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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101601

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101601

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGELY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 mai 2021 et 30 août 2023, M. A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 novembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Alès-Cévennes a fixé la date de consolidation de son accident de service au 16 septembre 2020 et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter de cette date, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Alès-Cévennes de reconnaître les arrêts de travail et les soins postérieurs au 16 septembre 2020 imputables à son accident de service du 7 août 2019, subsidiairement d'ordonner une expertise avant-dire droit ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Alès-Cévennes la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commission de réforme n'a pas été éclairée par l'avis d'un médecin spécialiste ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 : la consolidation n'implique pas l'aptitude aux fonctions ; ses arrêts maladie devaient être pris en charge au titre de l'accident de service ; son état n'était pas consolidé ; il n'était pas apte à reprendre ses fonctions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le centre hospitalier d'Alès-Cévennes , représenté par Me Gély, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Achour,

-les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

-les observations de M. A,

- et les observations de Me Bernon, représentant le centre hospitalier Alès-Cévennes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui était agent d'entretien qualifié au centre hospitalier Alès-Cévennes, a subi un accident de service le 7 août 2019 lui occasionnant un traumatisme de l'épaule droite et une entorse de la cheville droite. Par courrier du 27 novembre 2020, le directeur du centre hospitalier Alès-Cévennes a fixé la date de consolidation des suites de cet accident au 16 novembre 2020 et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter de cette date. M. A conteste cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42. Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaire de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ".

3. En premier lieu, selon l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ". Il résulte de ces dispositions que s'il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

4. S'il est constant que la commission départementale de réforme n'était composée, pour ce qui concerne la représentation du corps médical, que de deux praticiens de médecine générale, il ressort des pièces du dossier que cette commission disposait du rapport d'expertise médicale du Dr C, suffisamment circonstancié, ainsi que de l'ensemble des pièces médicales transmises par l'intéressé, lui-même suivi par un médecin généraliste. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces éléments fussent manifestement insuffisants pour apprécier la consolidation des suites de l'accident de service subi par M. A ni que la présence d'un médecin spécialiste fût nécessaire à l'examen de son cas. Par suite, le moyen tiré de la composition irrégulière de la commission de réforme doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que le droit, pour le fonctionnaire hospitalier, de conserver l'intégralité de son traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'agent dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec l'accident reconnu imputable au service. Il en est de même du droit d'obtenir le remboursement des honoraires médicaux et frais entraînés par celui-ci. Doivent être pris en charge au titre de la maladie professionnelle les arrêts de travail, les honoraires médicaux et frais directement entraînés par celui-ci, y compris, le cas échéant, s'ils perdurent ou sont exposés postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente, laquelle ne correspond qu'au moment où l'état de santé de l'agent est stabilisé.

6. D'abord, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'expertise médicale du 16 septembre 2020 qu'à cette date, M. A ne conservait aucune séquelle des lésions affectant la cheville droite et que les lésions de l'épaule droite ne présentaient plus de signe évolutif après soixante séances de kinésithérapie, malgré une persistance des douleurs et limitations d'amplitude justifiant un taux d'incapacité permanente partielle de 10%. En se bornant à se prévaloir de ces douleurs et restrictions fonctionnelles au-delà du 16 septembre 2020, nécessitant de nouveaux arrêts de travail et examens médicaux, M. A ne démontre pas que son état de santé aurait continué d'évoluer après cette date. Le seul certificat de son médecin traitant indiquant que l'accident n'est pas consolidé et se référant à des examens à venir, sans plus de précision, ne saurait suffire à remettre en cause l'avis émis par la commission de réforme en présence d'un collège de médecin au vu de l'ensemble des pièces et examens médicaux composant le dossier de l'intéressé. Les comptes-rendus des examens d'imagerie réalisés en mai et juin 2021 également produits ne comportent, quant à eux, aucune indication laissant supposer une évolution récente des lésions affectant l'épaule droite. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le directeur du centre hospitalier du Vigan a fixé la consolidation des suites de l'accident de service au 16 septembre 2020.

7. En revanche, il est constant que M. A a conservé des douleurs et des difficultés fonctionnelles affectant l'épaule droite au-delà du 16 septembre 2020, qui ont motivé de nouveaux arrêts de travail. Si le centre hospitalier invoque une maladie dégénérative sans lien avec l'accident, celle-ci ne ressort d'aucune pièce du dossier. La seule circonstance que M. A se serait vu prescrire par son médecin traitant, en février 2021, une arthroscopie, examen d'exploration des articulations, ne saurait suffire à démontrer que ses arrêts de travail après consolidation seraient exclusivement imputables à de l'arthrose. Il ressort des mentions des différents arrêts maladie établis par le médecin traitant du 16 septembre 2020 au 17 mai 2021 que ceux-ci se rapportent aux séquelles de la pathologie de l'épaule droite imputable à l'accident de service, nonobstant l'absence de nouvelle mention des lésions sur le premier certificat de prolongation, et il n'est ni établi ni sérieusement soutenu que ces arrêts de travail n'auraient pas été médicalement justifiés jusqu'au 17 mai 2021, date à laquelle le comité médical a estimé l'intéressé apte à la reprise du travail.

8. M. A ne démontre pas, quant à lui, qu'il n'aurait pas été apte au service à cette date, nonobstant l'arrêt de travail qu'il produit au motif d'un " harcèlement administratif ". Les arrêts de travail ultérieurs, également invoqués par l'intéressé, ne sauraient suffire à remettre en cause l'avis du comité médical du 6 mai 2021, favorable à la prolongation du congé de maladie ordinaire à compter du 17 mars 2021 pour une durée de deux mois avec reprise du travail à temps plein sur son poste à l'issue, dont le requérant n'a pas contesté la teneur devant le comité médical supérieur.

9. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A est seulement fondé à soutenir qu'en refusant de prendre en compte, au titre de son accident de service, les arrêts de travail post-consolidation du 16 septembre 2020 au 17 mai 2021, le directeur du centre hospitalier Alès-Cévennes a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 27 septembre 2020 doit être annulée en tant qu'elle refuse à M. A le bénéfice d'arrêts maladie imputables à son accident de service du 16 septembre 2020 au 17 mai 2021, et seulement dans cette mesure, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Compte tenu du motif d'annulation retenu au point 9, le présent jugement implique nécessairement que le centre hospitalier Alès-Cévennes reconnaisse l'imputabilité à l'accident de service du 7 août 2019 des arrêts de travail de M. A pour la période du 16 septembre 2020 au 17 mai 2021. Il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier Alès-Cévennes d'agir en ce sens dans le délai de deux mois.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par le centre hospitalier Alès-Cévennes et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier la somme que M. A demande sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier Alès-Cévennes du 27 septembre 2020 est annulée en tant qu'elle refuse de reconnaitre comme imputables à l'accident de service de M. A les arrêts maladie du 16 septembre 2020 au 17 mai 2021.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier Alès-Cévennes de reconnaître les arrêts de travail de M. A du 16 septembre 2020 au 17 mai 2021 comme étant imputables à son accident de service du 7 août 2019, dans le délai de deux mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur du centre hospitalier Alès-Cévennes.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 0

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