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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102263

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102263

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel la préfète du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de conjoint de citoyen de l'Union européenne ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Debureau en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité non habilitée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L.121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2022 la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1981 au Maroc, est entré en France le 10 janvier 2019, selon ses déclarations, et s'est vu délivrer, le 30 septembre 2019, un titre de séjour en qualité de conjoint de citoyen de l'Union européenne valable du 28 août 2019 au 27 février 2020. Le 20 janvier 2021, l'intéressé a sollicité auprès de la préfecture du Gard un renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 22 mars 2021, que M. B conteste, la préfète du Gard a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D C, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture du Gard. Par arrêté du 8 mars 2021 publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Gard, la préfète de ce département a régulièrement donné délégation à M. C à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, correspondances, circulaires, requêtes juridictionnelles et mémoires en défense relevant des attributions de l'Etat à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, dont les énonciations ne sont pas stéréotypées et sont suffisamment circonstanciées, comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Gard s'est fondée pour refuser le titre de séjour sollicité par le requérant. Ainsi, il ne ressort ni des visas de la décision en litige, ni de ses motifs, ni encore des pièces du dossier que le préfet du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par ailleurs, l'erreur de plume concernant le passeport espagnol de M. B, alors que l'intéressé n'est titulaire que d'un passeport marocain, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un État tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () / 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° () ".

5. D'une part, il résulte de ces dispositions que le titre sollicité par M. B est subordonné à la situation de son épouse, de nationalité espagnole, laquelle doit remplir les conditions du 1° ou 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenant à l'exercice d'une activité professionnelle ou au fait de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

6. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

7. Si l'épouse de M. B, de nationalité espagnole, exerçait une activité de travailleuse agricole, il ressort des pièces du dossier, qu'à date de l'arrêté en litige, celle-ci n'exerce plus d'activité professionnelle et reçoit uniquement l'aide au retour à l'emploi. Par ailleurs, si M. B justifie d'une activité professionnelle par la production de bulletins de salaire, les ressources de l'ensemble du foyer, hors versement du système d'assistance sociale, ne permettent pas de regarder son épouse comme disposant pour elle et pour sa famille, composée de cinq personnes, de ressources suffisantes. Dans ces conditions, en refusant de renouveler à M. B un titre de séjour, la préfète n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B est entré en France en 2019, à l'âge de 38 ans et a bénéficié d'un séjour en qualité de conjoint de citoyen de l'Union européenne. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, son épouse, de nationalité espagnole, n'exerçait plus d'activité professionnelle. Si M. B et son épouse sont parents de trois enfants, nés en Espagne respectivement le 10 mars 2011, le 14 juin 2013 et le 12 novembre 2015 et scolarisés en France, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Espagne ou en Maroc, où résident les parents du requérant. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, la préfète n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées.

10. Il résulte de ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions en annulation, et par voie de conséquences celles présentées au titre de l'injonction et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Gard et à Me Debureau.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. E

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUPLa greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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