mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2101460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DOUX |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête enregistrée le 15 février 2021 sous le n° 2100577, M. B C, représenté par Me Doux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 décembre 2020, par lequel le maire du Beaucet s'est opposé à la déclaration préalable qu'il a déposée en vue de la construction de deux appentis, d'un abri et d'une terrasse suspendue sur un terrain situé chemin de la Rouyère, Fayrade au Beaucet ;
2°) d'enjoindre au maire du Beaucet de prendre, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, une décision de non-opposition à sa déclaration préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Beaucet, une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas intervenu dans les délais impartis par les dispositions de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme ;
- c'est à tort que le maire s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa demande relève du régime du permis de construire ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation ;
- c'est à tort que le maire a considéré que le projet méconnaissait les dispositions de l'article T4.1.2 du plan local d'urbanisme du Beaucet ;
- le motif fondé sur un prétendu mitage de l'espace agricole est entaché d'erreur de fait et de droit ;
- si le service instructeur estimait que son dossier était incomplet, il lui appartenait de solliciter la production des pièces éventuellement manquantes.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 et 21 juin 2021 et le 7 novembre 2022, la commune du Beaucet, représentée par Me Hequet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'y plus lieu de statuer sur la requête de M. C ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Un courrier du 7 octobre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Par ordonnance du 24 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
II°) Par une requête enregistrée le 5 mai 2021 sous le n° 2101460, M. B C, représenté par Me Doux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 mars 2021, par lequel le maire du Beaucet a procédé au retrait de la décision de non opposition dont il est devenu titulaire suite à la déclaration préalable qu'il a déposée en vue de la construction de deux appentis, d'un abri et d'une terrasse suspendue sur un terrain situé chemin de la Rouère, Fayrade au Beaucet ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Beaucet, une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché de vices de procédure dès lors qu'il est intervenu au-delà du délai de trois mois imparti par les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et que le délai de cinq jours qui lui a été laissé pour présenter ses observations était trop court en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- c'est à tort que le maire s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa demande relève du régime du permis de construire ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation ;
- c'est à tort que le maire a considéré que le projet méconnaissait les dispositions de l'article T4.1.2 du plan local d'urbanisme du Beaucet ;
- le motif fondé sur un prétendu mitage de l'espace agricole est entaché d'erreur de fait et de droit ;
- si le service instructeur estimait que son dossier était incomplet, il lui appartenait de solliciter la production des pièces éventuellement manquantes.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2022, la commune du Beaucet, représentée par Me Hequet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Un courrier du 14 mars 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Par ordonnance du 28 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune du Beaucet ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ruiz,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Aubely, représentant M. C.
Deux notes en délibéré présentées pour la commune du Beaucet ont été enregistrées le 12 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 septembre 2020, le maire du Beaucet a établi un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. C en raison de l'implantation de constructions, dont un cabanon en bois, sur des parcelles cadastrées section A nos 377, 378 et 379, situées en zone agricole et en zone naturelle du plan local d'urbanisme de la commune, et identifiées par le plan de prévention des risques d'incendie des Monts de Vaucluse comme étant soumises à un aléa fort de risque d'incendie. Le 17 novembre 2020, M. C a déposé un dossier de déclaration préalable en vue de régulariser la construction de deux appentis, d'un abri et d'une terrasse suspendue sur l'ensemble de ces trois parcelles. Par arrêté du 15 décembre 2020, notifié le 19 décembre suivant, le maire du Beaucet s'est opposé à cette déclaration préalable. Estimant toutefois qu'une décision tacite de non-opposition était née le 17 décembre 2020 avant l'intervention de cette notification, cette même autorité a, par arrêté du 15 mars 2021, procédé au retrait de cette décision tacite de non-opposition pour s'opposer à cette déclaration préalable. Par la requête enregistrée sous le n° 2100577, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2020. Par la requête enregistrée sous le n° 2101460, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mars 2021.
2. Les requêtes n° 2100577 et n° 2101460 de M. A présentent à juger des questions semblables et portent sur un même projet de construction. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. La commune du Beaucet fait valoir que la requête enregistrée sous le n° 2100577 et dirigée contre l'arrêté du 15 décembre 2020 a perdu son objet dès lors que l'arrêté du 15 mars 2021 aurait procédé à son retrait. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 15 mars 2021 que le maire du Beaucet a procédé seulement au retrait de la décision tacite de non-opposition née le 17 décembre 2020 et non au retrait de l'arrêté du 15 décembre 2020. L'arrêté du 15 mars 2021, dont l'annulation est également demandée dans la présente instance, vient confirmer l'arrêté d'opposition du 15 décembre 2020 et n'a pu avoir pour effet ou pour objet de procéder à son retrait. Il s'en déduit qu'il ne saurait être fait droit à la demande d'exception de non-lieu à statuer opposée en défense.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Le premier alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dispose que : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ".
5. L'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". L'article L. 121-2 de ce code prévoit que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Selon l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent () une décision créatrice de droits () ".
En ce qui concerne l'arrêté du 15 décembre 2020 :
6. La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite et en principe, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision de non-opposition que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
7. M. C a déposé un dossier de déclaration préalable le 17 novembre 2020. En l'absence de demande de pièces complémentaires, il appartenait au maire du Beaucet, s'il entendait s'y opposer, de lui notifier une décision d'opposition dans le délai d'un mois, soit avant le 17 décembre 2020 à minuit. Il ressort de pièces du dossier que si l'arrêté par lequel le maire s'est opposé à cette déclaration préalable est bien daté du 15 décembre 2020, il n'a été notifié que le 19 décembre suivant de sorte qu'une décision tacite de non-opposition était déjà née. Par l'arrêté du 15 décembre 2020, le maire du Beaucet doit être regardé comme ayant procédé au retrait de la décision de non opposition née tacitement. Faute de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées, l'arrêté du 15 décembre 2020 a été pris à la suite d'une procédure irrégulière et doit par conséquent être annulé. M. C est dès lors fondé à en demander l'annulation.
En ce qui concerne l'arrêté du 15 mars 2021 :
S'agissant de la légalité externe :
8. En premier lieu, en vertu des dispositions citées au point 4, l'autorité compétente ne peut rapporter une décision de non-opposition à une déclaration préalable que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire de la décision de non-opposition avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle cette décision est intervenue. En cas de notification d'une telle décision de retrait par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, la réception de ce courrier par son destinataire doit être regardée comme intervenant à la date à laquelle le pli qui contient cette décision a été présenté pour la première fois à son adresse.
9. Il n'est pas contesté que la lettre recommandée avec demande d'accusé de réception contenant une ampliation de l'arrêté du maire du Beaucet du 15 mars 2021 a été présentée par le service des postes, à l'adresse indiquée par l'intéressé, le 16 mars 2021 et qu'en l'absence du destinataire, le préposé a laissé sur place, à son intention, un avis de mise en instance. Cette présentation est intervenue dans le délai de trois mois imparti par les dispositions citées au point 4. La circonstance que le destinataire du pli se soit présenté au bureau de poste pour le retirer le 19 mars, c'est-à-dire dans le délai de quinze jours qui lui était imparti pour ce faire, a eu seulement pour effet de retarder jusqu'à cette date le point de départ du délai de recours contentieux contre l'arrêté du 15 mars 2021.
10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de procéder au retrait de la décision tacite d'opposition dont M. C était titulaire, le maire du Beaucet a adressé un courrier du 2 mars 2021, dont l'intéressé a accusé réception le 4 mars suivant, l'informant de son intention de procéder au retrait de la décision de non-opposition et de ce qu'il disposait d'un délai de cinq jours pour présenter ses observations. Alors que l'arrêté de retrait est intervenu le 15 mars 2021, soit bien après à l'expiration du délai de cinq jours imparti et alors que le requérant n'établit ni n'allègue n'avoir pas pu présenter ses observations dans ce délai de neuf jours, il n'est pas fondé à soutenir que le délai de cinq jours qui lui était imparti a été insuffisant. Par suite, le vice de procédure allégué doit être écarté.
S'agissant de la légalité interne :
11. En vertu des dispositions citées au point 4, la décision de non-opposition à déclaration préalable ne peut être retirée dans le délai de trois mois que si elle illégale.
12. En premier lieu, l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ".
13. Pour considérer que la décision de non-opposition obtenue tacitement par M. C était illégale, le maire du Beaucet s'est fondé sur la circonstance que les pièces du dossier ne permettaient pas " une instruction rationnelle et conforme du projet objet de la demande ". Dans le cadre de ses écritures en défense, la commune précise que le plan de masse ne comportait aucune représentation dans les trois dimensions et que les côtes étaient manquantes ou défaillantes. Contrairement, à ce que soutient la commune, il lui appartenait de demander au pétitionnaire d'apporter ces informations qu'elle estimait insuffisantes. Faute d'une telle demande, la commune ne pouvait opposer au pétitionnaire le caractère incomplet du dossier de déclaration préalable déposée par le pétitionnaire. M. C est dès lors fondé à soutenir que ce motif est entaché d'illégalité.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme : " En dehors du périmètre des sites patrimoniaux remarquables, des abords des monuments historiques et des sites classés ou en instance de classement, les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable, à l'exception des cas mentionnés à la sous-section 2 ci-dessus : / a) Les constructions dont soit l'emprise au sol, soit la surface de plancher est supérieure à cinq mètres carrés et répondant aux critères cumulatifs suivants : / - une hauteur au-dessus du sol inférieure ou égale à douze mètres ; / - une emprise au sol inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; / - une surface de plancher inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; [] ".
15. La commune du Beaucet s'est également fondée sur la circonstance que les travaux pour lesquels M. C sollicitait une autorisation d'urbanisme relevaient du régime du permis de construire et ne pouvaient être autorisés dans le cadre d'une simple déclaration préalable. Il ressort des pièces du dossier que le projet de M. C se composait d'un premier appentis de 6,25 m², d'un second appentis de 14 m², d'un local avec auvent de 18 m² et d'une terrasse suspendue de 7,7 m². Eu égard aux surfaces d'emprise au sol déclarées, si aucune des constructions, prise individuellement, ne relevait du régime du permis de construire, elles relevaient dans leur ensemble de ce régime, dès lors que le pétitionnaire a sollicité leur régularisation au sein d'une seule et même autorisation qui excédait le maximum d'emprise au sol autorisé. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire du Beaucet a opposé un tel motif pour fonder sa décision de retrait de la décision de non-opposition.
16. En troisième lieu, l'article T4.1.2. du règlement du plan local d'urbanisme du Beaucet dispose que : " Les exploitations agricoles et forestières, les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole (hangar, hébergement de l'exploitant, hébergement agrotouristique, installations classées pour la protection de l'environnement, etc.) et celles nécessaires au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime sont autorisées en secteurs Ab3, Atb3, Ar, Nb3 et Nr dans le respect des prescriptions du PPRif et dans le respect des prescriptions de l'Atlas des Zones Inondables (cf. article T1.5.3.) pour les parcelles situées dans le lit du Barbara défini à l'AZI. Les exploitations agricoles et forestières sont interdites en zones et secteurs Ncr, Ntr, Nhb3 et Nhr. "
17. M. C soutient que son activité d'apiculteur suppose l'utilisation de matériel qui doit être stocké sur place ou à proximité immédiate, tels notamment que les hausses de ruches, le matériel d'extraction, et la cuve de décantation. Néanmoins, il ne justifie pas de la nécessité de construire autant de locaux de stockage pour une exploitation de si petite envergure composée d'une vingtaine de ruches. Ainsi, et malgré la taille modeste des locaux en cause, c'est sans erreur d'appréciation que le maire du Beaucet a pu considérer que ces constructions ne pouvaient être autorisées dans ce secteur.
18. En quatrième lieu, le maire du Beaucet s'est également fondé pour considérer que la déclaration préalable dont il était saisi ne pouvait faire l'objet d'une décision de non-opposition, sur la circonstance que l'espacement de près de quarante mètres entre les différentes constructions envisagées constituait un mitage de la zone agricole dans laquelle elles se trouvaient. En l'absence de dispositions du règlement de plan local d'urbanisme fixant une distance minimale à respecter, le maire du Beaucet ne pouvait légalement se fonder sur un tel motif.
19. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés à certains risques naturels et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux déclarations préalables à la réalisation de travaux, sans que l'autorité administrative soit tenue de les reprendre dans une décision de non-opposition. L'autorité compétente pour s'opposer à la déclaration préalable peut aussi, si elle estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel la déclaration préalable est déposée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, que les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique le justifient, s'opposer, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une déclaration préalable, alors même que le plan n'aurait pas classé le terrain d'assiette du projet en zone à risques ni prévu de prescriptions particulières qui lui soient applicables.
20. En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
21. Pour considérer que la décision de non-opposition en litige était illégale, le maire du Beaucet s'est fondé sur l'absence de défense extérieure contre l'incendie à proximité du projet. Il ne ressort toutefois pas des termes de l'arrêté qu'un quelconque risque ait été identifié s'agissant de locaux dédiés au stockage de ruches. Si la commune soutient en défense que le règlement du PPRIF des Monts de Vaucluse interdit toute construction, il ressort au contraire des extraits qu'elle cite que les locaux à vocation agricole sont admis dans ce secteur. Dans ces conditions, ni l'atteinte à la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ni la méconnaissance du règlement du PPRIF des Monts de Vaucluse, à regarder la commune comme ayant entendu invoquer une substitution de motif, ne ressortent du dossier.
22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le motif tiré de ce que le projet relève du régime du permis de construire et le motif tiré de la méconnaissance de l'article T4.1.2. du règlement du plan local d'urbanisme du Beaucet sont de nature à eux-seuls à justifier l'illégalité de la décision de non opposition du 17 décembre 2020 et partant, le retrait de cette décision de non-opposition. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 15 mars 2021 procédant à son retrait ne peuvent qu'être rejetées.
23. Il s'ensuit que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. L'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". L'article L. 911-2 du même code prévoit que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
25. Eu égard au motif retenu par le présent jugement, son exécution n'implique aucune mesure particulière.
Sur les frais liés au litige :
26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 décembre 2020 du maire du Beaucet est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2100577 et la requête enregistrée sous le n° 2101460 sont rejetés.
Article 3 : Les conclusions de la commune du Beaucet présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune du Beaucet.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Antolini, président,
Mme Ruiz, première conseillère,
M. Lagarde, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
I. RUIZ
Le président,
J. ANTOLINI
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2100577, 2101460
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026