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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102389

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102389

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102389
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2021, sous le n° 2102389, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit a refusé de faire droit à sa demande de reclassement ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.

Elle soutient que :

- l'avis du comité médical départemental et la décision attaquée sont insuffisamment motivés ;

- le refus de reclassement opposé méconnaît l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 ; le centre hospitalier n'a pas mis en œuvre les diligences nécessaires pour permettre son reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit, représenté par la SELARL Favre de Thierrens-Barnouin-Vrignaud-Maszars-Drimaracci, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, sous le n° 2202223, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit a rejeté son recours gracieux contre la décision du 4 février 2022 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) subsidiairement, d'ordonner avant-dire droit l'expertise d'un médecin spécialisé en psychiatrie aux fins de déterminer l'origine de sa pathologie et son imputabilité à son environnement de travail ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tenant à la composition irrégulière de la commission de réforme ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le lien entre sa maladie et le service a été médicalement reconnu ; en l'état d'avis médicaux divergents, une expertise pourrait être ordonnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit, représenté par la SELARL Favre de Thierrens-Barnouin-Vrignaud-Maszars-Drimaracci, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre le seul rejet du recours gracieux présenté par l'intéressée, confirmatif du refus opposé le 4 février 2022 devenu définitif ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Achour,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

-les observations de Me Vrignaud, représentant le centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, infirmière au centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit depuis le 11 mai 2009, en arrêt maladie depuis décembre 2018, a été reconnue totalement et définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions par un avis du comité médical départemental du 28 janvier 2021. Par une décision du 24 février 2021, le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit a décidé de son maintien en disponibilité d'office pour raison de santé jusqu'à l'instruction de son dossier de retraite pour invalidité. Le 11 mars 2021, Mme B a transmis à l'établissement un certificat médical initial de maladie professionnelle. Par courrier du 20 avril 2021, elle a présenté un recours gracieux contre la décision du 24 février 2021, sollicitant le bénéfice d'un reclassement. Par une décision du 21 mai 2021, le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit a opposé un refus à sa demande de reclassement. Après avis de la commission de réforme du 20 janvier 2022, par une décision du 4 février 2022, la même autorité administrative a par ailleurs refusé de reconnaître l'existence d'une maladie professionnelle. Par la requête n° 2102389, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 21 mai 2021 en tant qu'elle rejette sa demande de reclassement. Mme B demande, en outre, par sa requête n° 2202223, l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le directeur de l'établissement a confirmé son refus de reconnaître la maladie professionnelle déclarée le 11 mars 2021, après recours gracieux.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2102389 et n° 2202223 présentées par Mme B, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. Dans sa requête n° 2202223, Mme B dirige ses conclusions en excès de pouvoir contre la seule décision du 24 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux formé contre le refus reconnaissance d'une maladie professionnelle qui lui a été opposé le 4 février 2022. Elle doit être regardée comme sollicitant également l'annulation de la décision initiale du 4 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 21 mai 2021 portant refus de reclassement :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du décret 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Les comités médicaux sont chargés de donner un avis à l'autorité compétente sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois de la fonction publique hospitalière, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie, de longue maladie et de longue durée et de la réintégration à l'issue de ces congés. Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : () 6. La mise en disponibilité d'office pour raisons de santé, son renouvellement et l'aménagement des conditions de travail après la fin de la mise en disponibilité ; 7. Le reclassement dans un autre emploi à la suite d'une modification de l'état physique du fonctionnaire, ainsi que dans tous les autres cas prévus par des textes réglementaires. () ".

6. Il ne résulte d'aucune disposition légale ou réglementaire, ni d'aucun principe, que l'avis du comité médical départemental devant être recueilli préalablement à une décision de renouvellement de disponibilité d'office et de refus de reclassement doive être motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis du comité médical départemental est inopérant et ne peut qu'être écarté. La décision attaquée, qui mentionne cet avis, dont elle reproduit et s'approprie le sens, constatant l'inaptitude totale et définitive de l'agent, comporte quant à elle les précisions nécessaires pour permettre à l'intéressée de comprendre le sens du refus opposé, s'agissant d'une appréciation ne pouvant reposer que sur des considérations d'ordre médical. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du conseil médical. Si l'avis du conseil médical en formation restreinte est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit admis au bénéfice de la période de préparation au reclassement ou reclassé dans les conditions prévues par le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 (), soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite () ". L'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. () ". Selon l'article 1er du décret du 8 juin 1989 relatif au reclassement des fonctionnaires hospitaliers reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination () peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions ".

8. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Il n'en va autrement que si, en raison de l'altération de son état de santé, cet agent ne peut plus exercer d'activité et ne peut ainsi faire l'objet d'aucune mesure de reclassement. Il peut alors être mis à la retraite pour invalidité et placé dans cette attente en position de disponibilité d'office pour raison de santé.

9. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit, le comité médical départemental a déclaré, par un avis rendu le 28 janvier 2021, Mme B totalement et définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions. Si la requérante, qui n'établit ni même n'allègue avoir contesté cet avis devant le comité médical supérieur, soutient que son état de santé ne la rendait pas inapte à toutes fonctions, elle n'en justifie pas et n'apporte aucune précision de nature à remettre en cause l'avis ainsi rendu en présence d'un collège de médecins au vu de l'ensemble des pièces médicales composant son dossier. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit aurait méconnu son obligation de reclassement est inopérant et ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 mai 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit a rejeté sa demande de reclassement.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 4 février 2022 portant refus de reconnaissance d'une maladie professionnelle :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le président de la commission de réforme est désigné par le préfet qui peut choisir soit un fonctionnaire placé sous son autorité, soit une personnalité qualifiée qu'il désigne en raison de ses compétences, soit un membre élu d'une assemblée délibérante dont le personnel relève de la compétence de la commission de réforme. Dans ce cas, un président suppléant, n'appartenant pas à la même collectivité, est désigné pour le cas où serait examinée la situation d'un fonctionnaire appartenant à la collectivité dont est issu le président. Le président dirige les délibérations mais ne participe pas au vote. Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; 2. Deux représentants de l'administration ; 3. Deux représentants du personnel. () ". L'article 17 du même arrêté dispose que : " La commission ne peut délibérer valablement que si au moins quatre de ses membres ayant voix délibérative assistent à la séance. Deux praticiens, titulaires ou suppléants, doivent obligatoirement être présents. Cependant, en cas d'absence d'un praticien de médecine générale, le médecin spécialiste a voix délibérative par dérogation au 1 de l'article 3. Les médecins visés au 1 de l'article 3 et les médecins agréés ayant reçu pouvoir en application de l'article 8 ne peuvent pas siéger avec voix délibérative lorsque la commission examine le dossier d'un agent qu'ils ont examiné à titre d'expert ou de médecin traitant. Les avis sont émis à la majorité des membres présents. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 20 janvier 2022 au cours de laquelle la commission de réforme s'est prononcée sur la demande de reconnaissance de maladie professionnelle présentée par Mme B, étaient présents, outre le président de la commission, un médecin généraliste, un médecin psychiatre, un représentant de l'administration et un représentant du personnel. Ainsi, nonobstant l'absence d'un des deux médecins généralistes et d'un des deux représentants du personnel composant cette commission, le quorum était atteint et la commission pouvait valablement délibérer, le médecin spécialiste ayant voix délibérative en lieu et place du médecin généraliste absent. Le moyen tiré du vice de procédure doit, par suite, être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision du 4 février 2022, après avoir visé les textes dont il est fait application et l'avis de la commission de réforme, mentionne que l'expertise médicale du 22 octobre 2021 ne permet pas la reconnaissance de la maladie professionnelle au titre de l'épuisement professionnel demandée par la requérante le 11 mars 2021. De telles mentions étaient propres à permettre à l'intéressée de comprendre les motifs du refus opposé, l'établissement estimant ne pas disposer d'éléments suffisants pour rattacher l'état de santé de l'intéressée à la cause professionnelle alléguée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi modifiée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".

15. En dehors des maladies désignées par les tableaux de maladies professionnelles, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

16. Si Mme B soutient que le centre hospitalier ne pouvait refuser de reconnaître sa maladie comme imputable au service en l'état d'avis médicaux divergents, l'expertise médicale réalisée le 22 octobre 2021, en vue de la commission de réforme, par un médecin psychiatre a relevé, au terme d'une analyse détaillée, que : " Mme B présente un état anxio-dépressif d'intensité sévère sur une personnalité instable, mal structurée, dont nous observons une certaine désorganisation qui perturbe actuellement son adaptation au réel. Elle présente notamment des troubles du jugement et de raisonnement avec une labilité émotionnelle qui fait écho à une histoire personnelle et affective tourmentée et douloureuse " avant de conclure qu'" il n'existe pas d'éléments susceptibles d'évoquer une imputabilité professionnelle aux troubles manifestés par Mme B ". Les deux certificats médicaux versés au dossier par la requérante, établis par deux psychiatres traitants, se bornant à mentionner, pour l'un, " un état dépressif et un épuisement professionnel ", pour l'autre " l'existence d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel aux difficultés [rencontrées] dans son travail ", sans plus de précision, ne permettent pas d'infirmer les termes de ce rapport ni l'avis défavorable de la commission de réforme rendu au vu de l'ensemble des pièces médicales du dossier de l'intéressée en présence d'un collège de médecins, notamment d'un médecin spécialiste. Le seul certificat du médecin du travail du 1er juin 2021, évoquant des difficultés rencontrées dans le cadre professionnel en 2018, ayant conduit au changement de service de l'intéressée et susceptibles d'avoir participé à la dégradation de l'état psychologique de l'agent et aux arrêts de travail qui ont suivi, ne saurait quant à lui suffire, à défaut de toute précision quant à la nature de ces difficultés, à démontrer le caractère professionnel de la maladie déclarée par Mme B en mars 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit aurait inexactement apprécié l'imputabilité au service de la maladie doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant-dire droit.

17. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 février 2022 portant refus de reconnaissance d'une maladie professionnelle. Les conclusions présentées en ce sens doivent, dès lors, être rejetées de même que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation de la décision du 24 mai 2022 confirmant ce refus après recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

18. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre hospitalier sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur du centre hospitalier de Pont-Saint-Esprit.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

2, 2202223

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