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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102301

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102301

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTOUZANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Touzani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour saisonnier enregistrée le 18 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication de motifs présentée le 25 mai 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il bénéficie de contrats saisonniers dans la même entreprise depuis 2005, qu'il a bénéficié de plusieurs titres de séjour pluriannuels en cette qualité, dont le dernier était valable du 19 octobre 2017 au 18 octobre 2020, qu'il justifie de bulletins de salaire, qu'il n'a pu retourner au Maroc à l'issue de son dernier contrat de travail en raison de la crise sanitaire et que les délais pour l'obtention d'un rendez-vous en préfecture l'on empêché d'obtenir un nouveau contrat malgré la volonté de l'embaucher manifestée par son employeur habituel.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse, qui n'a pas produit à l'instance avant la clôture d'instruction prononcée le 5 août 2022, malgré une mise en demeure du 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 1er janvier 1967, entré en France en 2005 muni d'une visa long séjour portant la mention travailleur saisonnier, a bénéficié de plusieurs titres de séjour pluriannuels en cette qualité, dont le dernier était valable du 19 octobre 2017 au 18 octobre 2020. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a obtenu un rendez-vous en préfecture de Vaucluse le 18 janvier 2021 pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Cette demande a été implicitement rejetée par le préfet de Vaucluse par une décision que M. A conteste.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. Le préfet de Vaucluse, qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application des dispositions citées au point 2. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une télécopie du 25 mai 2021, M. A a saisi le préfet de Vaucluse, dans le délai de recours contentieux, d'une demande de communication des motifs fondant la décision implicite en litige, née le même jour et portant rejet de la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressé. Le préfet n'ayant pas répondu à cette demande, reçue le 25 mai 2021, dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, M. A est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision attaquée qui rejette implicitement sa demande de titre de séjour. En revanche, l'autre moyen de la requête n'est pas de nature à entraîner l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui annule la décision implicite de rejet du préfet de Vaucluse, eu égard au motif de cette annulation, et dès lors que l'autre moyen de la requête n'est pas de nature à entraîner une telle annulation comme il vient d'être dit, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, mais seulement le réexamen de sa demande. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision née le 18 mai 2021 par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté la demande d'admission au séjour présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande d'admission au séjour de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. C

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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