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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101568

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101568

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMETAYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2021 et le 20 juin 2022, l'organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC) Marie Rivier demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le département de Vaucluse a décidé d'émettre à son encontre un titre exécutoire d'un montant de 30 154,83 euros au titre du reversement partiel de la subvention de 47 552 euros qui lui avait été accordée le 30 septembre 2016, ainsi que la décision du 4 mars 2021 par laquelle le département de Vaucluse a rejeté son recours gracieux formé le 8 janvier 2021 ;

2°) d'annuler le titre exécutoire en cause, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante, et d'enjoindre à l'administration de rembourser la somme versée, augmentée des intérêts de droit.

L'OGEC Marie Rivier soutient que :

- conformément à l'article 4 de la convention qu'elle a conclue le 15 octobre 2016 avec le département de Vaucluse et à la décision de ce dernier de reporter à titre exceptionnel la date limite de production des pièces justificatives au 31 octobre 2018, les trois factures acquittées en litige ont été produites le 22 octobre 2018 ;

- dès lors qu'aucune règle n'interdit au département d'allouer une subvention à un projet en cours de réalisation, le département de Vaucluse n'est pas fondé à rejeter des factures acquittées au motif que ces factures portent sur des travaux réalisés antérieurement à la date de la délibération accordant la subvention en cause.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 avril et 11 juillet 2022, le département de Vaucluse, représenté par Me Métayer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le département de Vaucluse fait valoir que les moyens de la requête sont inopérants ou infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'éducation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aymard,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- et les observations de Me Metayer représentant le département de Vaucluse.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier reçu le 16 février 2016, l'organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC) Marie Rivier a sollicité du département de Vaucluse une subvention d'investissement de 47 552 euros au titre du projet d'aménagement d'un atelier de vente logistique destiné aux élèves de la section d'enseignement général et professionnel adapté du collège Marie Vivier à Sorgues, ce collège étant un établissement d'enseignement privé sous contrat avec l'État. Par une délibération du 30 septembre 2016, le département de Vaucluse a accordé à l'OGEC Marie Rivier la subvention demandée. Le 15 octobre 2016, le département de Vaucluse et l'OGEC Marie Rivier ont signé une convention fixant les modalités de cette subvention. Après avoir versé en deux temps la totalité de cette subvention, le département de Vaucluse a toutefois considéré, au terme de l'instruction des pièces justificatives fournies, que seules trois factures d'un montant total de 21 746,46 euros étaient éligibles au bénéfice de la subvention, et a ainsi informé l'OGEC Marie Rivier, par un courrier en date du 17 décembre 2020, de sa décision d'émettre à son encontre un titre exécutoire d'un montant de 30 154,83 euros au titre du reversement partiel de la subvention en cause. Le recours gracieux formé le 8 janvier 2021 contre cette décision a été rejeté par une décision du département en date du 4 mars 2021. L'OGEC Marie Rivier demande au tribunal d'annuler la décision précitée du 17 décembre 2020, le titre exécutoire d'un montant de 30 154,83 euros émis à son encontre, ainsi que la décision du 4 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur le cadre applicable au litige :

2. Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Constituent des subventions, au sens de la présente loi, les contributions facultatives de toute nature, valorisées dans l'acte d'attribution, décidées par les autorités administratives et les organismes chargés de la gestion d'un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt général et destinées à la réalisation d'une action ou d'un projet d'investissement, à la contribution au développement d'activités ou au financement global de l'activité de l'organisme de droit privé bénéficiaire. Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ".

3. Aux termes de l'article 10 de cette même loi : " (). / L'autorité administrative ou l'organisme chargé de la gestion d'un service public industriel et commercial mentionné au premier alinéa de l'article 9-1 qui attribue une subvention doit, lorsque cette subvention dépasse un seuil défini par décret, conclure une convention avec l'organisme de droit privé qui en bénéficie, définissant l'objet, le montant, les modalités de versement et les conditions d'utilisation de la subvention attribuée. Cette disposition ne s'applique pas aux organismes qui bénéficient de subventions pour l'amélioration, la construction, l'acquisition et l'amélioration des logements locatifs sociaux prévues au livre III du code de la construction et de l'habitation ". En vertu de l'article 1er du décret du 6 juin 2001 pris pour l'application de l'article 10 de la loi du 12 avril 2000 et relatif à la transparence financière des aides octroyées par les personnes publiques, l'obligation de conclure une convention s'applique aux subventions dont le montant annuel dépasse la somme de 23 000 euros.

4. Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire. De tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.

5. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs à une subvention, qu'ils aient en particulier pour objet la décision même de l'octroyer, quelle qu'en soit la forme, les conditions mises à son octroi par cette décision ou par la convention conclue en application des dispositions précitées de la loi du 12 avril 2000, ou encore les décisions de la personne publique auxquelles elle est susceptible de donner lieu, notamment les décisions par lesquelles la personne publique modifie le montant ou les conditions d'octroi de la subvention, cesse de la verser ou demande le remboursement des sommes déjà versées, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir, par le bénéficiaire de la subvention ou par des tiers qui disposent d'un intérêt leur donnant qualité à agir. Un tel recours pour excès de pouvoir peut être assorti d'une demande de suspension de la décision litigieuse, présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions des 17 décembre 2020 et 4 mars 2021 :

6. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'éducation : " Les établissements d'enseignement général du second degré privés peuvent obtenir des communes, des départements, des régions ou de l'Etat des locaux et une subvention, sans que cette subvention puisse excéder le dixième des dépenses annuelles de l'établissement. Le conseil académique de l'éducation nationale donne son avis préalable sur l'opportunité de ces subventions. ".

7. Par la délibération n° 2016-605 en date du 30 septembre 2016, le département de Vaucluse a décidé d'accorder à l'OGEC Marie Rivier une subvention d'investissement de 47 552 euros au titre du projet d'aménagement d'un atelier de vente logistique destiné aux élèves de la section d'enseignement général et professionnel adapté du collège Marie Vivier à Sorgues. Aux termes de l'article 1er de la convention conclue le 15 octobre 2016, dans le cadre de cette délibération, entre le département de Vaucluse et l'OGEC Marie Rivier : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 151-4 du Code de l'Education (Loi du 15 mars 1850 dite " Loi Falloux "), le montant de la subvention d'investissement sera inférieur ou égal à 10% des dépenses annuelles de fonctionnement de l'organisme bénéficiaire, déduction faite des fonds publics qui lui sont versés par l'Etat et les collectivités au titre du contrat d'association. / L'aide accordée n'excèdera pas 80% de la dépense subventionnable éligible - toutes taxes comprises - dans la limite du plafond autorisé par la loi Falloux. / Compte tenu des exigences énoncées ci-dessus, le Département de Vaucluse attribue à l'organisme bénéficiaire () une subvention d'investissement d'un montant de 47 552 € affectée à la réalisation de travaux de sécurité et de mise en conformité des locaux ". Aux termes de l'article 2 de cette convention : " Modalités de versement de la subvention / - un acompte de 50% du montant de la subvention alloué sera versé à la signature de la présente convention / - le solde de la subvention interviendra sur présentation des justificatifs de paiement (factures acquittées) correspondant au montant total des travaux réalisés. / () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nature des justificatifs et délai de production : / Les justificatifs de paiement (copie des factures acquittées-toutes taxes comprises) porteront sur le montant total des travaux. Les documents justifiant la réalisation des travaux mentionnés à l'article 1 devront être produis avant le 31 octobre 2017. ". Enfin, l'article 4 de cette convention stipule que : " Clauses de caducité de la subvention / Le non respect de l'utilisation de la subvention, conformément à l'article 1, entraînera automatiquement le remboursement du montant déjà versé par le Département sous forme d'acompte ; en outre, le versement du solde ne pourra intervenir si les justificatifs de ne sont pas produits dans le délai imparti à l'article 3. ". Par une lettre du 1er décembre 2017, le département de Vaucluse a accepté de porter la date du 31 octobre 2017 prévue par l'article 3 précité au 31 octobre 2018.

8. Il n'est pas contesté que, antérieurement à la date-limite du 31 octobre 2018, l'OGEC Marie Rivier a transmis au département de Vaucluse six factures qui ont été établies successivement par l'entreprise Lange le 5 avril 2016, l'entreprise Arcan le 24 août 2016, l'entreprise Auzet le 28 août 2016, l'entreprise Arcan le 12 décembre 2016, l'entreprise Arcan le 15 septembre 2017 et l'entreprise Auzet le 23 octobre 2018.

9. Il ressort des pièces du dossier que, dans la décision attaquée en date du 17 décembre 2020, le département de Vaucluse a considéré que seules les trois factures précitées émises les 12 décembre 2016, le 15 septembre 2017 et le 23 octobre 2018 étaient éligibles au bénéfice de la subvention. Le département de Vaucluse a retenu, à ce titre, une assiette totale de dépenses éligibles de 21 746,46 euros, étant précisé que le département a estimé que la facture du 23 octobre 2018 avait été réglée à hauteur de 17 846,46 euros.

10. Le département de Vaucluse ayant refusé de prendre en compte les factures établies par l'entreprise Lange le 5 avril 2016, l'entreprise Arcan le 24 août 2016 et l'entreprise Auzet le 28 août 2016 au motif que les dates de ces factures étaient antérieures à la délibération du 30 septembre 2016 accordant la subvention, la requérante fait valoir que les décisions du département sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur de droit.

11. En premier lieu, la requérante fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait dès lors que les factures ont été produites avant le 31 octobre 2018. Or, le refus opposé par le département de Vaucluse quant à la prise en compte des factures établies par l'entreprise Lange le 5 avril 2016, l'entreprise Arcan le 24 août 2016 et l'entreprise Auzet le 28 août 2016 n'est aucunement fondé sur l'éventuel caractère tardif eu égard au délai, prévu par l'article 3 de la convention du 15 octobre 2016, de la production des pièces justificatives. Par suite, le moyen invoqué par la requérante est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. En second lieu, la requérante fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit au motif qu'aucune règle n'interdit au département d'allouer une subvention à un projet en cours de réalisation. En effet, dès lors, d'une part, que les termes de la convention du 15 octobre 2016 n'imposent pas que les travaux subventionnés doivent commencer après la décision d'octroi de la subvention en cause, d'autre part, qu'aucune règle légale ou réglementaire applicable en l'espèce, ni aucun principe général du droit, ne fait obstacle à ce qu'une subvention publique soit versée au titre de travaux engagés entre le dépôt de la demande de subvention et l'octroi de la subvention, les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit.

13. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation des décisions des 17 décembre 2020 et 4 mars 2021.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire et l'obligation de payer qu'il mentionne et sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Il résulte de ce qui précède que le titre exécutoire attaqué en date du 7 mai 2021, étant dépourvu de base légale, doit être annulé et que l'OGEC Marie Rivier doit être déchargé de l'obligation de payer la somme en litige de 33 274,83 euros.

15. Dès lors que l'OGEC Marie Rivier a versé au département de Vaucluse la somme de 33 274,83 euros, il y a lieu d'enjoindre au département de lui restituer cette somme, qui sera assortie, ainsi que le demande le requérant et en application de l'article 1231-6 du code civil, des intérêts au taux légal à compter du 6 juin 2021, date d'exécution du virement effectué par l'OGEC Marie Rivier.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'OGEC Marie Rivier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du département de Vaucluse en date des 17 décembre 2020 et 4 mars 2021 sont annulées.

Article 2 : Le titre exécutoire d'un montant de 33 274,83 euros émis le 7 mai 2021 à l'encontre de l'OGEC Marie Rivier est annulé.

Article 3 : L'OGEC Marie Rivier est déchargé de l'obligation de payer la somme de 33 274,83 euros mise à sa charge par le titre exécutoire du 7 mai 2021.

Article 4 : Il est enjoint au département de Vaucluse de verser à l'OGEC Marie Rivier la somme de 33 274,83 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 juin 2021.

Article 5 : Les conclusions présentées par le département de Vaucluse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'OGEC Marie Rivier et au département de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bourjade, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

F. AYMARD

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2101086

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