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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101628

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101628

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2021, la SASU CM, représentée par Me Lemaire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet de Vaucluse a décidé de la fermeture de l'établissement "La Maison Gustave", située 44 A, allée des Micocouliers à Maubec, pour une durée de 2 semaines à compter du 30 mars 2021 jusqu'au 13 avril 2021 inclus,

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée ne saurait concerner la SASU CM, et partant son président Claude Marand, qui n'est d'ailleurs pas visé dans l'arrêté du 26.03.2021, et dont l'établissement qu'il exploite n'est pas situé 44 A, Allée des Micocouliers,

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis de façon incontestable ;

- la décision contestée est disproportionnée, dès lors qu'elle impose la fermeture administrative temporaire de l'établissement " La Maison de Gustave " ;

- l'absence de distinction entre les divers commerces exploités par la SASU CM a pour conséquence d'interdire la poursuite d'activités pourtant autorisées.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet de Vaucluse conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la SASU CM et au surplus au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU CM exploite l'établissement " La Maison Gustave " situé 44 A, allée des Micocouliers à Maubec. Par arrêté du 26 mars 2021, le préfet de Vaucluse a prononcé la fermeture de cet établissement pour une durée de 14 jours, ramenée à sept jours par un courrier en date du 26 mars 2021. La SASU CM demande l'annulation de cet arrêté. La circonstance que cet arrêté a été entièrement exécuté ne prive pas d'objet les conclusions tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté : " () Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ". Aux termes de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public : 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; () Ces établissements peuvent en outre accueillir du public pour les besoins de la vente à emporter entre 6 heures et 19 heures. ()".

3. Pour ordonner la fermeture temporaire de l'établissement " La Maison Gustave ", le préfet de Vaucluse a retenu la circonstance qu'il ressort d'un rapport administratif dressé par la brigade territoriale autonome de Robion le 14 mars 2021 que les gendarmes ont relevé la présence d'une quinzaine d'individus dans la partie bar de l'établissement en train de consommer de l'alcool (bières, pastis) dans l'attente apparemment de plats à emporter. Il a également été relevé dans la cuisine adjacente à la partie bar, trois assiettes avec couverts et verres disposés sur un plan de travail, et à proximité deux entrecôtes prêtes à être cuites et consommées dans la foulée sur place. Un client attablé à cet endroit à l'arrivée des gendarmes et ayant fui, a été rattrapé et a avoué en aparté que des repas étaient régulièrement servis dans cette cuisine. Le rapport mentionne encore que, interrogé par les gendarmes, le gérant a reconnu les faits, à savoir laisser consommer des boissons alcoolisées à l'intérieur de l'établissement et servir des repas à table. En outre, la brigade territoriale de Robion avait déjà constaté la présence de clients assis à table consommant de l'alcool dans l'établissement " La Maison Gustave " le 7 décembre 2020 et la présence de clients consommant des boissons au comptoir côté salle faisant office de bar le 10 décembre 2020 et à ce titre, le gérant de l'établissement avait d'abord fait l'objet d 'un rappel des règles par les gendarmes puis d'un avertissement de la sous-préfète d'Apt.

4. La société requérante fait valoir qu'elle n'a pas reconnu les faits relevés à son encontre, et que les clients concernés se trouvaient dans la partie bar mais, ni au comptoir, ni assis autour d'une table et qu'ils attendaient leur plat à emporter. Elle expose qu'elle ne bénéficie pas du soutien de l'Etat, et qu'elle ne pouvait se permettre de contraindre ses clients habituels d'attendre sur le trottoir, devant son établissement, sauf à les perdre définitivement. La société soutient enfin qu'outre l'activité de restaurant de bar, elle exploite les activités d'épicerie fine, boucherie, traiteur et caviste, activités dites essentielles dont la poursuite était autorisée en dehors de la période de couvre-feu. Elle estime dès lors que l''absence de distinction entre les divers commerces exploités par la SASU CM a eu pour conséquence d'interdire la poursuite d'activités pourtant autorisées.

5. Toutefois, en l'absence de preuve du contraire, les faits reprochés sont établis par le rapport administratif du 14 mars 2021. Il ressort des pièces du dossier que malgré un premier avertissement, la société a réitéré les faits reprochés à deux reprises. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la durée de la fermeture administrative de l'établissement de sept jours serait entachée d'erreur de fait, d'erreur d'appréciation ou disproportionnée, la circonstance que ne bénéficie pas du soutien de l'Etat étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté. Enfin, l'erreur matérielle concernant le numéro de voirie dans l'adresse de l'établissement, dès lors qu'elle n'engendre aucun doute sur l'identité de l'établissement contrôlé, est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 mars 2021 présentées par la SASU CM doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SASU CM demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU CM est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU CM et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

P. A

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2101628

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