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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101874

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101874

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 11 juin 2021 sous le n° 2101874, Mme D A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2020 par laquelle le préfet du Gard l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 20 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de la placer en congé de longue maladie à compter du 20 janvier 2020 et de reconstituer sa carrière ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre le réexamen de sa situation avec maintien, dans cette attente, d'un demi-traitement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et la somme de 1 000 euros à verser à Me Ruffel au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'aide juridictionnelle ayant été accordée à 25 %.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée de vice de procédure en l'absence de justification de son information quant à ses droits à communication de son dossier et à faire entendre le médecin de son choix avant le comité médical du 8 octobre 2020 et en l'absence de justification de la présence d'un médecin spécialiste au sein de cette commission ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'une contradiction de motifs ;

- la nouvelle expertise est irrégulière en l'absence d'impartialité du médecin expert ;

- la décision attaquée est entachée de rétroactivité illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée attachée à l'ordonnance du 4 mai 2020 et au jugement du 25 mai 2021 :

- l'annulation de la décision attaquée impliquera la reconnaissance de son droit au bénéfice d'un congé de longue durée et à reconstitution de sa carrière, subsidiairement le réexamen de sa demande avec maintien d'un demi-traitement.

Une mise en demeure a été adressée le 13 septembre 2022 au préfet du Gard qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du 22 avril 2021.

II. Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021 sous le n° 2103998, Mme D A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le préfet du Gard l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 18 juillet 2021 pour une durée de cinq mois et treize jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et la somme de 1 000 euros à verser à Me Ruffel au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 l'aide juridictionnelle ayant été accordée à 25 %.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée de vice de procédure en l'absence de justification de son information quant à ses droits à communication de son dossier et à faire entendre le médecin de son choix conformément à l'article 7 du décret du 14 mars 1986 ;

- si elle tend à la placer dans une situation régulière, elle méconnaît son droit au maintien d'un demi-traitement dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur ;

- ses droits à congés maladie n'étaient pas expirés.

Une mise en demeure a été adressée le 23 septembre 2022 au préfet du Gard qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du 22 septembre 2021.

III. Par une requête et des mémoires enregistrés les 2 décembre 2022, 3 avril 2023 et 30 juin 2023 sous le n° 2203770, Mme D A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle le préfet du Gard l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé sans traitement à compter du 1er juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard reconstituer sa carrière ;

3°) subsidiairement, de désigner avant dire droit un expert psychiatre et un sapiteur neurologue pour déterminer si son état de santé lui donne droit au bénéfice d'un congé de longue maladie ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée de vice de procédure en l'absence de justification de son information quant à ses droits à communication de son dossier et à faire entendre le médecin de son choix conformément à l'article 7 du décret du 14 mars 1986 ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée attachée au jugement du 25 mai 2021 ;

- si elle tend à la placer dans une situation régulière, elle méconnaît son droit au maintien d'un demi-traitement dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur ;

- elle la prive illégalement de son droit au bénéfice d'un congé de longue maladie justifié par son état de santé ;

- elle a été prise sans examen sérieux de son état de santé, comme en atteste la demande du comité médical supérieur de disposer d'une expertise complémentaire.

Une mise en demeure a été adressée le 5 avril 2023 au préfet du Gard qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Achour,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de Me Ruffel, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, inspectrice de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes en fonction à la direction départementale de la protection des populations du Gard depuis 2001, a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 18 janvier 2019. Après épuisement de ses droits à congés de maladie ordinaire, elle a sollicité le bénéfice d'un congé de longue maladie. Par une décision du 21 janvier 2020 prise après avis du comité médical départemental réuni le 16 janvier 2020, le préfet du Gard a implicitement refusé à Mme A le bénéfice du congé de longue maladie sollicité et l'a placée en disponibilité d'office pour raisons de santé pour une durée de 6 mois à compter du 18 janvier 2020. Suspendue par ordonnance rendue par le juge des référés le 4 mai 2020 sous le n° 2001142, enjoignant une nouvelle saisine du comité médical départemental et le versement d'un demi-traitement jusqu'à l'édiction de la décision de placement dans une position statutaire, cette décision a été annulée par jugement du tribunal administratif de Nîmes du 25 mai 2021 n° 2001161. Après avoir saisi à nouveau le comité médical départemental faisant suite à l'ordonnance de référé, par une décision du 23 novembre 2020, le préfet du Gard a placé Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 20 janvier 2020. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision du 3 juin 2021 la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 18 juillet 2021 pour une durée de cinq mois et treize jours et la décision du 28 septembre 2022 la plaçant dans la même position statutaire à compter du 1er juillet 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2101874, n° 2103998 et n° 2203770, qui sont relatives à la situation d'un même agent public, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. Le préfet du Gard, qui n'a pas produit d'observations en défense en dépit des mises en demeure qui lui ont été adressées dans les trois présentes instances, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés par la requérante en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par l'intéressée ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève les affaires à juger.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

5. Aux termes de l'article 51 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État dans sa rédaction alors en vigueur : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 34 ". Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État dans sa rédaction applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée () ". L'article 1er de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie prévoit qu'un fonctionnaire est placé en congé de longue maladie lorsqu'il est dûment constaté qu'il est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions au cours d'une des affections qu'il énumère, lorsqu'elle est devenue invalidante. Aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : () maladies mentales () ". L'article 3 du même arrêté dispose qu'un congé de longue maladie " peut être attribué, à titre exceptionnel, pour une maladie non énumérée aux articles 1er et 2 du présent arrêté, après proposition du Comité médical compétent à l'égard de l'agent et avis du Comité médical supérieur. Dans ce cas, il doit être constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ".

6. Il résulte de ces dispositions que le placement en congé de longue maladie ne peut intervenir, hors les affections listées à l'article 1, que lorsque l'agent est atteint de l'une des cinq maladies énumérées de manière limitative à l'article 2 ou sur proposition du comité médical, sous réserve que cette maladie mette l'agent dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rende nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée.

7. Mme A soutient que les pathologies dont elle souffre répondaient aux conditions ouvrant droit au bénéfice d'un congé de longue maladie, de sorte qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congés et ne pouvait légalement être placée en disponibilité d'office. Il ressort des pièces du dossier que, si l'expertise du Dr C du 13 décembre 2019 mentionnait la persistance d'un syndrome dépressif avec un sentiment d'épuisement et l'existence d'une " pathologie neurodégénérative avec séquelles psychiatriques évidentes " sans traitement médicamenteux de ces dernières du fait d'une intolérance aux traitements essayés, l'expertise du Dr B rendue le 22 mars 2023 à la demande du comité médical mentionne que " son état de état de santé psychologique est toujours sévère " et que l'intéressée est astreinte à un traitement psychotrope lourd ne lui permettant pas de reprendre son activité. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A bénéficie d'une prise en charge de l'assurance maladie au titre des affections psychiatriques de longue durée n° 29 jusqu'au 22 juin 2023 et au titre des affections neurologiques et musculaires, épilepsie n°9 jusqu'au 22 juin 2030. Enfin s'il est constant que ni le comité médical réuni le 8 octobre 2021 ni le comité médical supérieur du 13 octobre 2021 n'ont reconnu que l'état de santé de l'intéressée relevait d'un congé de longue maladie, ceux-ci ont estimé ne pas être suffisamment informés pour se prononcer. Ainsi, alors que le préfet, qui s'est abstenu de toute observation en réponse est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par la requérante tenant à la gravité et au caractère invalidant de l'affection psychiatrique dont elle souffre, ceux-ci ne sont pas contredits par les pièces du dossier, en ce compris les pièces postérieures aux décisions attaquées corroborant la situation de fait existant à la date de leur édiction. Dans la mesure où cette maladie met l'intéressée dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, nécessite un traitement et des soins prolongés et présente des critères d'invalidation et de gravité confirmés, Mme A est fondée à soutenir que les décisions la plaçant en disponibilité d'office sont entachées d'une erreur d'appréciation de son état de santé au regard de son droit au bénéfice des congés prévus au 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984. Par suite, les décisions attaquées du 23 novembre 2020, du 3 juin 2021 et du 28 septembre 2022 doivent être annulées pour ce motif, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 7, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Gard accorde à Mme A le bénéfice d'un congé de longue maladie à compter du 20 janvier 2020 et reconstitue sa carrière en conséquence. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % dans l'instance n° 2101874 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 avril 2021 et dans l'instance n° 2103998 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 septembre 2021. Elle soutient avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. Par ailleurs, l'avocat de Mme A a demandé que lui soit versée par l'État la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle dans ces instances. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, d'une part, une somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, d'autre part, une somme de 600 euros à verser à Me Ruffel dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à l'article 108 du décret du 19 décembre 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 23 novembre 2020, du 3 juin 2021 et du 28 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Gard a placé Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard d'accorder à Mme A le bénéfice d'un congé de longue maladie à compter du 20 janvier 2020 et de reconstituer sa carrière en conséquence dans le délai de deux mois.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : L'Etat versera à Me Ruffel, avocat de Mme D A, une somme de

600 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Ruffel et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, président,

Mme Achour, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

L. GALAUP

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2103998, 2203770

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