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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101615

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101615

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROUAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2021 et un mémoire enregistré le 20 avril 2022, M. et Mme B et D A, représentés par Me Rouault, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération en date du 17 mars 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Mons a approuvé la révision du plan local d'urbanisme communal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mons une somme de 2 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conclusions du commissaire-enquêteur figurant en page 37 du rapport d'enquête publique, ainsi que son avis figurant en page 50 du même rapport, sont insuffisamment motivés ;

- l'enquête publique a été irrégulièrement conduite dès lors que la concertation n'a pas porté sur les éléments qui auraient permis à la population de comprendre les enjeux de la révision du plan local d'urbanisme ;

- dans le projet de plan local d'urbanisme soumis à enquête publique, les parcelles cadastrées section OB n° 665 et n° 1809 restaient constructibles ;

- le classement des parcelles cadastrées section OB n° 665 et n° 1809 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, la commune de Mons, représentée par Me Hemeury, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La commune de Mons a produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 7 mars 2023 et communiquées aux requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, pour les requérants, et celles de Me Hemeury, pour la commune de Mons.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 17 mars 2021, le conseil municipal de la commune de Mons a approuvé la modification du plan local d'urbanisme communal. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ". Si ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de ses conclusions.

3. Il ressort des pièces du dossier que si les requérants reprochent au commissaire-enquêteur d'avoir insuffisamment motivé ses propos figurant en page 37 du rapport d'enquête publique, lesdits propos ne constituent pas les conclusions du commissaire-enquêteur au sens des dispositions précitées de l'article R. 123-19, de sorte que la première branche de leur moyen ne peut qu'être écartée comme inopérante. Par ailleurs, M. et Mme A ne sont pas davantage fondés à reprocher au commissaire-enquêteur de ne pas avoir visé l'ensemble des documents composant le dossier d'enquête publique dans la mesure où celui-ci a établi la liste de ceux-ci aux pages 6 et 7 de son rapport d'enquête. Au surplus, le commissaire-enquêteur a examiné dans son rapport les observations formulées par le public, en donnant la teneur, avant de formuler ses propres remarques et de leur apporter une réponse. Il en a fait de même avec les avis des personnes publiques associées. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de l'insuffisante motivation des conclusions du commissaire-enquêteur doit être écarté en toutes ses branches.

4. Aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : /1° Les procédures suivantes : / a) L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme ; () " et aux termes de l'article L. 103-3 de ce code : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () / 3° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. () ". Aux termes de l'article L. 153-11 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. ". Enfin aux termes de l'article L. 600-11 du même code : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. () ".

5. Le moyen figurant dans la requête introductive d'instance selon lequel l'enquête publique aurait été irrégulièrement conduite dès lors que la concertation n'a pas porté sur les éléments qui auraient permis à la population de comprendre les enjeux de la révision du plan local d'urbanisme n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut dès lors qu'être écarté.

6. Dans leur mémoire complémentaire, enregistré le 20 avril 2022, les requérants allèguent que les parcelles cadastrées section OB n° 665 et n° 1809 restaient constructibles dans le projet de plan local d'urbanisme soumis à enquête publique. Or, il ressort du zonage du projet de PLU arrêté, transmis par la commune à la suite d'une mesure d'instruction diligentée par le tribunal, et communiqué ensuite à M. et Mme A, que les parcelles cadastrées section OB n° 665 et n° 1809 étaient d'ores et déjà classées en zone N. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le projet de PLU, en tant qu'il porte sur le classement des parcelles en litige, aurait été modifié entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, sans que cette modification ne procède de l'enquête publique.

7. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ;

3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

9. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section OB n° 665 et n° 1809 sont situées au sein du secteur de la Lauze, à l'extrémité nord-ouest de la commune de Mons, qui jouxte au nord une vaste zone agricole. Il en ressort également qu'une dizaine de parcelles précédemment constructibles, bordant les parcelles des requérants, ont été classées en zone A ou en zone N à l'issue de la révision du PLU. Il ressort enfin du plan d'aménagement et de développement durables que le parti d'urbanisme de la commune consiste notamment à mettre fin au développement urbain dans les secteurs urbanisés en contact avec des zones à risque et à lutter contre l'étalement urbain. Il est constant, d'une part, que les parcelles appartenant à M. et Mme A sont bordées au sud par une zone d'aléa R-NU du plan de prévention des risques inondation du Gardon-Amont approuvé par arrêté préfectoral du 3 juillet 2008, et que ces parcelles ne font pas partie des centres-bourgs de Mons et Célas dont la densification constitue la priorité de la commune. La circonstance que le maire de Mons ne s'est pas opposé à une déclaration préalable valant division, déposée peu de temps avant l'adoption de la délibération en litige, portant sur une parcelle jouxtant la parcelle cadastrée section OB n° 1809, est sans incidence sur la légalité du classement de cette parcelle. Dans ces conditions, le classement en zone A d'une partie de la parcelle cadastrée section OB n° 665 et de la parcelle cadastrée section OB n° 1809, dont les requérants ne contestent pas le potentiel agronomique, n'est pas, compte tenu du parti d'urbanisme de la commune et de la vocation du secteur au sein duquel elles se situent, entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, ni d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, le classement en zone N d'une partie de la parcelle cadastrée section OB n° 665 n'est pas davantage entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme A ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mons la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une quelconque somme à verser à la commune de Mons.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mons sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et D A et à la commune de Mons.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

F. C Le président,

J. Antolini

La greffière,

A. Olszewski

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101615

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