelles.

15. D'autre part, les pièces produites par la société requérante ne permettent pas de remettre sérieusement en cause les constations effectuées par l'inspection des installations classées le 8 janvier 2020, rappelant l'arrêté préfectoral de mise en demeure du 25 juillet 2017, lui-même fondé sur les constatations effectuées par l'inspection des installations classées le 30 mai 2017, selon lesquelles les zones de dépôts sont constituées par une bande de cent-trente-cinq mètres de long et de quinze à vingt mètres de large en rive droite du ruisseau, ainsi que par une bande de largeur variable de quinze à trente-cinq mètres et d'une longueur de cent-quatre-vingt mètres en bordure du chemin de Régnery, cette dernière bande étant composée en partie Ouest de tas de déchets non nivelés et en partie Est de plateformes où la hauteur des déchets atteint respectivement quatre et six mètres, soit un volume de déchets de 13 000 m3 sur une superficie de 6 200 m². L'inspecteur des installations classées relève dans son rapport du 8 janvier 2020 qu'aucun dossier de régularisation n'a été déposé en sous-préfecture d'Alès et qu'aucun nouvel élément n'a été apporté par la SCI La Ferme de Bouc pour une perspective de remise en état du site conformément aux règles techniques en vigueur en matière d'élimination et de valorisation de déchets inertes, et de l'existence de dépôt illégal. Il conclut ainsi au non-respect des prescriptions de l'arrêté de mise en demeure du 25 juillet 2017 avant de proposer de prendre un arrêté de fermeture administrative du site.

16. Il résulte de ce qui précède, alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que les remblais en cause sont d'une hauteur supérieure à deux mètres et d'une surface supérieure à 100 m², que la requérante n'est ni fondée à se prévaloir d'une erreur de fait, ni d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme.

17. En septième lieu, aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement : "Au sens du présent chapitre, on entend par : Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ; () Détenteur de déchets : producteur des déchets ou toute autre personne qui se trouve en possession des déchets ; () ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. () ".

18. Les remblais en litige, qui sont composés de terre, de pierres, tuiles et débris de béton issus de travaux publics d'excavation réalisés sur la voirie à Saint Ambroix en 2017, doivent être regardés comme constituant des déchets au sens des dispositions précitées, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la société requérante n'exerce aucune activité d'exploitation de déchets. Il s'ensuit que les moyens soulevés à cet égard, tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation, doivent être écartés.

19. En huitième et dernier lieu, la société requérante soutient que le sous-préfet d'Alès ne disposait pas de la compétence matérielle pour signer l'arrêté attaqué, dès lors que les dépôts en litige ne pouvaient pas être regardés comme des déchets permettant au préfet d'user de son pouvoir en application de la législation sur les installations classées pour l'environnement, mais seulement comme des dépôts sauvages pour lesquels seul le maire peut user de son pouvoir de police. Toutefois, ainsi qu'il a été dit par la cour administrative d'appel de Toulouse dans l'arrêt n° 19TL04891 du 14 avril 2022, cette question constitue une question de fond sans incidence dès lors que l'arrêté en litige a bien été édicté dans le cadre des pouvoirs de police administrative spéciale dont dispose le préfet en application de l'article L. 171-7 du code de l'environnement. A cet égard et au demeurant, M. B D, sous-préfet d'Alès disposait, par arrêté n° 30-2020-01-22-001 en date du 22 janvier 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs n°30-2020-009 de la préfecture du Gard, d'une délégation du préfet du Gard à l'effet de signer " en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement () 3/ les arrêtés de prescription, de mise en demeure et de prorogation de délai". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCI La Ferme de Bouc n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2020 attaqué.

En ce qui concerne l'arrêté du 14 décembre 2020 :

21. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence matérielle de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 512-20 du code de l'environnement, de l'illégalité de l'arrêté de mise en demeure du 25 juillet 2017, de l'incompétence des inspecteurs de l'environnement, de la méconnaissance des articles L. 171-7 et L. 171-8 du code de l'environnement, de l'inexactitude matérielle des faits, de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'environnement, et de l'inexistence d'une installation classée pour la protection de l'environnement doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés aux points 3 à 19.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 172-5 du code de l'environnement : " Les fonctionnaires et agents mentionnés à l'article L. 172-4 recherchent et constatent les infractions prévues par le présent code en quelque lieu qu'elles soient commises. Toutefois, ils sont tenus d'informer le procureur de la République, qui peut s'y opposer, avant d'accéder : 1° Aux établissements, locaux professionnels et installations dans lesquels sont réalisées des activités de production, de fabrication, de transformation, d'utilisation, de conditionnement, de stockage, de dépôt, de transport ou de commercialisation () ".

23. La circonstance invoquée, à la supposer établie, tirée de ce que le procureur de la République n'a pas été rendu destinataire de l'information prévue par les dispositions précitées, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que cette mesure est indépendante des poursuites pénales qui peuvent être exercées en cas de méconnaissance des dispositions du code de l'environnement.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 172-8 du code de l'environnement : " Les fonctionnaires et agents mentionnés à l'article L. 172-4 peuvent recueillir, sur convocation ou sur place, les déclarations de toute personne susceptible d'apporter des éléments utiles à leurs constatations. Ils en dressent procès-verbal. Les personnes entendues procèdent elles-mêmes à sa lecture, peuvent y faire consigner leurs observations et y apposent leur signature. Si elles déclarent ne pas pouvoir lire, lecture leur en est faite par l'agent préalablement à la signature. En cas de refus de signer le procès-verbal, mention en est faite sur celui-ci. / Conformément à l'article 28 du code de procédure pénale, l'article 61-1 du même code est applicable lorsqu'il est procédé à l'audition d'une personne à l'égard de laquelle il existe des raisons plausibles de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de commettre une infraction. Le fait, sans motif légitime, de ne pas déférer à la convocation à l'audition est constitutif de l'infraction d'obstacle aux fonctions prévue à l'article L. 173-4 du présent code. ". La SCI La Ferme de Bouc ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 172-8 du code de l'environnement relatives aux modalités de recherches d'infractions relevant du droit pénal. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

25. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine ()/ II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure (), l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes :/ 1° Obliger la personne mise en demeure à consigner entre les mains d'un comptable public avant une date déterminée par l'autorité administrative une somme correspondant au montant des travaux ou opérations à réaliser./ () 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. Les sommes consignées en application du 1° du présent II sont utilisées pour régler les dépenses ainsi engagées ;/ 3° Suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages () ou l'exercice des activités jusqu'à l'exécution complète des conditions imposées et prendre les mesures conservatoires nécessaires, aux frais de la personne mise en demeure ;/ 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 € () et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée ()/ Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement () ".

26. Il résulte de l'instruction que la SCI La Ferme de Bouc a été mise en demeure par l'arrêté du 25 juillet 2017, soit de déposer en sous-préfecture un dossier de demande d'enregistrement conforme aux articles R. 512-46-1 à R. 512-46-7 du code de l'environnement dans un délai de trois mois, soit de procéder à la remise en état du site par enlèvement de tous les déchets déposés dans un délai de six mois. Compte tenu de l'inaction de la société requérante, une nouvelle inspection a été réalisée le 8 janvier 2020 et le rapport établi par l'inspecteur faisant suite à cette inspection a conclu au non-respect de cette mise en demeure et proposé au préfet une fermeture administrative prévoyant la remise en état du site. Or, d'une part, il résulte de l'instruction que le volume de déchets stockés est de l'ordre de 13 000 m3 sur une superficie de 6 200 m² sur un bassin versant et à proximité d'un ruisseau et qu'ainsi, ces déchets constitués notamment de terre, pierres, tuiles, béton, enrobés bitumineux, bois sous différentes formes, tuyaux plastiques, ferrailles, ont un réel impact sur la nature, la ressource en eau et la biodiversité, constituant une atteinte à l'environnement. D'autre part, l'astreinte prononcée à l'encontre de la SCI La Ferme de Bouc se limite à 10 euros par jour à compter de la date de notification de l'arrêté litigieux jusqu'au 31 décembre 2020, puis 20 euros par jour pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2021, puis 40 euros par jour pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2022, puis 80 euros par jour pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2023, puis 160 euros par jour à compter du 1er janvier 2024 et pour toutes les années suivantes. Elle est ainsi substantiellement en deçà de l'astreinte journalière maximale prévue au 4° de l'article L. 171-8 du code de l'environnement. Dans ces conditions, la SCI requérante n'est pas fondée à soutenir que le montant de l'astreinte infligée présente un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 171-8 du code de l'environnement doit être écarté.

27. En cinquième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que le préfet a procédé à un examen complet et circonstancié de la situation de la SCI La Ferme de Bouc au regard des atteintes aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement. Par suite, la SCI requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet se serait cru en situation de compétence liée.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SCI La Ferme de Bouc tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2020, ou subsidiairement à sa réformation, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SCI La Ferme de Bouc, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCI La Ferme de Bouc sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Ferme de Bouc et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

K. A

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2002000

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