mardi 18 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2101724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Safpel, représentée par la SELARL Blanc-Tardivel-Bocognano, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Manduel a refusé de lui délivrer un permis d'aménager portant sur la réalisation d'un lotissement de treize lots ;
2) d'enjoindre au maire de Manduel de réexaminer sa demande de permis d'aménager sous astreinte ;
3) de mettre à la charge de la commune de Manduel la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative..
Elle soutient que :
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et des dispositions de l'article UA2 du règlement local du plan local d'urbanisme est entaché d'illégalité en ce que la commune ne démontre pas que le projet serait de nature à créer un risque au sens de ces dispositions ni qu'elle n'aurait pas pu accorder le permis d'aménager sollicité en l'assortissant de prescriptions ;
- le maire de Manduel ne pouvait valablement opposer des prescriptions au titre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au stade du permis d'aménager ;
- le motif de refus fondé sur les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur de droit dès lors que ces dispositions ne sont pas applicables dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme ;
- son projet respecte les prescriptions l'article UA3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.
La requête de la SARL Safpel a été communiquée à la commune de Manduel qui n'a produit aucun mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Manduel ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lagarde,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rouault, pour la SARL Safpel.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 janvier 2021, la société Safpel a déposé une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement de 13 lots, dénommé " Le Regency ", sur les parcelles cadastrées section AB n° 648 et n° 649, situées 20 rue Pasteur, à Manduel. Par arrêté du 8 avril 2021, le maire de Manduel a refusé de délivrer le permis d'aménager sollicité. La SARL Safpel demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article R. 442-6 du code de l'urbanisme : " Le dossier de la demande est, s'il y a lieu, complété par les pièces suivantes : / a) Un projet de règlement, s'il est envisagé d'apporter des compléments aux règles d'urbanisme en vigueur ; / () ". Aux termes de l'article UA2 du règlement du PLU de la commune de Manduel : " () / En zone inondable de hauteur inférieure à 0,50 m (ensemble des zones inondables par moins de 0,50 m identifiées au plan de zonage : zone inondable de hauteur ( 0,50 m A, lit majeur), il conviendra de prendre toute disposition visant à réduire la vulnérabilité des personnes et des biens ; ainsi les constructions autorisées en application du présent règlement devront respecter les contraintes suivantes : / - Pour les constructions nouvelles : côte des sous faces des planchers constituant la SHON, 0,60 m au-dessus du terrain naturel. /- Pour l'extension et l'aménagement des constructions à usage d'habitation existantes : côte des sous faces des planchers créés constituant la SHON, 0,60 m au-dessus du terrain naturel ou création d'un niveau de plancher refuge accessible depuis le niveau rez-de-chaussée ; pour les constructions autorisées dans la zone autres que les constructions à destination d'habitation, la non réalisation de la surélévation de niveau sera compensées par l'obligation de s'équiper d'un batardeau. / - Utilisation de matériaux présentant une bonne résistance à l'eau sur les parties basses des bâtiments / - Mise hors d'eau des locaux techniques de type chaufferie, des tableaux électriques, des produits polluants et autant que faire se peut des stocks - Arrimage des cuves. ".
3. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
4. Il ressort des pièces du dossier que la notice jointe au dossier de demande de permis d'aménager précise que " les futures constructions devront avoir le niveau de leur plancher à au moins 20 centimètres au-dessus du niveau de la voie d'accès de façon à permettre le raccordement gravitaire du logement au réseau d'égout ". Si la commune reproche à la SARL Safpel de ne pas avoir respecté les prescriptions de l'article UA2 du règlement du PLU dans le projet de règlement de lotissement et une hauteur insuffisante du niveau de plancher des futures constructions, un tel motif ne fait pas nécessairement obstacle à la délivrance ultérieure d'un permis de construire compatible avec les règles d'urbanisme. La société requérante est donc fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article UA2 du règlement du PLU.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. ". Par ailleurs, selon l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Manduel relatif aux conditions d'accès et de desserte des terrains et applicable à la zone UA dans laquelle se situe le projet : " 1) Accès / () / Toute construction ou installation doit être desservie par des voies publiques ou privées de caractéristiques suffisantes. / Les accès sur la voie publique doivent avoir des caractéristiques correspondant à la destination des constructions projetées et répondre aux exigences de la sécurité publique, de la défense contre l'incendie, de la protection civile et des services publics (ramassage des ordures ménagères notamment). / Ils doivent être aménagés de manière à ne pas créer de difficultés ou dangers pour la circulation publique. / () / 2) Voirie / Les constructions doivent être desservies par des voies publiques ou privées dont les caractéristiques correspondent à leur destination, notamment quand elles entraînent des manœuvres de véhicules lourds et encombrants. Ces caractéristiques doivent également répondre aux exigences de la sécurité publique, de la défense contre l'incendie, de la protection civile et, éventuellement, des services publics (ramassage des ordures ménagères notamment). / Les voies en impasse doivent n'être utilisées qu'exceptionnellement et être terminées par un dispositif permettant le retournement des véhicules en tout genre, qu'il s'agisse de véhicules privés ou des véhicules des services publics (lutte contre l'incendie, ramassage des ordures ménagères) ".
6. D'une part, il résulte de l'article R. 111-1 précité du code de l'urbanisme que les dispositions de l'article R. 111-5 du même code ne pouvaient pas être légalement opposées par le maire de Manduel au projet de la société Safpel dès lors que le territoire de cette commune est couvert par un plan local d'urbanisme. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet de lotissement prévoit un accès des véhicules et des piétons par la rue Pasteur, laquelle présente, selon les mesures indiquées dans le procès-verbal de constat d'huissier produit par la société pétitionnaire, une largeur de chaussée de cinq mètres complétée par un trottoir de deux mètres au droit du terrain d'assiette de l'opération. La commune de Manduel n'établit pas ainsi que la voie de desserte du projet ne présenterait pas des caractéristiques suffisantes, au sein de ce quartier urbanisé, pour supporter le trafic supplémentaire engendré par la réalisation du projet. Il n'apparaît pas davantage que le projet serait de nature à aggraver les difficultés de stationnement sur la voie publique, alors que la société pétitionnaire projette d'aménager vingt-quatre places de stationnement au sein du lotissement, en conformité avec les prescriptions du plan local d'urbanisme. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que l'accès prévu pour les véhicules par un portail débouchant sur une voie interne de 5,50 mètres de largeur serait insuffisant au regard de l'importance du projet, alors qu'il est par ailleurs séparé de l'entrée dédiée aux piétons et que la sortie sur la rue en ligne droite ne pose aucun problème de visibilité. Enfin, si la commune critique également la voirie interne du lotissement, laquelle est prévue en impasse, d'une part, une telle voie n'est pas soumise aux dispositions de l'article UA 3 du plan local d'urbanisme qui ne régissent que les voies de desserte des terrains et, d'autre part, l'organisation retenue par le porteur du projet n'est pas de nature à entraîner des risques pour la sécurité des habitants, dès lors que la largeur des voies est adaptée et que deux aires de retournement sont prévues en bout d'impasse. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Manduel ne pouvait valablement refuser de lui délivrer un permis d'aménager sur un motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme et de l'article UA3 du règlement du plan local d'urbanisme.
7. Il résulte de ce qui précède que la SARL Safpel est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Dans les circonstances de l'espèce, l'exécution du présent jugement implique que la demande de la société Safpel soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de Manduel de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la société Safpel la charge des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1erer : L'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le maire de Manduel a refusé de délivrer un permis d'aménager à la SARL Safpel est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Manduel de procéder au réexamen de la demande de la société Safpel dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Safpel et à la commune de Manduel.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Antolini, président,
M. Lagarde, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.
Le rapporteur,
F. LAGARDE Le président,
J. ANTOLINI
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101724
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026