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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102043

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102043

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP FORTUNET & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Fortunet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 par lequel le maire de la commune d'Avignon s'est opposé aux travaux qu'elle a déclarés en vue de l'installation d'un ascenseur privatif sur le côté de la façade de son immeuble situé 18 rue du Roi René, ensemble la décision du 26 avril 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Avignon de lui délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Avignon la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 8 février 2021 et la décision du 26 avril 2021 ont été signés par une autorité incompétente, faute pour la commune de justifier de la délégation donnée à leurs signataires et d'en avoir fait mention dans l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté portant opposition à déclaration préalable est infondé dès lors que le projet n'est pas susceptible de porter atteinte à son environnement immédiat, les modifications du bâtiment qu'il implique n'étant presque pas visibles depuis l'extérieur ;

- le maire d'Avignon s'est, à tort, cru lié par l'avis défavorable de l'Architecte des bâtiments de France (ABF) alors qu'il aurait dû déroger aux règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) sur le fondement de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme, les travaux étant nécessaires pour qu'elle puisse accéder à son logement, compte tenu de son handicap.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2023, la commune d'Avignon conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune d'Avignon ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- et les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 février 2021, faisant suite à l'avis négatif de l'architecte des bâtiments de France émis le 25 janvier 2021, le maire de la commune d'Avignon s'est opposé aux travaux déclarés par Mme B en vue de l'installation d'un ascenseur privatif sur le côté de la façade de son immeuble situé 18 rue du Roi René. Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel a été rejeté par décision du maire du 26 avril 2021. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 8 février 2021 et de la décision du 26 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article R. 425-2 du même code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine ".

3. Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. () L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ". Aux termes de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. () Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. ".

4. Il est constant que le bâtiment concerné par le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable et celui du sous-secteur SA, protégé par le plan de sauvegarde et mise en valeur d'Avignon. Il ressort en outre des pièces du dossier que le projet avait vocation à modifier l'état des parties extérieures de cet immeuble. Par suite, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France était requis, et s'imposait au maire d'Avignon. En l'espèce, l'avis rendu par l'architecte des Bâtiments de France sur le projet le 25 janvier 2021, dont la requérante n'a pas contesté la légalité, est un avis défavorable, de telle sorte que le maire d'Avignon était en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par Mme B.

5. Aux termes de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire peut, par décision motivée, accorder des dérogations à une ou plusieurs règles du plan local d'urbanisme pour permettre : () 3°) Des travaux nécessaires à l'accessibilité des personnes handicapées à un logement existant. ". Aux termes de l'article 431-31 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est accompagné d'une demande de dérogation au titre du 3° de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme, celle-ci est accompagnée d'une note précisant la nature des travaux pour lesquels une dérogation est sollicitée et justifiant que ces travaux sont nécessaires pour permettre l'accessibilité du logement à des personnes handicapées ". Il résulte de ces dispositions qu'une dérogation aux règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé peut être accordée sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme si une demande en ce sens a été présentée dans une déclaration préalable ou une demande de permis de construire, dans les conditions fixées par l'article R. 431-31 du même code.

6. La requérante soutient que le maire d'Avignon s'est, à tort, cru lié par l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France alors qu'elle aurait dû déroger aux règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur sur le fondement des dispositions précitées, les travaux étant nécessaires pour qu'elle puisse accéder à son logement compte tenu de son handicap. Toutefois, la requérante n'établit pas qu'elle aurait joint, à l'appui de sa déclaration préalable de travaux, une demande de dérogation dans les conditions fixées par l'article R. 431-31 du code de l'urbanisme. De la même manière, les deux certificats médicaux produits à l'instance par Mme B, l'un établi par son médecin généraliste indiquant que son état de santé justifie qu'elle bénéficie d'un ascenseur ou d'un logement en rez-de-chaussée compte tenu des interventions chirurgicales orthopédiques qu'elle a subies, et l'autre par son masseur-kinésithérapeute exposant qu'elle a suivi plusieurs séances de rééducation, sont insuffisants pour établir la nécessité des travaux, alors au surplus que le maire d'Avignon a indiqué dans l'arrêté attaqué que la réalisation d'un ascenseur en intérieur ou intégré dans le volume bâti serait possible et que la requérante n'allègue pas que de telles alternatives ne seraient pas réalisables. Dès lors, Mme B ne peut être regardée comme ayant présenté une demande de dérogation aux règles d'urbanisme sur le fondement de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme lors du dépôt de sa déclaration préalable, de telle sorte que le maire d'Avignon ne pouvait, en tout état de cause, autoriser une telle dérogation. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire aurait refusé d'accorder une dérogation aux règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé car il se serait estimé à tort lié par l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France doit être écarté.

7. Il résulte de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire d'Avignon pour se conformer à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France que les moyens tirés du caractère infondé de la décision de refus de permis de construire, de l'incompétence de son auteur et de l'auteur de la décision de rejet du recours gracieux sont inopérants. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance, doivent être écartées sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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